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[e-med] La résistance aux antibiotiques est une « menace fondamentale », avertit l?ONU

(voir aussi le site de l'OMS pour le plan mondial en français
http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2016/commitment-antimicrobial-resistance/fr/
CB)

La résistance aux antibiotiques est une « menace fondamentale », avertit l’ONU  
                           
 LE MONDE  |    21.09.2016 à 19h25  • Mis à jour le 22.09.2016 à 06h37    
Par     Paul Benkimoun        
                       
http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2016/09/21/l-onu-mobilise-sur-la-menace-fondamentale-que-represente-la-resistance-aux-antibiotiques_5001511_3244.html

 Pour  la quatrième fois de leur histoire, après le VIH-sida, les maladies non  
transmissibles et Ebola, les Nations unies (ONU) ont mis à l’ordre du  jour une 
question liée à la santé.

Le phénomène de résistance aux antimicrobiens était en l’occurrence à  l’ordre 
du jour, mercredi 21 septembre, de l’Assemblée générale de  l’ONU, qui se tient 
cette semaine à New York. Il est devenu une  préoccupation qui n’est plus 
seulement sanitaire, mais « une menace fondamentale, à long terme pour la santé 
humaine, la production durable de nourriture et le développement », comme l’a 
qualifiée le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.

 
  De la pénicilline à un usage trop largeLes antibiotiques sont apparus avec la 
pénicilline, découverte  en 1928 et utilisée comme thérapeutique à partir de 
1941. Avant que la  chimie de synthèse se développe, il s’agissait pour la 
plupart d’entre  eux de substances naturelles produites par des 
micro-organismes,  champignons ou bactéries.
Ils ont révolutionné la médecine et sauvé des millions de vies, mais  l’élan de 
recherche qui a permis la mise au point de nombreuses familles  d’antibiotiques 
s’est accompagné d’un usage souvent inapproprié, à  commencer par la 
prescription d’antibiotiques dans des infections  virales, alors qu’ils n’ont 
aucun effet sur les virus, et d’une  utilisation bien trop large.

 
L’Ecossais Alexander Fleming, crédité de la découverte de la  pénicilline, 
avait pourtant mis en garde, dès 1945, contre le  développement de résistances 
découlant de l’utilisation de doses non  létales d’antibiotiques. Et, dès la 
décennie suivante, le médecin  britannique Lindsay Batten et d’autres 
alertaient contre les effets  néfastes de l’utilisation d’antibiotiques à large 
spectre (tuant un  grand nombre de bactéries différentes) pour des infections 
bénignes.


L’apparition de résistances aux antibiotiques chez les bactéries est  au départ 
un processus naturel. Elle résulte de la mutation d’un gène  dans une bactérie 
qui lui confère la capacité de ne pas être détruite.  Par un mécanisme de 
sélection naturelle, cet avantage par rapport aux  bactéries sensibles aux 
antibiotiques favorise le développement de la  nouvelle population bactérienne.

S’il est illusoire d’espérer faire disparaître le phénomène, au moins  
pourrait-on le limiter par un usage raisonné des antibiotiques.

 
  Une résistance aux conséquences dramatiquesLa crise actuelle touche 
l’ensemble des médicaments anti-infectieux,  que l’on regroupe sous le terme 
d’antimicrobiens : antibiotiques  (infections bactériennes), antiviraux 
(infections dues à des virus),  antiparasitaires (maladies parasitaires) et 
antifongiques (contre les  maladies provoquées par des champignons, comme les 
candidoses).

Devant l’assemblée des Nations unies, le 21 septembre, Ban Ki-moon a  cité 
quelques exemples : plus de 200 000 enfants meurent chaque année  d’infections 
qui ne sont pas sensibles aux antibiotiques disponibles ;  une épidémie de 
typhoïde multirésistante transmise par le biais de l’eau  déferle sur plusieurs 
régions d’Afrique, les résistances aux  médicaments anti-VIH se développent, 
des formes de tuberculose résistant  à la plupart des antituberculeux ont été 
identifiées dans 105 pays, de  même, les résistances aux traitements contre le 
paludisme s’accroissent.

 
On pourrait prolonger la liste avec l’épuisement presque atteint des  
antibiotiques actifs contre la gonorrhée, mais aussi l’apparition chez  l’homme 
d’un mécanisme de résistance à la colistine transférable entre  bactéries : un 
gène baptisé « mcr-1 », découvert en Chine et récemment  retrouvé aux 
Etats-Unis.
En médecine humaine, la colistine est un antibiotique réservé en  dernier 
recours contre les infections multirésistantes aux autres  familles.

   La colistine est utilisée dans l’élevage, par exemple les porcs et les 
poulets. PIERRE ANDRIEU/AFP La colistine est également utilisée en médecine 
vétérinaire et c’est  d’abord chez les porcs et les poulets et dans de la 
viande vendue au  détail, que la présence du gène de résistance transférable a 
été  identifiée en Chine, avant qu’il soit isolé chez l’homme.

 Des effets sanitaires et économiques

Si les mauvaises pratiques de prescription et de consommation  d’antibiotiques 
en médecine humaine ont généré des résistances,  l’utilisation massive 
d’antibiotiques en santé animale, souvent à titre  préventif, a contribué 
grandement à leur dissémination. D’autant que les  animaux traités présentent 
un avantage économique : ils sont plus gros  que ceux non traités.

La crise a été aggravée par l’assèchement des efforts de  
recherche-développement consacrés à de nouveaux antibiotiques par  l’industrie 
pharmaceutique, qui a préféré se tourner vers d’autres  secteurs plus 
prometteurs.

Résultat, comme le soulignait, en mai, le rapport AMR Review (revue  de la 
résistance aux antimicrobiens), dirigé par Lord Jim O’Neill, si  rien n’y est 
fait, les infections tueront jusqu’à 10 millions de  personnes par an en 2050, 
plus que le cancer. S’y ajoute, d’ici à 2050,  un coût économique cumulé 
atteignant la somme exorbitante de  100 000 milliards de dollars (89 400 
milliards d’euros) en termes de  pertes de production.

 
Mettre en place un plan d’action mondial

Différents rapports nationaux ou internationaux ont convergé pour  souligner 
l’urgence d’une riposte mondiale et coordonnée à la résistance  aux 
antimicrobiens. Car, il faut changer les pratiques, surveiller le  phénomène de 
résistance à l’échelle mondiale, relancer la recherche et  le développement de 
nouveaux antimicrobiens, rendre les traitements  accessibles à tous sous peine 
d’un effet boomerang, et financer toutes  ces activités.

La réunion de haut niveau lors de l’Assemblée générale de l’ONU  débouche sur 
une déclaration d’engagement des chefs d’Etat à adopter une  approche générale 
et concertée afin de s’attaquer aux causes  fondamentales de la résistance aux 
antimicrobiens dans plusieurs  domaines, et en particulier la santé humaine, la 
santé animale et  l’agriculture.

Elle s’appuiera sur le Plan d’action mondial pour lutter contre la résistance 
aux antimicrobiens,  que l’Organisation mondiale de la santé a élaboré en 2015, 
en  coordination avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation  et 
l’agriculture et l’Organisation mondiale de la santé animale.

Pour prévenir les infections et diminuer la nécessité de recourir aux  
antibiotiques, les Etats ont souligné l’importance de la vaccination,  de l’eau 
potable, de l’assainissement et de l’adoption d’une bonne  hygiène au sein des 
hôpitaux et dans le secteur de l’élevage.

« Les pays ont aussi souligné les failles du marché et ont  préconisé 
l’instauration de nouvelles mesures incitatives afin  d’investir dans la 
recherche et le développement de nouveaux  médicaments, de tests de diagnostic 
rapide et d’autres thérapies  importantes appelées à remplacer celles qui 
perdent de leur puissance »,  souligne le communiqué des Nations unies.

L’ONU insiste par ailleurs « sur le fait que le caractère  abordable des 
nouveaux antibiotiques et de ceux déjà existants, leur  accessibilité, les 
vaccins et les autres outils médicaux devraient être  des priorités mondiales 
et tenir compte des besoins de tous les pays ».





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