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Intégrité scientifique : une dispute entre l’OMS et l’université d’Oxford
17 SEPT. 2016
 PAR SERAYA MAOUCHE
 BLOG : LE BLOG DE SERAYA MAOUCHE

https://blogs.mediapart.fr/seraya-maouche/blog/170916/integrite-scientifique-une-dispute-entre-l-oms-et-l-universite-d-oxford

Un rapport d’un comité indépendant est attendu pour les prochains jours sur une 
affaire qui oppose l'OMS à deux chercheurs de l’université d’Oxford. A 
l’origine de cette dispute, une subvention de 29 millions de dollars attribuée 
aux deux chercheurs par la Fondation Bill & Melinda Gates pour élaborer des 
standards globaux afin de déterminer si un fœtus est sur une trajectoire de 
croissance saine.

José Villar et Stephen Kennedy, deux chercheurs à l'université d'Oxford au 
Royaume-Uni, sont accusés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’avoir 
utilisé des idées développées dans le cadre d’un de ses projets pour leur 
demande de subvention à la Fondation Bill & Melinda Gates. L’Organisation leur 
reproche d’avoir délibérément retardé leur travail à l'OMS au profil de leur 
demande de subvention.
Les deux chercheurs ont réussi, en mars 2008, à obtenir une subvention de 29 
millions de dollars de la Fondation Bill & Melinda Gates pour élaborer des 
normes mondiales et des standards globaux qui permettent de déterminer si un 
fœtus est sur ​​une trajectoire de croissance saine.

Le département santé et recherche génésiques (RHR) de l’OMS a lancé, avant 
2005, une grande initiative pour faire la même chose. Kennedy et Villar sont 
tous les deux impliqués dans cette initiative. Une enquête mondiale sur la 
surveillance de la santé maternelle et périnatale a été réalisée par l’OMS 
entre 2004 et 2005.

José Villar, professeur de médecine périnatale, est l’investigateur principal 
du projet « INTERGROWTH-21 » ou le Consortium International pour la Croissance 
Fœtale et Néonatale du 21ème siècle. Il s’agit d’un réseau mondial et 
multidisciplinaire de 300 chercheurs de 27 institutions internationales 
localisées dans 18 pays. C’est le plus grand projet de collaboration dans le 
domaine de la recherche en santé périnatale à ce jour. Il vise l'amélioration 
de la santé périnatale et l’élaboration de normes internationales pour la 
surveillance de la croissance fœtale et néonatale.

Stephen Kennedy est le chef du département Nuffield d'obstétrique et de 
gynécologie (NDOG) à Oxford, qui co-dirige avec José Villar le consortium « 
INTERGROWTH-21 ».

Selon la description de ce projet, qui est disponible sur son site Web, « près 
de 60 000 femmes et nouveau-nés sur cinq continents ont participé à ces études 
». L’équipe de recherche a déjà publié les premiers résultats de ce projet dans 
des révues scientifiques prestigieuses dont unarticle publié, en juillet 2014, 
dans la revue médicale The Lancet.

Dans ce même article, Villar et ses collaborateurs reconnaissent l’existence 
d’une étude antérieure à l’OMS :
« En 2006, l'OMS a produit des normes internationales de croissance pour les 
nourrissons et les enfants jusqu'à l'âge de 5 ans sur la base de 
recommandations d'un comité d'experts de l'OMS. En utilisant les mêmes méthodes 
et approche conceptuelle, l'étude longitudinale FGLS sur la croissance fœtale 
conduite dans le cadre du projet INTERGROWTH-21, vise à développer des 
standards internationaux pour la croissance et la taille du fœtus. »

Selon le journaliste scientifique allemand Kai Kupferschmidt, qui a publié, le 
9 septembre dernier, un article sur cette affaire dans la revue Science, L'OMS 
a consulté Frank Wells, un expert indépendant spécialisé dans la fraude en 
recherche scientifique et des questions éthiques, il  est basé à Ipswich au 
Royaume-Uni. La revue Science a eu accès au rapport que cet expert a rendu à 
l’OMS. 

Tout en reconnaissant le caractère « embrouillée » de cette affaire, l’expert 
britannique a prévenu l’OMS que si elle ne fait rien, cela donnerait 
l’impression que l’Organisation mondiale de la santé ne prend pas au sérieux 
les allégations de méconduite scientifique.

Réaction de la Fondation Bill & Melinda Gates

Selon la revue Science, Frank Wells a trouvé surprenant que Fondation Bill & 
Melinda Gates a refusé d'enquêter sur les allégations de méconduite 
scientifique des deux chercheurs qu’elle a financé.

En tête des bienfaiteurs de la santé mondiale, devant l’OMS, la Fondation des 
Gates a lancé, ces dernières années, plusieurs plans pour la santé, notamment 
sur les campagnes de vaccins, des initiatives pour traitement de l’eau et aussi 
pour la fabrication de préservatifs. Cependant la Fondation a été souvent la 
cible de critiques sur sa politique de financement. En 2008, Devi Sridhar et 
Rajaie Batniji, également chercheurs à l’université d’Oxford, ont dénoncé, dans 
un article publié dans la revue médicale the Lancet, la répartition des aides 
distribuées par la Fondation Bill & Melinda Gates.

La sociologue britannique Linsey McGoey de l’Université d’Essex a publié, en 
2015, un livre critique intitulé « No Such Thing as a Free Gift: The Gates 
Foundation and the Price of Philanthropy» (« Il n’y a pas de don gratuit : la 
Fondation Gates et le prix de la philanthropie »). Dans ce livre, la chercheuse 
s’interroge si la Fondation Bill et Melinda Gates aide les multinationales plus 
que les pauvres et si cette philanthropie n'est pas une nouvelle stratégie pour 
acquérir de l’influence. L'implication de la fondation dans le capital de 
sociétés responsables de divers problèmes sanitaires est aussi la cible de 
nombreuses critiques. En 2009, le projet de l'organisation caritative Path 
(Program for Appropriate Technology in Health), qui est basé à Seattle aux 
États-Unis et financé par la Fondation des Gates, a été largement critiqué 
après le décès de 7 adolescentes indiennes. Path étudie la possibilité 
d'incorporer le vaccin anti-HPV, produit par les groupes pharmaceutiques Merck 
et GlaxoSmithKline, au programme national de vaccination de l'Inde. Selon un 
article publié par le Financial Times, le 18 novembre 2013, un comité 
parlementaire indien conclut que « le seul but de Path était de promouvoir les 
intérêts commerciaux des fabricants du vaccin ».

Dans son code de déontologie, la Fondation encourage ses employées et les 
collègues de chercheurs qu’elle finance à signaler toute conduite 
inappropriées. Pourtant, dans cette dispute qui oppose l’OMS et l’université 
d’Oxford, la Fondation a préféré rester en dehors de ce conflit. Science 
précise que la Fondation des Gates a refusé de répondre à ses questions.

Des pressions sur l’OMS

De son côté, l’université d’Oxford a rejeté les accusations de l’OMS. Science 
précise que l’université britannique a examiné ce cas trois fois, en 2008, en 
2009 et ensuite en 2011. Contactés par Science, Kennedy et Villar ont refusé de 
commenter cette affaire. Villar a reçu de l’OMS une somme de 31 350 dollars 
pour élaborer un des protocoles de l’étude. Sa remise attendue pour décembre 
2007, le protocole de Villar n'a jamais été remis à l'OMS. Kai Kupferschmidt a 
écrit dans Science qu’en mars 2008, Kennedy a informé l’OMS que Villarn’était 
pas en mesure de terminer cette tâche et il a même proposé de rembourser la 
subvention obtenue de l’OMS.

« Kennedy avait même signé un contrat pour Villar afin d'élaborer ce protocole 
pour l’étude de l’OMS. Villar n'a toujours pas rendu ce protocole. », a écrit 
Kai Kupferschmidt dans la revue Science.

Selon Science, qui a eu accès au rapport de Frank Wells, des chercheurs 
maintiennent la pression sur l’OMS afin de mener une enquête indépendante et 
transparente. Pour ces chercheurs, l’enquête de l’université d’Oxford n'était 
ni trasparente, ni indépendante parce que son comité n’a même pas consulté les 
chercheurs qui sont impliqués dans l’étude de l’OMS.

L’expert britannique Paul Chamberlain, un des chercheurs impliqués dans le 
projet de l’OMS, affirme qu’en janvier 2008, Kennedy et Villar l’ont informé à 
propos de leur demande de subvention à la Fondation des Gates. Chamberlain 
avait été surpris par cette demande de subvention parce qu’un projet similaire 
est en cours à l’OMS. Il est allé jusqu'à demander à l’éditeur de la revue 
scientifique BJOG (International Journal of Obstetrics and Gynaecology) de 
retirer son nom sur une des publications issues du projet « INTERGROWTH-21 » 
parce qu’il ne souhaitait plus que son nom soit associé à cette étude.

D’autres chercheurs dont Lawrence Platt, un gynécologue de l’université de 
Californie (Los Angeles), qui a présidé le comité exécutif de l’étude de l’OMS, 
Torvid Kiserud de l’université of Bergen en Norvège, membre des comités 
exécutif et de pilotage de cette étude et Marshall Lindheimer, un néphrologue 
de l'université de l'Illinois à Chicago exercent une pression sur l’OMS pour 
exiger une enquête transparente. Ces chercheurs demandent notamment d'examiner 
la similitude entre les protocoles de l’étude menée à l’OMS et ceux du 
consortium « INTERGROWTH-21 » .

En attendant les résultats de l’enquête attendue à l’OMS, cette dernière 
pourrait saisir l'ordre des médecins britannique (the United Kingdom’s General 
Medical Council) s’il s’avère que les deux chercheurs de l’Université d’Oxford 
n’ont pas respecté les règles de bonne conduite scientifique.

Un guide de bonne conduite à l'OMS est attendu pour fin 2016

Ne disposant pas de politique formelle pour gérer une situation comme celle qui 
l’oppose aujourd’hui à l’université d’Oxford, l’OMS a élaboré un document de 
politique officielle à utiliser dans des situations de méconduites en 
recherche. Selon Science, ce document sera publiquement accessible avant la fin 
de l’année en cours.

Cette dispute, qui implique trois acteurs majeurs, l’université d’Oxford, l'OMS 
et la Fondation Bill & Melinda Gates, illustre le malaise et les relations 
complexes qui caractérisent la recherche biomédicale actuelle.
 
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Une page dédiée à cette affaire a été créé sur la plateforme Ethics & 
Integrity. Nous tenons à remercier le journaliste Kai Kupferschmidt de nous 
avoir envoyé son article et pour avoir accepté de répondre à nos questions.
 
 
    

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