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[e-med] Dénoncer le scandale inhumain des médicaments qui tuent

Dénoncer le scandale inhumain des médicaments qui tuent
Avec un marché de la contrefaçon estimé à plus de 300 milliards d'euros, la 
pharmacie serait l'une des premières industries touchées par ce fléau. Les faux 
médicaments provoquent des dizaines de milliers de morts, surtout en Afrique.

En Afrique, où les faux médicaments représenteraient 30 % du total utilisé. 
Pour la seule malaria, l'université d'Edimbourg a calculé que les faux 
médicaments seraient responsables de 58.000 à 158.000 morts.
Franco Pagetti/VII/REDUX-REA
Par 
Éric Le Boucher
Publié le 11 oct. 2019 à 7h21
Mis à jour le 11 oct. 2019 à 11h44
https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/denoncer-le-scandale-inhumain-des-medicaments-qui-tuent-1139174

L'Humanité ne va pas de mal en pis partout comme l'idéologie ambiante voudrait 
le faire croire, la santé en particulier s'améliore à grande vitesse. Bill 
Gates qui a consacré sa deuxième vie après Microsoft à la lutte contre les 
maladies infectieuses nous le dit : « Leur prévention, leur traitement et 
finalement leur éradication sont possibles. » Il affirme que  le taux de 
mortalité du sida, de la tuberculose et du paludisme peut être divisé par deux 
d'ici à trois ans (« Les Echos » du 10 octobre).
La sixième conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial ad hoc, 
qui s'est tenue à Lyon sous le patronage d'Emmanuel Macron, avait pour objectif 
de lever les fonds nécessaires, soit 14 milliards de dollars. Avec cette somme, 
il est possible de sauver 16 millions de vies et de s'approcher de l'Objectif 
du millénaire n° 3 de l'ONU qui est de « mettre fin aux épidémies et de créer 
des systèmes de santé solides afin de garantir santé pour tous et toutes » sur 
la planète.

Explosion en Afrique

Sauf que l'Objectif n° 3 se décline en sous-objectifs et que le 3.8 concerne « 
l'accès à des médicaments sécurisés, efficaces, de qualité et abordables ». Or, 
on assiste au contraire à une explosion des pharmacies falsifiées et mortelles, 
en particulier  en Afrique, où les faux médicaments représenteraient 30 % du 
total utilisé. Le phénomène est mal mesuré mais toutes les études ponctuelles 
menées concordent pour montrer qu'il est très sous-estimé.

Pour la seule malaria, l'université d'Edimbourg a calculé que les faux 
médicaments seraient responsables de 58.000 à 158.000 morts. Pour la pneumonie, 
la London School of Hygiene and Tropical Medecine évoque les chiffres de 72.000 
à 169.000 morts. En plus d'être inefficace et dangereuse et de désespérer les 
parents, cette fausse médecine accroît la résistance des maladies aux 
médicaments et contraint à des surdépenses importantes.

Le rapport de l'Enact (1) - une organisation financée par l'Union européenne - 
de juillet évoque un marché qui atteindrait 200 milliards d'euros et qui ferait 
de la pharmacie la première des industries contrefaites. Tranparency 
International évoque un chiffre supérieur, 300 milliards soit 6 % des dépenses 
mondiales de santé.

Du Viagra aux vaccins

Pierre Peyre, secrétaire général de Sanofi, explique que les copies ont explosé 
avec l'arrivée du Viagra il y a vingt ans mais que très vite tous les comprimés 
ont été concernés et aujourd'hui tous les vaccins et tous types de produits 
injectables. Les faux se trouvent sur Internet dans les pays industrialisés 
mais pour l'essentiel le « marché » se concentre dans les pays en développement.

Ces pays, heureusement, augmentent leurs dépenses de santé mais ils sont aussi 
les plus vulnérables aux trafics. Les budgets en Afrique sont passés, merci en 
autres à Bill Gates, de 5 milliards de dollars en 2003, à 20 milliards en 2013 
et 50 milliards attendus en 2020. Comme le continent importe 70 % de ses 
médicaments, les portes aux produits piratés sont ouvertes par la corruption et 
la désorganisation.

L'Inde, un producteur de faux en ligne de mire

Les fabricants sont assez bien connus. En haut sont la Chine, l'Inde, le 
Paraguay, le Pakistan. Mais les circuits bougent. Il y a dix ans les 
contrefacteurs principaux étaient les Chinois, responsables à 60 %. Depuis, 
Pékin, sous la pression internationale mais surtout en mesurant les dégâts 
parmi sa propre population, a fait de très gros efforts de lutte contre les 
faux laboratoires. L'Inde en revanche ne fait rien. Le pays est devenu le 
premier producteur de médicaments génériques et New-Dehli considère que la 
pression des pays riches vise en réalité à abattre son industrie légale.

Scandale de grande ampleur

Certains groupes internationaux, comme Sanofi, ont ouvert des laboratoires 
spécialisés pour analyser les faux comprimés et remonter les filières et pour 
aider les pays à élaborer des normes et des législations plus sévères. Le 
Nigéria, qui était le premier touché, a pris conscience du mal après qu'un 
sirop contrefait ait tué une centaine d'enfants.

Le gouvernement a placé le sujet comme priorité. Mais les difficultés d'une 
lutte au niveau national et coordonné au niveau mondial restent énormes. Manque 
d'information, failles législatives et faiblesse de la lutte générale contre la 
corruption sont les freins, selon Transparency. Les moyens existent pourtant, 
comme le montre le Nigéria ou l'Europe, par exemple, qui a imposé la 
numérotation de chaque boîte pour les tracer. Mais la première exigence serait 
de prendre conscience de l'ampleur du scandale révulsant, proprement inhumain, 
que sont les médicaments qui tuent.

(1) Enact : ENhancing Africa's response to Transnational organized Crime



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