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Paludisme : « Pourquoi l’OMS recommande-t-elle un vaccin efficace à seulement 
30 % ? »
TRIBUNE
Collectif

Dans une tribune, des chercheurs s’interrogent sur les conséquences du 
déploiement du vaccin développé par le laboratoire britannique GSK
Publié hier à 13h00   
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2021/11/17/paludisme-pourquoi-l-oms-recommande-t-elle-un-vaccin-efficace-a-seulement-30_6102427_3212.html


Tribune. Le 6 octobre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recommandé 
le vaccin RTS,S/AS01, développé par le groupe pharmaceutique britannique GSK, 
pour la lutte contre le paludisme. Dans les médias, les articles traitant de 
cette nouvelle se sont félicités de l’avancée scientifique que représente le 
développement d’un vaccin antipaludique. Pourtant, avec une efficacité estimée 
de 30 %, quelles pourraient être les conséquences de son déploiement sur le 
terrain ? A notre connaissance, aucun article ne s’est penché sur cette 
question.

Au début des années 2000, le paludisme – une maladie provoquée par un parasite 
unicellulaire transmis par la piqûre de certains moustiques – tuait 800 000 
personnes par an, en majorité des enfants en bas âge des pays d’Afrique 
subsaharienne. Les progrès réalisés au cours des deux dernières décennies ont 
permis une réelle amélioration. Mais 400 000 individus en meurent toujours 
chaque année et le chemin à parcourir pour se libérer définitivement de ce 
fardeau semble encore long.

Actuellement, la lutte contre le paludisme repose sur la prévention de la 
piqûre infectante des moustiques vecteurs (notamment grâce à des 
moustiquaires), le diagnostic rapide de l’infection et le traitement avec des 
molécules antiparasitaires (antipaludéens). Ces médicaments soignent tous les 
cas de paludisme simples avec une efficacité proche de 100 %. C’est 
l’utilisation combinée de ces différents outils qui a permis de réduire le 
nombre de victimes jusqu’au niveau actuel.

Le paludisme est donc une maladie que l’on peut prévenir et guérir, si tant est 
que le diagnostic est établi et le traitement administré le plus rapidement 
possible après l’apparition des premiers symptômes. Le défi majeur pour 
diminuer davantage le nombre de morts est d’augmenter l’accès à cet arsenal, 
qui reste limité pour les populations les plus pauvres et dans les zones les 
plus reculées.

Quatre injections en un an
Concernant le vaccin RTS,S/AS01, l’OMS recommande l’administration de quatre 
doses aux enfants à partir de l’âge de 5 mois. Ces quatre injections répétées 
en l’espace d’un an procurent une efficacité de 30 %, limitée dans le temps (de 
douze à dix-huit mois).

Ainsi, parmi des enfants infectés par le parasite, seuls trois vaccinés sur dix 
seraient protégés des crises de paludisme graves, tandis que les sept autres 
seront toujours susceptibles de développer la maladie et d’en mourir. Si 
l’avancée scientifique que représente ce vaccin est indéniable, la portée 
médicale annoncée ne peut être évaluée qu’en regard du contexte sanitaire et 
socio-économique de chaque pays concerné et des schémas prophylactiques et 
thérapeutiques qui y sont déjà mis en œuvre.

Première question : que va apporter ce vaccin efficace à 30 % ? Dans 
l’hypothèse de son déploiement, mettons-nous tout d’abord à la place d’une 
équipe médicale en pleine campagne de vaccination. Pour respecter le 
consentement éclairé prôné par l’OMS – plutôt que la contrainte –, il va lui 
falloir expliquer qu’elle va faire une piqûre à chaque enfant quatre fois en un 
an pour le protéger contre le paludisme, mais que malgré cela, parmi dix 
enfants infectés par le parasite et vaccinés, sept pourront contracter une 
forme grave et en mourir.

Il faudra donc indiquer qu’il est impérieux de continuer de faire « comme avant 
la vaccination », c’est-à-dire dormir sous moustiquaire, aller au centre de 
santé à chaque fièvre et acheter toujours aussi rapidement que possible les 
médicaments pour traiter l’enfant si le test de diagnostic rapide (TDR) est 
positif. Dans ces conditions, il est à craindre que le consentement éclairé 
soit difficile à obtenir et, surtout, que les individus aient du mal à 
appréhender un message aussi contradictoire.

Mettons-nous à présent à la place d’une famille vivant dans une zone endémique 
du paludisme. Le choix du recours au soin peut être difficile lorsque les 
revenus sont très contraints. Certains parents pourraient renoncer à se rendre 
au centre de santé si leur enfant est vacciné. Ainsi, nous nous inquiétons des 
conséquences du déploiement d’un tel vaccin qui pourrait, paradoxalement, 
provoquer plus de mortalité.

Un autre vaccin plus efficace
Seconde question : pourquoi a-t-il été recommandé par l’OMS ? L’année 2021 a vu 
la publication de résultats très prometteurs pour un autre vaccin, le R21/MM, 
développé par l’université d’Oxford et qui, en essai randomisé contrôlé en 
double aveugle sur 450 enfants, protège à plus de 70 % des formes de paludisme 
grave.

En tant que chercheurs, nous nous félicitons évidemment des avancées en termes 
de recherche sur les vaccins contre le paludisme. Mais nous nous interrogeons 
sur l’urgence qu’il y avait à recommander le vaccin RTS,S/AS01 alors qu’un 
nouveau, plus efficace, est actuellement évalué à l’échelle communautaire 
(phase 3), que d’autres sont en développement et que l’arsenal de lutte actuel 
n’est toujours pas à la portée de toutes les familles qui en ont besoin.

La recommandation par l’OMS est le sésame pour qu’un outil (moustiquaire, 
médicament, vaccin…) soit subventionné par les fonds internationaux. Des 
financements qui constituent une part très importante de l’effort multilatéral 
de lutte contre cette maladie et permettent sur le terrain l’accès à la 
prévention et aux traitements à moindres coûts, voire un accès gratuit pour une 
partie de la population.

Ainsi, il se joue donc depuis le 6 octobre une lutte d’influence auprès des 
autorités nationales et des bailleurs de fonds pour intégrer ce vaccin aux 
stratégies nationales des pays concernés. Nous nous interrogeons sur les délais 
nécessaires pour une levée de fonds spécifique pour le déploiement de ce 
vaccin. En attendant, GSK déclare pouvoir fournir chaque année 15 millions de 
doses à 7 dollars l’unité (environ 6,10 euros), et ce dès 2022. Il est donc 
possible, dans un premier temps, qu’un réaménagement des fonds se fasse au 
détriment des outils de lutte actuels (moustiquaires, TDR et médicaments 
antipaludéens).

Ainsi, nous souhaitons partager notre inquiétude quant au risque majeur de 
démobilisation : au sein des populations qui, croyant leurs enfants protégés, 
ne vont plus les soigner à temps ; et au niveau de l’octroi de fonds pour la 
lutte contre le paludisme avec un arsenal dont l’efficacité est largement 
démontrée. Il convient d’évaluer ce risque objectivement, en fonction du 
contexte de chaque pays, avant d’envisager un large déploiement de ce vaccin.

Cédric Pennetier, Karine Mouline, André Sagna, Florence Fournet et Thierry 
Lefèvre, Laboratoire « Maladies infectieuses et vecteurs : écologie, génétique, 
évolution et contrôle » (IRD-CNRS-Université de Montpellier) ; Sié Hermann 
Pooda, Université de Dédougou (Burkina Faso) ; Armel Djènontin, Université 
d’Abomey-Calavi (Bénin) ; François Hien, Institut de recherche en sciences de 
la santé (Burkina Faso) ; Alphonsine Koffi, Institut Pierre-Richet et Institut 
national de santé publique (Côte d’Ivoire).

Collectif





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