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L’incroyable inflation des prix des médicaments                         
 La  commercialisation prochaine, aux Etats-Unis, d’un anticancéreux au prix  
de 475 000 dollars relance le débat sur le prix des médicaments.
 LE MONDE ECONOMIE
07.09.2017 à 12h32  • Mis à jour le 07.09.2017 à 16h15 
Par                  Chloé Hecketsweiler        
                           
 
http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2017/09/07/l-incroyable-inflation-des-prix-des-medicaments_5182328_3234.html?h=9

En annonçant un prix de 475 000 dollars (398 570 euros) pour le  dernier-né de 
ses anticancéreux, le géant pharmaceutique suisse Novartis  place la barre très 
haut. Depuis plusieurs années payeurs, médecins et  patients s’affolent de 
l’envolée des prix des traitements, avec un  ticket d’entrée à plus de 100 000 
dollars pour les nouvelles  « immunothérapies ». Ce nouveau record relance la 
polémique. Approuvé le  30 août par la FDA, l’agence américaine du médicament, 
le Kymriah  consiste à reprogrammer les cellules immunitaires du malade – les  
lymphocytes T – pour attaquer les cellules cancéreuses. Baptisées « CAR  
T-cells » dans le jargon, ces cellules ne sont pas des médicaments comme  les 
autres : chaque lot doit être fabriqué sur mesure pour chaque  patient, à un 
coût astronomique.

Aux Etats-Unis, le Center for Biomedical Innovation du Massachusetts  Institute 
of Technology (MIT) dénombre plus de 600 thérapies géniques  et cellulaires en 
développement. Celles qui atteindront le marché  devraient être lancées avec un 
prix du même ordre que celui du Kymriah  de Novartis. Au-delà du coût de 
fabrication, les laboratoires avancent  différentes explications pour justifier 
leur positionnement. Dans la  mesure où elles ciblent des cellules bien 
précises, le nombre de  patients « répondeurs » définit un marché très limité. 
Leur mode  d’action – une modification durable du système immunitaire – est une 
 autre variable dans cette équation complexe. « Avec les médicaments  
classiques, dans le cadre d’une maladie chronique, la dépense est lissée  sur 
plusieurs années. Là, elle est immédiate », explique John  Glasspool, qui 
pilote au MIT une réflexion sur les modes de financement  et de remboursement 
de ces médicaments innovants.


Pour mieux faire passer la pilule, Novartis s’engage à ne pas facturer le 
traitement en cas d’échec.Pour mieux faire passer la pilule, Novartis s’engage 
à ne pas  facturer le traitement en cas d’échec. Ce principe de « satisfait ou  
remboursé » est une « bonne façon d’avancer », juge M. Glasspool « car  il 
tient compte de la valeur du médicament pour le patient et pas  seulement du 
coût de la recherche et développement ou de la production ». Il reste cependant 
de nombreux points d’interrogation concernant ce système testé par différents 
laboratoires. « Recueillir  des données en vie réelle est déterminant pour 
apprécier l’efficacité  d’un médicament au-delà des études cliniques », 
souligne l’expert du MIT.

 « Fictions négociables »La question se pose pour tous les nouveaux 
anticancéreux. Premier à  commercialiser un traitement par CAR-T cells, le 
laboratoire suisse a  été devancé sur ce créneau très lucratif des 
immunothérapies, par les  américains Bristol-Myers Squibb et Merck. Appartenant 
à une autre classe  de médicaments – appelés couramment « anti-PD1 » –, leurs 
produits  respectifs, Opdivo et Keytruda, avaient donné le ton : un an de  
traitement coûte aux Américains jusqu’à 150 000 dollars par an.  Prescrits aux 
patients atteints de cancer de la peau ou du poumon très  agressifs, leur effet 
peut être spectaculaire chez certaines personnes,  mais se révèle limité pour 
la majorité des patients.

Dans ce contexte, « les prix sont aujourd’hui largement des  fictions 
négociables visant à exploiter au maximum les capacités de  paiement 
d’acheteurs dispersés, mal informés et sous pression sociale »,  estime Francis 
Megerlin, professeur à l’université de Strasbourg, qui  étudie l’impact des 
médicaments innovants sur les systèmes de santé.

Le Kymriah n’est pas encore approuvé en Europe, mais Novartis devrait  déposer 
une demande d’ici à la fin de l’année. D’autres laboratoires  sont dans les 
starting-blocks. S’ils se félicitent de l’arrivée de ces  nouvelles options 
thérapeutiques, les médecins s’interrogent sur les  éventuels arbitrages qu’il 
faudra faire pour les financer.

 « Les coûts d’administration de ces  traitements sont faramineux : aux 475 000 
dollars payés pour le  médicament lui-même, il faudra ajouter 150 000 à 200 000 
dollars pour la  prise en charge du malade. On nous demande de faire des 
économies, mais  tout ce que l’on peut faire est dérisoire face à de tels 
montants, estime le Pr Christian Chabannon, responsable du centre de thérapie 
cellulaire de l’Institut Paoli-Calmettes, à Marseille. A ce niveau-là, la 
toxicité pour les systèmes de santé devient aiguë. »
 
  Possible « remise en cause du principe d’égalité d’accès aux soins 
»L’Institut Curie, l’un des plus grands centres français de lutte  contre le 
cancer, publie, jeudi 7 septembre, un sondage sur la  perception qu’ont les 
Français des coûts des traitements. « Ils n’en  ont aucune idée, mais ont bien 
en tête que l’inflation des prix  pourrait remettre en cause le principe 
d’égalité d’accès aux soins », souligne le docteur Thierry Philip, président de 
l’Institut Curie. Selon les données recueillies, « seuls  3 % des Français 
donnent un prix en phase avec la réalité, entre  80 000 et 116 000 euros pour 
un traitement type immunothérapie (…), 21 % imaginent même un coût en dessous 
de 500 euros ».
     
Les dépenses de l’Assurance-maladie dans le cancer (16,7 milliards  d’euros au 
total en 2015) restent principalement liées aux  hospitalisations et aux 
traitements « classiques » (chirurgie,  radiothérapie, chimiothérapie avec des 
molécules anciennes), mais  l’essentiel de la hausse des dépenses vient de ces 
médicaments onéreux,  avec un surcoût qui pourrait atteindre 1 à 1,2 milliard 
d’euros par an  dans les prochaines années, selon une estimation d’Agnès Buzyn, 
la  ministre de la santé, publiée, en février 2017, dans le rapport « Prix  et 
ccès aux traitements médicamenteux innovants » du Conseil économique,  social 
et environnemental.




  
   

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