e-med
[Top] [All Lists]

[e-med] Une thérapie antirétrovirale intermittente, plus pratique, mieux tolérée et moins chère

Une thérapie antirétrovirale intermittente, plus pratique, mieux tolérée et 
moins chère a été testée pour les patients atteints du VIH-1. Elle s'avère 
aussi efficace que la prise quotidienne du traitement chez les patients 
traités. 
INSERM
Publié le 21/02/2022
https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/maladie-sida-regime-intermittent-aussi-efficace-traitement-quotidien-96834/
 
Une nouvelle approche thérapeutique a été testée sur des patients adultes 
infectés par le VIH-1, sous trithérapie antirétrovirale, afin d'étudier 
l'efficacité et l'innocuité d'un régime intermittent au lieu d'un traitement 
quotidien. La recherche d'une stratégie allégée, efficace et bien tolérée, 
moins coûteuse également, est l'un des objectifs poursuivi pour améliorer le 
quotidien des malades. 

Pour améliorer la tolérance des traitements antirétroviraux chez les personnes 
vivant avec le VIH, ainsi que la réduction des coûts, le projet ANRS Quatuor a 
étudié la prise d'un traitement quatre jours par semaine au lieu d'une prise 
quotidienne, en régime d'entretien (après la phase d'initiation du traitement 
antirétroviral). C'est la première étude randomisée à évaluer cette stratégie. 
Cette approche innovante a montré sa non-infériorité après quasiment un an de 
suivi chez 636 patients -- un essai de non infériorité vise à montrer qu'un 
nouveau traitement a une efficacité suffisante par rapport au traitement de 
référence.

Cet essai a été mené en collaboration avec des équipes de recherche de l'Inserm 
et des cliniciens de l'AP-HP sous la direction du Dr Roland Landman (hôpital 
Bichat - Claude Bernard AP-HP, Université de Paris et Inserm), le Dr Pierre de 
Truchis (hôpital Raymond-Poincaré AP-HP, Université de 
Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines) et Lambert Assoumou (Institut 
Pierre-Louis d'Epidémiologie et de Santé Publique, Inserm, Sorbonne Université, 
Paris). L'article princeps de cette étude a été publié le 2 février 2022 dans 
The Lancet HIV.


L'amélioration de la vie des personnes vivant avec le VIH est l'un des axes 
actuels importants de recherche et l'allègement thérapeutique en fait partie. 
Plusieurs stratégies visant à limiter la toxicité médicamenteuse à long terme 
et à améliorer l'observance au traitement sont actuellement explorées, avec par 
exemple l'utilisation de traitements injectables à longue durée d'action, le 
passage à une bithérapie ou encore la réduction des doses. Cette nouvelle étude 
a étudié la piste du traitement intermittent, avec la prise d'un traitement 
quatre jours consécutifs par semaine, suivis de trois jours de « pause ». Cet 
essai s'adosse à une précédente étude pilote menée en 2017 qui avait montré le 
succès thérapeutique de cette stratégie chez 96 % des patients après 48 
semaines.

Une stratégie allégée, sans introduction de nouvelles molécules
Cet essai est la première étude randomisée de non-infériorité visant à étudier 
l'efficacité et la sécurité du régime intermittent (quatre jours de traitements 
et trois jours d'arrêt) par rapport à un régime continu standard (prise 
quotidienne). Il a inclus, entre septembre 2017 et janvier 2018, dans 59 
hôpitaux en France, 636 patients adultes infectés par le VIH-1, sous 
trithérapie antirétrovirale, ayant une charge virale inférieure à 50 copies/mL 
depuis au moins 12 mois, ne présentant pas de mutations de résistance à l'un 
des médicaments utilisés et n'ayant pas changé de traitement dans les quatre 
mois précédant l'inclusion.

« Contrairement à d'autres approches de simplification, comme les études de 
bithérapie, cette stratégie utilise la même combinaison efficace et tolérée 
déjà en cours chez le patient, sans introduction de nouvelle molécule, précise 
le Dr Pierre de Truchis. Les combinaisons thérapeutiques étudiées dans Quatuor 
sont parmi les plus utilisées, en particulier les traitements comprenant des 
inhibiteurs d'intégrase. »

Les participants étaient répartis en deux groupes : 318 dans le groupe « 
intermittent », 318 dans le groupe « continu ». Ils devaient se rendre à des 
visites médicales à l'inclusion, puis aux semaines 4, 12, 24, 36 et 48. Au bout 
de 48 semaines, les résultats montrent que le régime intermittent n'est pas 
inférieur au régime continu en ce qui concerne le maintien de la suppression 
virologique et la tolérance.

En effet, 96 % des patients du groupe intermittent et 97 % du groupe continu 
restaient en succès virologique (charge virale inférieure à 50 copies/mL). 
Seuls six patients (2 %) du groupe intermittent et quatre (1 %) du groupe 
continu ont connu un échec virologique (charge virale supérieure à 50 
copies/mL). Des mutations de résistance aux médicaments sont apparues chez 
trois des six personnes en échec du groupe intermittent et une des quatre 
personnes du groupe continu. Les effets indésirables sévères (grades 3-4) 
étaient observés chez 9 % des patients du groupe intermittent et 12 % des 
patients du groupe continu.

Vers une amélioration de la qualité de vie des patients
De plus, la stratégie allégée ne s'associait pas à un risque d'augmentation du 
réservoir viral, ni à une activation inflammatoire, comme en témoignent les 
résultats des sous-études présentés dans le même article. Les chercheurs ont 
également montré une amélioration de l'observance et de l'acceptabilité du 
régime intermittent auprès des participants de l'étude : 59 % des patients du 
groupe intermittent ont vu leur qualité de vie améliorée, contre 7 % du groupe 
continu.

59 % des patients du groupe intermittent ont vu leur qualité de vie améliorée, 
contre 7 % du groupe continu
Un bénéfice notable de cette stratégie consiste également en la réduction de 43 
% du coût des traitements antiviraux, le coût moyen annuel passant de 7.207 
euros dans le groupe continu à 4.127 euros dans le groupe intermittent. Cela 
représente une forte économie, sachant que, pour la région Île-de-France à 
titre d'exemple, en matière de coût de traitements toutes pathologies 
confondues, celui contre le VIH représente le deuxième poste budgétaire. 
L'adoption d'une stratégie thérapeutique efficace et moins coûteuse est 
également un enjeu important pour les pays à revenu faible et intermédiaire.

« La stratégie évaluée par cet essai représente une alternative efficace pour 
les patients qui prennent bien leurs traitements et qui utilisent une 
combinaison limitant la survenue de résistance, rapporte le Dr Roland Landman. 
Avec le vieillissement de la population et les comorbidités associées, ce 
régime intermittent est une piste à explorer pour limiter la toxicité 
médicamenteuse à long terme. Des études virologiques et pharmacologiques 
supplémentaires, ainsi que l'efficacité à plus long terme (96 semaines) sont en 
cours d'analyse. Par ailleurs, la stratégie intermittente est étudiée dans de 
nouvelles études y compris avec des stratégies de bithérapie comme dans l'étude 
ANRS Duetto en cours actuellement. »

<Prev in Thread] Current Thread [Next in Thread>
  • [e-med] Une thérapie antirétrovirale intermittente, plus pratique, mieux tolérée et moins chère, e-med <=