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[e-med] France : Les ONG s'alarment de la réduction de l'aide au développement

Les ONG s’alarment de la réduction de l’aide au développement                   
       
Le coup de rabot passé sur les crédits budgétaires amputera l’aide publique au 
développement de 5 %.
LE MONDE ECONOMIE  |    12.07.2017 à 10h44  • Mis à jour le 12.07.2017 à 15h17 
Par                  Marie de Vergès      
http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2017/07/12/aide-au-developpement-les-ong-s-alarment_5159426_3234.html
  
 Au soir de son élection, le 7 mai, le nouveau président Emmanuel Macron 
promettait une France « attentive à la paix, (…) au respect des engagements 
pris en matière de développement et de lutte contre le réchauffement climatique 
».  Les organisations non gouvernementales (ONG) n’ont pas tardé à  ressortir 
cette déclaration solennelle, mardi 11 juillet, aussitôt parue  dans Le 
Parisien l’interview du ministre de l’action et des  comptes publics, Gérald 
Darmanin. Celui-ci y annonçait une réduction de  l’aide au développement dans 
le cadre des efforts à réaliser en 2017  pour contenir le déficit à 3 % du 
produit intérieur brut.

Le ministre assure avoir identifié 4,5 milliards d’euros d’économies sur le 
budget de l’Etat, en réduisant notamment le « train de vie » des ministères. Au 
Quai d’Orsay, « c’est 282 millions d’euros en moins, dont la moitié sera de la 
baisse de l’aide publique au développement », précise M. Darmanin. Une annonce 
qui a fait bondir les militants de la solidarité internationale.
 
« Le symbole politique consistant à mettre ce sujet au même  niveau que les 
frais de gestion et le train de vie des ministères est  incompréhensible, 
déplore Friederike Röder, directrice de France ONE, l’ONG de lutte contre 
l’extrême pauvreté . Tout  cela est d’autant plus regrettable que cette coupe 
va affecter la  mission consacrée aux dons qui vont aux pays les plus pauvres. 
Or cette  partie a déjà été la plus impactée par les économies de ces dernières 
 années. » Oxfam soulignait de son côté dans un communiqué que « 141 millions 
d’euros en moins (…) c’est l’équivalent de 1,9 million de personnes qui 
n’auront plus accès à des soins de santé primaire ».

 Baisse de 5 % des crédits budgétaires de l’APD
Difficile pour l’heure d’en savoir davantage. Le ministère du budget  renvoie à 
celui des affaires étrangères. Mais la porte-parole du Quai  d’Orsay affirmait 
mardi que son ministère n’avait « pas reçu de notification d’arbitrage ».  En 
tout état de cause, si le montant de 141 millions d’euros est  confirmé, il 
s’agira d’une baisse de 5 % des crédits budgétaires de  l’aide publique au 
développement (APD) par rapport à ce qui avait été  décidé dans la loi de 
finances pour 2017.

Ironie du sort, ceux-ci avaient justement été augmentés, de 5 %  environ, pour 
la première fois après cinq années consécutives de baisse.  Ils devaient 
atteindre en tout 2,6 milliards d’euros contre  2,5 milliards en 2016 et… 3,3 
milliards en 2011. De fait, la contrainte  de redressement des comptes publics 
a déjà pesé lourd lors du mandat de  François Hollande. Sur l’ensemble du 
dernier quinquennat, malgré une  inflexion en fin de parcours, la baisse des 
crédits a été de 21 %.

L’enveloppe totale a nettement augmenté pour 2017, mais surtout grâce  à une 
hausse du taux – de 0,2 % à 0,3 % – de la taxe sur les  transactions 
financières (TTF). Son produit est largement affecté à la  solidarité 
internationale et permet d’apporter des financements  additionnels. Or le 
gouvernement vient aussi de remettre en cause les  évolutions prévues pour ce 
mécanisme. A compter du 1er janvier  2018, la TTF devait être étendue aux 
transactions intrajournalières  (« intraday », c’est-à-dire les opérations 
débouclées dans une même  journée). Une extension qui, selon certains calculs, 
aurait permis de  doubler ses recettes, estimées aujourd’hui à 1 milliard 
d’euros.

 Incrédulité
Mais le premier ministre a annoncé, vendredi, la suppression de cet  
élargissement. Pour l’exécutif, il s’agit de renforcer l’attractivité de  la 
place de Paris et d’attirer les exilés de la City, dans le sillage  du Brexit. 
Le gouvernement suit en partie les préconisations d’un  rapport sénatorial 
publié début juin. Celui-ci recommandait de « s’abstenir de créer 
unilatéralement des taxes spécifiques à la place de Paris ». 

Cet arbitrage suscite l’incrédulité chez les défenseurs du dispositif, qui ont 
bataillé longuement pour l’imposer au Parlement. « Si  tout ce qui nous 
intéresse, c’est accueillir la finance, engageons-nous  dans le dumping et ne 
faisons pas semblant d’être dans un autre camp  que Donald Trump sur le 
développement et le climat », s’insurge le  député de l’Union des démocrates et 
des indépendants (UDI) Bertrand  Pancher, l’un des avocats de cette extension 
de la TTF.

« L’attractivité d’un pays ne relève pas uniquement de sa fiscalité, renchérit 
Olivier Faure (PS), président du groupe Nouvelle gauche à l’Assemblée et autre 
promoteur de la TTF. Et  si les premiers signaux envoyés sur l’APD, c’est de 
baisser le  budgétaire et de se priver de nouvelles ressources, je ne vois pas  
comment on va se mettre sérieusement sur la trajectoire des 0,7 %. »
Les pays membres des Nations unies se sont engagés à consacrer 0,7 %  de leur 
revenu national brut (RNB) à la solidarité internationale. En  France, cet 
effort financier atteignait 0,38 % du RNB, en 2016.  Pourtant, d’autres pays 
ont réussi à dépasser le seuil fixé par l’ONU  malgré la disette budgétaire, 
tel le Royaume-Uni qui l’a franchi dès  2013. L’Allemagne y est aussi arrivée 
en 2016. Pendant sa campagne,  Emmanuel Macron s’est engagé à ce que la France 
y parvienne en 2025.


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