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[e-med] Au Bénin, des entreprises pharmaceutiques trempent dans le trafic de faux médicaments

Au Bénin, des entreprises pharmaceutiques trempent dans le trafic de faux 
médicaments

Par    Hermann Boko (contributeur Le Monde Afrique, Cotonou, Bénin)

LE MONDE

Le 25.07.2016 à 14h21

Mis à jour le 25.07.2016 à 16h14


http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/07/25/au-benin-des-entreprises-pharmaceutiques-trempent-dans-le-trafic-de-faux-medicaments_4974393_3212.html


Des sociétés de vente en gros de produits pharmaceutiques profitent de la 
faiblesse des lois contre le trafic de faux médicaments pour alimenter un 
marché parallèle.




Des révélations de vente illicite de  médicaments au profit du marché parallèle 
ont créé l’émoi fin juin au  sein de la corporation des pharmaciens du Bénin. 
Elles accablent l’Union béninoise des pharmacies (UB PHAR). Une des plus 
anciennes sociétés de vente en gros de médicaments dans ce pays d’Afrique de 
l’ouest.Une livraison de produits pharmaceutiques pour le compte d’une  
trafiquante de faux médicaments a été interceptée dans la commune de  Kétou à 
150 km au nord de Cotonou, la capitale. La marchandise qu’a  malencontreusement 
livrée un conducteur de taxi dans une des rares  pharmacies de la ville a 
permis de mettre  la main sur un des circuits illicites de vente de médicaments 
 contrefaits. La facture de livraison datée du 28 juin 2016 renseigne  toutes 
les informations liées à la transaction et informe davantage sur  le mode 
opératoire des grossistes qui alimentent le marché illicite.



Une quarantaine de produits pharmaceutiques d’un montant de  275 000 francs CFA 
(423 euros) ont été livrés par l’entreprise  pharmaceutique à une trafiquante 
qui répond au nom de Clémence Ahlonon.  Un compte écran au nom d’une pharmacie 
burkinabé, Lafia Sarl Bobo  Dioulasso, a été utilisé pour faire l’opération. 
Dans le processus d’achat des médicaments, les pharmacies qui payent souvent à 
crédit doivent ouvrir des comptes clients auprès des fournisseurs. « Mais ces 
comptes peuvent être rapidement détournés pour livrer le marché parallèle si la 
pharmacie est à l’étranger et l’utilise peu », explique un pharmacien.



Soupçons de ventes illicitesEn l’occurrence, Dindane Inoussa, le propriétaire 
de ladite pharmacie, dément avoir  passé commande auprès d’UB PHAR ces derniers 
mois. Cependant, il  confirme que sa structure y a bel et bien un compte depuis 
plusieurs  années qui est inactif depuis plusieurs années. « C’est du flagrant 
délit »,  affirme Docteur Louis Koukpémédji, président du Syndicat des  
pharmaciens du Bénin (Syphab) qui lutte depuis plusieurs années contre  le 
trafic de faux médicaments. C’est lui qui a mis la main sur le  livreur des 
produits pharmaceutiques.


Plusieurs fois soupçonnée de ventes illicites, la société UB PHAR n’a  
néanmoins jamais été épinglée. Contactée vendredi par téléphone,  l’entreprise 
pharmaceutique n’a pas souhaité réagir. Ghislain Agonsanou, son directeur 
commercial, a préféré garde le silence pendant l’appel. Il n’a pas été non plus 
possible de joindre  la trafiquante. Lundi, sa ligne sonnait occupée. Cette 
dernière est  propriétaire d’un dépôt pharmaceutique dans la ville de Pobè à 
107 km à  l’est de Cotonou, mais dont la licence a expiré en 2015.

Réglementation peu coercitivePrésenté au procureur début juillet, la 
trafiquante a été libérée  faute d’une réglementation coercitive en matière de 
lutte contre le  trafic de faux médicaments. « Ce n’est pas normal, s’indigne 
le docteur Louis Koupkémédji. La  trafiquante est dans l’illégalité d’avoir un 
dépôt pharmaceutique. Ses  documents ne sont pas à jour. C’est de l’exercice 
illégal de la  profession de pharmacie. Cela est mentionné dans les textes et 
puni.  Même si les peinent semblent être ridicules, il faut les appliquer ».



Selon les textes, le contrevenant encourt six mois de prison au plus  et une 
amende qui varie de 100 000 à un million de francs CFA. Des  sanctions 
insignifiantes au regard des milliards de chiffres d’affaires  que peuvent 
brasser les trafiquants.



Les dépôts pharmaceutiques sont de petites officines accréditées par  le 
ministère de la santé dans les régions reculées et souvent dépourvues  de 
points de vente de médicaments de première nécessité. Peu  contrôlées, ces 
officines sont des portes ouvertes à la prolifération du  trafic de faux 
médicaments. « Les dépôts pharmaceutiques n’ont pas  le droit de 
s’approvisionner directement chez les sociétés grossistes.  Ce sont les 
pharmacies qui doivent assurer leur fourniture en médicaments », précise un 
cadre du ministère de la santé qui a requis l’anonymat.



Saisie du dossier sur instruction du ministère de la santé, la  direction des 
pharmacies a lancé une inspection dans les locaux de la  société 
pharmaceutique. Mais les inspecteurs n’y ont rien trouvé.



De son côté, l’opiniâtre docteur syndicaliste a déjà déposé une  plainte contre 
UB PHAR auprès de la commission disciplinaire de l’ordre  des pharmaciens. Un 
collectif de pharmaciens a appelé les professionnels  à boycotter les 
fournitures de cette entité.



Le Bénin, pays pauvre d’Afrique de l’ouest, est réputé être une  plaque 
tournante du trafic de faux médicaments. Tous les jours un marché  de vente de 
faux médicaments s’anime en plein centre de Cotonou en toute impunité.


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