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[e-med] Sida : la transmission du VIH filmée pour la première fois

Sida : la transmission du VIH filmée pour la première fois
Société|Tanguy de l’Espinay| 11 mai 2018, 19h00
http://www.leparisien.fr/societe/sida-la-transmission-du-vih-filmee-pour-la-premiere-fois-11-05-2018-7711062.php

Le VIH se transmet notamment via les muqueuses génitales, c’est bien connu. 
Mais pour la première fois, une équipe parisienne a pu reconstituer et filmer 
le processus en direct.

Le VIH pris en « flagrant délit » pour la première fois. Des chercheurs 
français sont parvenus à reconstituer un vitro l’infection d’une muqueuse 
urétrale par le virus du VIH, connu pour détruire le système immunitaire. Et 
ils ont tout filmé. Les images, diffusées dans la revue scientifique Cell 
Reports le 8 mai dernier, sont saisissantes.
« Nous avions une idée globale de la façon dont le VIH infecte une muqueuse, 
mais c’est la première fois que nous pouvons suivre la scène en direct, et voir 
exactement dans quel ordre les choses se produisent », nous décrypte la 
chercheuse Morgane Bomsel, biologiste moléculaire à l’Institut Cochin (INSERM, 
CNRS, Université Paris-Descartes), co-auteure de l’étude.

VIDEO. Les images de l’expérience
https://www.youtube.com/watch?v=OS8R1tx9e5Q#action=share

Pour réaliser cette expérience, Morgane Bomsel et ses confrères ont utilisé 
d’un côté une cellule infectée par le virus du VIH et marquée au vert 
fluorescent pour les besoins de la vidéo. Une cellule commune qu’on trouve 
typiquement dans « le sperme, les sécrétions vaginales ou encore le lait 
maternel », explique la scientifique. Cette cellule a ensuite été mise en 
contact avec un morceau de tissu organique reconstitué, mais pas n’importe 
lequel : celui de la muqueuse de l’urètre masculin, très souvent impliquée dans 
la transmission du virus chez l’homme.

Voilà pour les forces en présence. Ce qui se déroule ensuite sous nos yeux est 
saisissant. Première étape : selon un processus déjà connu mais peu observé, 
lorsque la cellule infectée (en vert donc) entre en contact avec une cellule de 
surface (dite épithéliale) du tissu, elle s’y accroche en générant une sorte de 
poche commune qui englobe les deux cellules, appelée synapse virologique.
« Un tir de blaster dans un vieux film de science-fiction »
Deuxième étape, ce réarrangement de la membrane stimule immédiatement dans la 
cellule infectée la production de virus VIH, visible dans la vidéo par les 
points fluorescents très intenses.
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Sur cette image, on voit en vert la cellule infectieuse (en vert) produire du 
virus (les points les plus intenses) au contact des cellules épithéliales 
(bleu).Institut Cochin/INSERM/CNRS.
Troisième étape, que l’on ne saurait décrire mieux que les auteurs de l’étude 
eux-mêmes : le virus se propage à travers la synapse « comme le rayon vert fluo 
d’un pistolet blaster dans un vieux film de science-fiction ».


Quatrième étape : ce « shoot » de virus VIH n’infecte pas la cellule 
épithéliale : il la traverse seulement (un processus appelé transcytose) avant 
d’être capté juste derrière par des cellules immunitaires – chargées de 
phagocyter les agents pathogènes - arrivées à la rescousse. C’est là toute la 
dangerosité du VIH : il attire les cellules qui patrouillent à la recherche 
d’agents infectieux avant de les contaminer, affaiblissant peu à peu le système 
immunitaire jusqu’au stade dit de l’immunodéficience, le Sida.
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Une transmission virale vue sous un autre angle. A droite, on voit le virus, « 
éjecté » par la cellule infectée, atteindre la cellule épithéliale (en rouge 
cette fois-ci).Institut Cochin/INSERM/CNRS
Le rôle précis de ces cellules immunitaires, les macrophages, est l’une des 
grandes découvertes de cette expérience. « On ne connaissait pas la séquence 
des événements. On aurait pu imaginer que les macrophages détruisent eux-mêmes 
les cellules de surface pour capter le virus. Mais non, ils se contentent le 
plus souvent d’attendre tranquillement derrière les cellules de surface que le 
virus ne s’échappe de ces dernières pour le capter », nous décrit la 
scientifique.

La stratégie du « shock and kill »

Après une heure ou deux, le contact est rompu, et la première cellule infectée 
se déplace. « La contamination des macrophages est extrêmement rapide », note 
la biologiste. Et extrêmement vicieuse. Pendant une vingtaine de jours, ils 
excrètent eux-mêmes le virus, et le propagent, avant de se mettre en veille. 
C’est là que se trouve pour la chercheuse tout le nœud du problème : « on se 
retrouve alors avec de véritables réservoirs de VIH, qu’on ne peut pas détruire 
car ils sont éteints et donc invisibles pour le système immunitaire, mais qui 
peuvent se rallumer à la moindre inflammation locale ».

Sachant qu’« on ne peut éradiquer le virus que quand il y a une dynamique de 
réactivation », il faut trouver le moyen de le réveiller avant de le détruire 
instantanément. C’est la fameuse stratégie « shock & kill » sur laquelle 
travaillent des chercheurs du monde entier. Et qui connaissent mieux désormais, 
grâce à ces images, la stratégie de leur ennemi…








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