e-med
[Top] [All Lists]

[e-med] La vérité (enfin) révélée sur l?antidépresseur paroxétine

La vérité (enfin) révélée sur l’antidépresseur paroxétine
Jean-Yves Nau  Science & santé  21.09.2015 - 12 h 54 

http://www.slate.fr/story/107101/verite-enfin-revelee-sur-antidepresseur-paroxetine

Il aura fallu quatorze ans pour lever le voile sur une publication scientifique 
qui vantait sans nuances les vertus de cet antidépresseur. Une affaire 
exemplaire qui devrait faire école pour imposer une réelle transparence aux 
firmes pharmaceutiques sur leurs essais cliniques.

La paroxétine est un antidépresseur bien connu des médecins et très fréquemment 
prescrit. Pourtant, un article du British Medical Journal 
http://www.bmj.com/content/351/bmj.h4629 remet aujourd'hui sérieusement en 
cause son efficacité. Commercialisé en France sous le nom de Deroxat®  (4,24 € 
les 14 comprimés) depuis le 19 février 1995, on le trouve actuellement vendu 
sous vingt-et-une présentations différentes. Son succès commercial durable 
tient notamment à l’étendue des indications que son fabricant a pu (sur la foi 
d’essais cliniques qu’il a lui-même mené) officiellement obtenir des autorités 
en charge des médicaments:

« Troubles obsessionnels compulsifs (pensées répétitives, obsessionnelles avec 
comportement incontrôlable); trouble panique (attaques de panique, y compris 
celles causées par la peur des lieux publics, l’agoraphobie); trouble anxiété 
sociale (peur ou rejet de situations où vous devez être en société); état de 
stress post- traumatique (anxiété causée par un événement traumatique); anxiété 
généralisée.»
Les médicaments contenant de la paroxétine appartiennent à la classe de 
médicaments appelés «inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine» 
(ISRS). 
«Les personnes souffrant de dépression ou d’anxiété présentent un taux de 
sérotonine (substance présente dans le cerveau) diminué, explique le site du 
gouvernement sur les médicaments 
http://www.sante.gouv.fr/medicaments,1969.htmlLe mécanisme d’action de Deroxat® 
et des autres ISRS n’est pas complètement connu, mais ils augmenteraient le 
taux de sérotonine dans le cerveau. Bien traiter votre dépression ou votre 
trouble anxieux est important pour vous aider à vous sentir mieux.»

En France, peu d'échos à la polémique
Lancée sur le marché en 1992 par le groupe pharmaceutique britannique 
GlaxoSmithKlinela paroxétine a très vite rencontré un vif succès chez les 
prescripteurs. Aux États-Unis, comme au Royaume-Uni, cette spécialité a connu 
plusieurs déboires retentissants à la suite d’actions en justice menées 
notamment après la découverte d’effets secondaires parfois graves (tendances 
suicidaires et passage à l’acte) –en particulier lors de prescriptions chez des 
enfants et des adolescents.


Plusieurs travaux ont ensuite démontré que chez les mineurs la paroxétine 
n'était pas plus efficace pour traiter la dépression qu'un placebo et que le 
rapport risque-bénéfice n’était pas en faveur de cette molécule 
https://www.gov.uk/government/publications/ssris-and-snris-use-and-safety/selective-serotonin-reuptake-inhibitors-ssris-and-serotonin-and-noradrenaline-reuptake-inhibitors-snris-use-and-safety
 Ces polémiques n’ont guère eu d’écho en France où cette molécule est largement 
connue des prescripteurs (l’Agence nationale du médicament n’est étrangement 
pas en mesure de préciser la part des volumes consommés qui correspond à des 
prescriptions pédiatriques).

Aujourd’hui l’«affaire paroxétine» rebondit dans le monde anglo-saxon (comme en 
témoignent la couverture du New York Times , du Guardian ou du Scientific 
American) après les accusations du British Medical Journal.

Revenir aux données brutes

Ces accusations résultent d’un travail original mené par un groupe 
international dirigé par Joanna Le Noury (université de Bangor, pays de Galles) 
http://www.bmj.com/content/351/bmj.h4320Tout se passe comme s’il avait fallu 
attendre quatorze ans pour découvrir les coulisses d’une entreprise déguisée de 
promotion de ce médicament. Cette histoire est racontée dans le détail par 
Hervé Maisonneuve sur son blog «Rédaction médicale et scientifique». 
L’affaire commence en 2001 avec une publication dans la revue spécialisée 
Journal of The American Academy of  Child and Adolescent Psychiatry. Il s’agit 
d’un essai comparant la paroxétine et l'imipramine (un antidépresseur d’une 
autre famille) chez 275 adolescents souffrant d’une dépression sévère, et 
suivis pendant huit semaines (study 329). Conclusion: «La paroxétine est 
généralement bien tolérée et efficace dans la dépression sévère de 
l'adolescent.»

«Les contestations sont nombreuses et récurrentes quant aux conclusions de cet 
essai, et ce, pendant de nombreuses années, rappelle Hervé Maisonneuve 
http://www.h2mw.eu/redactionmedicale/2015/09/bmj-riat-publication-14-ans-plus-tard-de-la-réanalyse-dun-essai-controversé-de-la-paroxétine-dans-la.html
Puis vient le démarrage du projet RIAT (Restoring Invisible and Abandoned 
Trials, ndlr) pour analyser des essais abandonnés et/ou posant problèmes. Après 
de nombreuses difficultés pour avoir accès aux données une nouvelle analyse de 
77.000 pages des ‘'case report forms'’ transmis par GlaxoSmithKline. Suit alors 
le travail majeur d'une équipe internationale et publication dans le BMJ le 16 
septembre 2015.»
Or, la conclusion est radicalement différente de celle de 2001: «Ni la 
paroxétine, ni les hautes doses d'imipramine n'ont montré une efficacité pour 
la dépression sévère des adolescents, et une augmentation des risques a été 
observée avec les deux médicaments.»

De nouvelles mises en garde

Pour Hervé Maisonneuve comme pour les observateurs indépendants des 
publications médicales et scientifiques concernant les médicaments, il s’agit 
là d’un travail remarquable. Tout est accessible à partir d'un site dédié mis 
en ligne par le BMJ; «Restoring study 329». La revue médicale britannique est 
cinglante vis-à-vis de GlaxoSmithKline comme vis-à-vis de l’ensemble du 
système: 
«Pas de correction, pas de rétractation, pas d'excuses, pas de commentaires : 
cette ré-analyse pose des questions sur les responsabilités institutionnelles.»

De fait, cette affaire exemplaire dépasse le seul cas de la paroxétine. 
«L’accès aux données brutes des essais cliniques doit devenir obligatoire, a 
déclaré à Slate.fr le Pr Bernard Granger (service de psychiatrie, hôpital 
Tarnier-Cochin, Paris). Il est anormal que l’analyse statistique soit effectuée 
par le laboratoire pharmaceutique (juge et partie) et il est indispensable que 
des chercheurs indépendants (ou hostiles, comme c’est le cas ici) puissent la 
mener de leur côté. Pour ce qui est de cette étude il faut préciser qu’il ne 
s’agissait pas d’une population représentative d’adolescents déprimés: ils 
n’avaient pas été tirés au sort mais choisis selon des procédures et avec des 
critères d’exclusion particuliers. 
 
Comme dans les autres essais cliniques d’antidépresseurs, l’existence d’idées 
suicidaires est un critère d’exclusion pour des raisons éthiques. Ceci montre 
bien que la communauté scientifique n’admet pas que l’on traite des adolescents 
suicidaires par un placebo! Nous touchons là les limites des études en double 
aveugle contre placebo dans la dépression et les généralisations abusives et 
scientifiquement non fondées auxquelles elles donnent lieu.»

En France, depuis 2007 de nouvelles mises en garde ont été ajoutées dans les 
notices des spécialités pharmaceutiques à base de paroxétine. Elles concernent 
l’augmentation du risque de malformations congénitales majeures (et aussi 
d’hypertension artérielle pulmonaire) chez les enfants de mère traitée par la 
paroxétine pendant le premier trimestre de grossesse. Une rubrique «mises en 
garde spéciales et précautions d’emploi»a également été ajoutée. Elle alerte 
sur «l’augmentation du risque suicidaire chez les adultes jeunes traités par 
paroxétine et notamment ceux atteints de troubles dépressifs majeurs».

Jean-Yves Nau

                                          

<Prev in Thread] Current Thread [Next in Thread>
  • [e-med] La vérité (enfin) révélée sur l?antidépresseur paroxétine, Carinne Bruneton <=