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[e-med] Entretien avec Michel Sidibé : Sida : «Sans financements, on reviendra en arrière»

Sida : «Sans financements, on reviendra en arrière»           

17 juillet 2016 à 19:51                              

A la veille de l’ouverture, lundi, de la conférence mondiale sur le sida, en 
Afrique du Sud, Michel Sidibé, directeur de l’Onusida, estime qu’on est «à un 
moment critique».       

 Sida : «Sans financements, on reviendra en arrière»        

C’est ce lundi que s’ouvre à Durban en Afrique du Sud, la conférence 
internationale sur le sida, qui regroupe tous les deux ans près de 20 000 
chercheurs, médecins, activistes, politiques.
Entretien avec Michel Sidibé, qui dirige depuis 2008 l’Onusida.

http://www.liberation.fr/planete/2016/07/17/sida-sans-financements-on-reviendra-en-arriere_1466791


Comment caractériseriez-vous la situation actuelle ?

Nous sommes à un moment critique. Soit on gagne, soit on perd. Nous avons 
aujourd’hui tous les éléments pour contrôler l’épidémie, mais si on ne les 
saisit pas, tout peut redémarrer voire en plus grave encore.


En matière de traitements, les progrès sont spectaculaires…Qui aurait pu 
imaginer, il y a seize ans, lors du congrès de Durban de 2000, alors qu’il y 
avait seulement 1 million de personnes traitées, en majorité dans les pays du 
Nord, qu’aujourd’hui plus de 17 millions de personnes seraient sous traitement 
? C’est un effort magnifique. On a même dépassé les objectifs du millénaire, en 
doublant ainsi le nombre de personnes prises en charge en cinq ans.


Mais quels sont les signes inquiétants ?

C’est en matière de prévention que la situation est d’une grande fragilité. 
Chaque année, près d’1,9 million d’adultes sont infectés par le VIH, et depuis 
2010 ce chiffre ne baisse pas, voire dans certaines régions il augmente. Or, 
les budgets pour les préventions restent très faibles, à peine 10 % du total.


Vous avez des exemples ?

L’Europe de l’Est et l’Asie centrale comptent une hausse de 57 % des 
contaminations entre 2010 et 2015. Après des années de régression constante, 
les nouvelles infections chez les adultes dans les Caraïbes ont augmenté tous 
les ans de 9 % entre 2010 et 2015. Au Moyen-Orient et au Nord de l’Afrique, 
entre 2010 et 2015, le rapport fait état d’un accroissement de 4 % par an. En 
fait, il n’y a pas eu de baisse importante dans aucune région du monde. En 
clair, la contamination se poursuit chez les adultes.


Ces derniers mois, en France, on ne jure que par la «Prep», c’est-à-dire donner 
un traitement préventif avant toute prise de risque pour empêcher une 
contamination. Croyez-vous que la prep peut bouleverser l’histoire de 
l’épidémie ?

Iil y a 60 000 personnes sous Prep, aujourd’hui, en grande majorité dans les 
pays du Nord. Et cela marche très bien. Nous nous fixons pour objectif 
d’arriver à 3 millions de personnes sous Prep en 2020. Dans les pays en voie de 
développement, en Afrique du Sud où les jeunes filles sont très exposées, la 
prep peut aider beaucoup. En tout cas, aujourd’hui nous avons une grande 
variété d’options disponibles pour que les personnes se protègent, de la Prep 
au préservatif, en passant par le traitement.


Comment se situe la mobilisation financière internationale ?

Nous constatons depuis peu, une diminution de 7 % des donateurs. Des données 
révèlent que les financements des donateurs internationaux ont atteint le seuil 
le plus bas depuis 2010, passant de 9,7 milliards de dollars (8,7 milliards 
d’euros) en 2013 à 8,1 milliards de dollars (7,3 milliards d’euros) en 2015. De 
quoi s’alarmer…


D’où l’évocation, à vos yeux, d’un moment clé, de bascule.

Oui, car si on laisse passer le moment présent, on court un risque énorme d’un 
rebond de l’épidémie. Si nous n’avons pas les 26 milliards nécessaires, on 
reviendra en arrière. Or, nous avons les outils, et avec un financement adéquat 
on peut éviter 16 millions d’infections et 10 millions de morts entre 2020 et 
2030, et aller vers l’éradication.


Il y a seize ans le congrès de Durban avait frappé les esprits et ce fut le 
point de départ de l’effort international.

Chacun a ses souvenirs. Il y a eu, bien sûr, les mots de Mandela, mais ce qu’il 
me reste surtout, c’est ce gamin qui nous a interpellés, et qui nous a dit 
simplement : «Ma vie compte comme toutes les vies.» Juste ces mots. Cet enfant 
doit être mort aujourd’hui, mais cette interpellation est toujours là. Faut-il 
rappeler que l’épidémie de sida a provoqué le décès de 35 millions de 
personnes, et qu’au total 78 millions de personnes ont été infectées par le 
virus ?

Recueilli par Éric Favereau             

    


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