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[e-med] Aux États-Unis, le prix des médicaments en question

Aux États-Unis, le prix des médicaments en question

Un dirigeant américain a défrayé la chronique après avoir augmenté le prix d’un 
médicament de 5 500 %. Une pratique impossible en France.

29/9/15 - 12 H 32

http://www.la-croix.com/Ethique/Medecine/Aux-Etats-Unis-le-prix-des-medicaments-en-question-2015-09-29-1362444

« À l’avenir, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale », disait 
Andy Warhol. Pour Martin Shkreli, cela aura duré un peu plus longtemps, 
vingt-quatre heures environ. Le temps de recevoir une magistrale fessée 
médiatique et politique.


UNE HAUSSE DE 5 500 %


Mardi dernier, ce patron de la société pharmaceutique Turing est venu 
s’expliquer à propos d’un médicament contre la toxoplasmose, le Daraprim. 
L’objet du débat ? Sa décision de faire passer le prix du cachet de 12 € à 673 
€. Soit une augmentation de 5 500 %. « On a augmenté le prix de façon à faire 
de bons bénéfices, mais pas des bénéfices ridiculement élevés », a expliqué le 
dirigeant.
Une petite phrase qui a suscité un tollé et fait de ce champion olympique des 
méga­culbutes tarifaires l’un des « hommes les plus vilipendés des États-Unis » 
comme l’écrit l’Agence France-Presse.


FRONDE CONTRE L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE


À tel point que la candidate démocrate à la Maison-Blanche, Hillary Clinton 
s’est soudainement érigée en « mère fouettarde » de l’industrie pharmaceutique, 
épinglant les grandes compagnies « qui reçoivent des milliards de dollars 
d’allégements fiscaux chaque année et gagnent des milliards de bénéfices chaque 
année ».

Ce qui n’est pas banal dans un pays où les politiques rivalisent en général 
d’amabilités à propos des « big pharma » souvent promptes à sortir le chéquier 
dès qu’on commence à causer campagne électorale. Au regard des réactions, 
Martin Shkreli a annoncé dès le lendemain une baisse du prix de son médicament, 
sans toutefois préciser son ampleur.


DES GOUVERNEMENTS IMPUISSANTS ?


Reste une question : l’émotion médiatique est-elle la seule façon de faire 
reculer les firmes sur la question ultrasensible du prix des médicaments ? Et 
les gouvernements ne sont-ils pas devenus totalement impuissants face aux 
stratégies commerciales de ces entreprises privées ?
Depuis quelque temps, la question revient en boucle dans une opinion publique 
parfois effarée par les prix de certaines molécules du cancer ou, plus 
récemment, de l’hépatite C. « Mais ce qui vient de se passer aux États-Unis 
n’aurait jamais pu se produire chez nous. En France, ce médicament coûte 12,94 
€ pour 20 comprimés. Et ce prix n’est pas près de bouger »,confie-t-on au 
ministère de la santé.



EN FRANCE, D’ÂPRES DISCUSSIONS

En France, le prix d’un médicament remboursé est régulé et fixé après une 
négociation entre la firme et le Comité économique des produits de santé 
(CEPS). Dans les faits, c’est souvent du donnant donnant.
Quand un traitement apporte une vraie innovation, le labo est en position de 
force, conscient qu’un gouvernement peut difficilement en priver les malades 
qui en ont besoin. Mais pas question pour autant de faire sauter les comptes de 
la « Sécu ». Du coup, les discussions sont parfois âpres avec les entreprises.

UN MODÈLE « SATISFAIT OU REMBOURSÉ »

Un système classique est celui de l’accord prix-volume : on fixe un prix de 
départ avec des remises à la baisse dès que les ventes atteignent un certain 
volume. Ce dispositif existe encore mais, depuis peu, un autre critère a fait 
son apparition : celui de la « performance ».
Un peu le modèle « satisfait ou remboursé » appliqué au médicament. C’est ce 
qui a été retenu l’an passé pour les molécules de l’hépatite C, avec un « deal 
» très clair passé avec chaque firme : si son traitement ne guérit pas le 
malade, elle devra rembourser les dépenses engagées.

UN PLAFOND POUR LE CHIFFRE D’AFFAIRES

Autre arme de choix, celle des enveloppes fermées. Sur l’hépatite C, le 
gouvernement a ainsi fixé un plafond pour le chiffre d’affaires des médicaments 
: 450 millions pour 2014 et 700 millions pour 2015. « Au-delà, les malades sont 
toujours soignés, mais on taxe les labos sur une partie importante de ce 
dépassement », confie un expert.
Grâce à ces clauses, les entreprises ont reversé 519 millions en 2014, donnant 
l’occasion au ministère de montrer qu’il veille sur les deniers de la Sécu. Et 
aux firmes de protester contre un système qui « ne valorise pas l’innovation ».

PIERRE BIENVAULT                                          
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