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[e-med] Les morsures de serpent, une maladie tropicale négligée(MSF)

Les morsures de serpent, une maladie tropicale négligée
12 Février 2018

Les personnes souffrant de morsures mortelles de serpents en Afrique 
subsaharienne ont désespérément besoin d’anti-venins abordables et de qualité.


Morsures de serpent : une crise de santé publique largement négligée alors que 
les stocks d’anti-venin arrivent à épuisement

Chaque année, l’envenimation par morsure de serpent entraîne l’infirmité de 
centaines de milliers de personnes et en tue plus de 100 000 à travers le 
monde. Et pourtant, des traitements particulièrement efficaces existent. Tous 
les ans, plus de 20 000 personnes meurent de morsures de serpents rien qu’en 
Afrique subsaharienne. Chaque année, Médecins Sans Frontières (MSF) prend 
gratuitement en charge plusieurs milliers de personnes au sein de ses 
structures. Malgré cela, la plupart des individus souffrant de morsures en 
Afrique subsaharienne vivant dans des zones rurales ne reçoivent donc aucun 
traitement à base d’anti-venin (seul traitement validé contre la maladie), ou 
au mieux des soins médiocres car les prix exorbitants les privent de 
traitements de qualité.

Heureusement, en mars 2017, l’OMS a hissé les morsures de serpent au rang de 
maladie tropicale négligée prioritaire. Cette année, elle a donc décidé de 
lancer une feuille de route ambitieuse visant à réduire les décès et les 
infirmités liés aux morsures de serpents. Celle-ci a été conçue pour répondre 
au manque d’accès aux traitements antivenimeux efficaces et de qualité, l’un 
des principaux obstacles à la prise en charge par MSF dans des pays tels que le 
Soudan du Sud, la République centrafricaine ou l’Éthiopie.

Les anti-venins sont un médicament dérivé du plasma de cheval, animal « 
hyperimmunisé » contre le venin des serpents. Les personnes souffrant de 
morsures de serpents se voient injecter de l’anti-venin par intraveineuse. La 
gravité de l’envenimation par morsure détermine le dosage de l’anti-venin à 
administrer - ou le nombre d’ampoules dont chaque patient a besoin.

À l’heure actuelle, dans la plupart des pays africains, les malades doivent 
financer eux-mêmes leurs traitements, ce qui rend les soins antivenimeux 
quasiment inaccessibles dans les zones rurales appauvries où vivent les 
populations les plus à risque. Les traitements antivenimeux efficaces et de 
qualité coûtent souvent plusieurs fois le salaire annuel des habitants. Pour 
les cas les plus graves, nécessitant plusieurs doses d’anti-venin, le prix du 
traitement complet peut dépasser les 200 dollars. C’est pourquoi, en raison du 
prix élevé des anti-venins, les patients sont souvent contraints d’acheter des 
produits moins coûteux et dont la qualité, l’efficacité et la sécurité sont 
douteuses, entraînant un nombre de décès et d’infirmités encore plus élevé.

Donc que faire pour résoudre cette crise ?

Les anti-venins doivent être proposés gratuitement - ou à un prix très faible - 
aux personnes souffrant de morsures afin de les aider à lutter contre cette 
maladie mortelle. Autrement dit :

N°1 : Garantir l’accès aux traitements essentiels à un plus grand nombre de 
personnes

La proportion de victimes de morsures de serpents en Afrique qui ont accès aux 
traitements antivenimeux (y compris inefficaces) est très faible. Si les 
traitements de qualité étaient accessibles gratuitement ou à un prix très 
faible, les malades y recourraient plus rapidement.

N°2 : Retrait progressif des produits antivenimeux médiocres du marché

Le marché africain est dominé par quelques produits antivenimeux de mauvaise 
qualité car leur prix à l’unité est plus faible que celui des produits 
efficaces. Toutefois, si les États membres de l’OMS subventionnaient les 
produits antivenimeux de qualité, les rendant accessibles gratuitement ou à un 
prix très faible aux personnes qui en ont besoin, la production de traitements 
médiocres ne serait plus viable.

N°3 : Faire en sorte que l’anti-venin soit perçu comme un traitement privilégié 
en Afrique subsaharienne

Le recours à des produits de mauvaise qualité a rendu les travailleurs de la 
santé et les communautés réticents à l’idée d’utiliser des anti-venins en 
raison des nombreux cas rapportés d’inefficacité des produits. C’est pourquoi 
il est essentiel de rétablir la confiance de la population envers les soins à 
base d’anti-venin.

N°4 : Faire en sorte que les personnes souffrant de morsures reçoivent la bonne 
dose d’anti-venin

Le nombre d’ampoules nécessaires pour soigner une morsure de serpent dépend de 
la quantité de venin injectée par l’animal et de la puissance du produit 
antivenimeux utilisé. Souvent, les patients ne reçoivent pas la dose 
recommandée d’anti-venin car ils n’ont pas les moyens de financer l’entièreté 
du traitement. Or, ils ont besoin d’une dose leur permettant de lutter contre 
le risque d’infirmité ou de décès, et non d’une dose à leur portée 
financièrement.

N°5 : Faire en sorte que le nombre de fournisseurs africains d’anti-venins 
efficaces et de qualité augmente

Bien que le nombre de cas de morsures de serpents requérant un traitement soit 
relativement stable, le marché africain des anti-venins fluctue au fil des 
années. Plusieurs fournisseurs de traitements antivenimeux efficaces et de 
qualité ont cessé leur production car leurs parts de marché étaient en baisse 
ou en stagnation. Fav-Afrique, produit par Sanofi Pasteur, est l’exemple le 
plus récent d’un produit de première nécessité dont la production a été 
annulée. Toutefois, si l’approvisionnement et la disponibilité d’anti-venins 
efficaces et de qualité étaient subventionnés, cela garantirait un prix 
économiquement viable pour les producteurs, et la demande de traitements 
efficaces et de qualité augmenterait.

Actuellement, l’OMS analyse un certain nombre d’anti-venins existants destinés 
à une utilisation en Afrique subsaharienne, afin de déterminer les éléments 
constitutifs d’un anti-venin efficace et de qualité, et d’identifier les 
produits antivenimeux disponibles sur le marché qui ne sont pas efficaces et 
doivent faire l’objet d’un retrait progressif. La suppression ou la forte 
réduction des dépenses engagées par les patients souffrant de morsures de 
serpents est essentielle à la résolution de cette crise. C’est pourquoi nous 
devons envisager l’élaboration d’un système de financement international 
destiné à l’approvisionnement mondial en anti-venins abordables et de qualité. 
Les pays et les donateurs doivent agir maintenant pour sauver des vies en 
soutenant un système de financement international des anti-venins et en 
incluant le traitement des morsures de serpents dans les politiques de 
couverture universelle de santé.

Afin de garantir une réponse mondiale forte face aux morsures de serpents, 
l’OMS, les pays et les donateurs doivent également s’engager à :

Soutenir la recherche et le développement de nouveaux traitements contre les 
morsures de serpents et d’outils de diagnostic plus efficaces ;
Améliorer la formation des professionnels de santé et sensibiliser les 
communautés aux premiers secours et à la prévention des morsures de serpents ;
Recueillir des données sur le nombre réel et la répartition des cas de morsures 
de serpents dans les différentes régions ;
Intensifier les mesures visant à contrôler la qualité des produits antivenimeux.
 
Durant la réunion du Conseil exécutif de l’OMS en janvier 2018 à Genève, les 
États membres ont présenté une proposition de résolution sur les morsures de 
serpents, qui sera soumise à approbation par l’Assemblée mondiale de la santé 
en mai. La proposition de résolution et la feuille de route de l’OMS 
constituent une véritable opportunité.


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