e-med
[Top] [All Lists]

[e-med] Anticancéreux : le ton monte entre Roche et la Grande-Bretagne

Anticancéreux : le ton monte entre Roche et la Grande-Bretagne

LE MONDE ECONOMIE |  09.09.2015 à 10h28 • Mis à jour le 09.09.2015 à 10h43 | 
Par  Chloé Hecketsweiler et Eric Albert (Londres, correspondance)
http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2015/09/09/anticancerieux-le-ton-monte-entre-roche-et-la-grande-bretagne_4749843_3234.html

Le PDG du laboratoire Roche, Severin Schwan, s'est agacé de la décision des 
autorités britanniques de ne plus rembourser deux de ses traitements 
anticancéreux FABRICE COFFRINI / AFP
Pour un Britannique, mieux vaut se découvrir un cancer aujourd’hui qu’en 
novembre. Cette affreuse réalité est la conséquence de la décision du National 
Health Service (NHS), annoncée vendredi 4 septembre, de retirer de sa liste de 
remboursement une série de traitements anticancéreux. A partir de novembre, 
pour des raisons financières, vingt-trois d’entre eux ne seront plus pris en 
charge.


La décision illustre une nouvelle fois l’approche très stricte que les 
Britanniques ont prise dans le remboursement des traitements contre le cancer. 
Le rapport coût-efficacité de chaque médicament est calculé par un organisme 
public, le National Institute for Health and Clinical Excellence (NICE). 
Celui-ci regarde si le traitement en question prolonge l’espérance de vie, pour 
combien de temps, dans quelles conditions, etc. Il en a même tiré un prix : une 
année de vie supplémentaire ne doit pas coûter plus de 30 000 livres (40 000 
euros), sinon le traitement n’est pas remboursé.

Mais en 2010, en pleine campagne électorale, cette approche comptable a 
provoqué une levée de boucliers de la part d’associations de patients. Les 
partis politiques se sont alors engagés à créer un fonds d’urgence, destinés à 
financer certains traitements refusés par le NICE. Créé en 2011, celui-ci a 
rapidement été submergé par les demandes. Son budget a doublé en deux ans, et 
devrait atteindre 410 millions de livres cette année si rien n’est fait.
« Une solution politicienne »


C’est pour tenter d’enrayer la dérive que le NHS a annoncé vendredi que plus de 
la moitié des traitements couverts par le Fonds d’urgence n’allaient plus être 
pris en charge (sauf si les laboratoires acceptent de baisser leurs prix 
pendant la période de consultation de vingt-cinq jours). « C’est un choix 
difficile », reconnaît Peter Clark, le président du Fonds d’urgence.


Pour Lesley Fallowfield, directrice d’un centre de recherche sur le cancer à 
l’école médicale de Brighton & Sussex, il s’agit cependant d’une bonne 
décision. « La plupart des médicaments remboursés par le Fonds d’urgence 
n’apportaient presque aucun gain d’espérance de vie, avec souvent des effets 
secondaires très sévères. Ce Fonds est une solution politicienne, alors que 
nous avons un système en place, le NICE, qui est très rigoureux. » Elle 
critique en particulier les laboratoires, qui pratiquent des « prix ridicules 
pour un bénéfice médical très limité ».


Roche, le leader mondial des anticancéreux, est un des premiers laboratoires 
visés par la mesure. Son Avastin, un best-seller qui lui a rapporté 6 milliards 
d’euros en 2014, ne sera plus pris en charge dans le traitement de certains 
cancers, et son Kadcyla, dernier-né de ses médicaments contre les cancers du 
sein, a aussi été délisté.

« C’est une décision complètement arbitraire, et je me demande bien comment le 
NHS a fait son choix », s’est emporté Severin Schwan, le patron de Roche, lors 
d’une conférence de presse, mardi 8 septembre. Selon lui la façon dont le NICE 
évalue le rapport qualité-prix des médicaments est « fondamentalement 
défaillante ». Ce qu’il lui reproche ? De ne pas tenir compte des économies 
réalisées par le système de santé grâce à un médicament efficace, ni des 
revenus supplémentaires engrangés par l’Etat grâce aux impôts payés par des 
citoyens en bonne santé.


« C’est stupide d’un point de vue économique »


« C’est stupide d’un point de vue économique », a-t-il estimé, rappelant que 
son Kadcyla – qui coûte 90 000 livres par an – prolonge de six mois en moyenne 
la vie de femmes jusque-là condamnées. « Si tout le monde appliquait la même 
méthode, il n’y aurait plus un médicament mis sur le marché », s’est agacé 
Severin Schwan. Selon lui, cette décision risque aussi de créer une médecine à 
deux vitesses, avec d’un côté des patients riches qui paieront de leurs poches 
les médicaments rayés de la liste et les pauvres qui n’y auront pas accès.


Malgré la pression des laboratoires et des patients, la Grande-Bretagne n’a 
jamais hésité à se distinguer, en refusant de prendre en charge des médicaments 
onéreux remboursés ailleurs en Europe. Cette fois, Roche pourrait décider de 
riposter. « Si le NHS n’adopte pas ce qui est considéré ailleurs comme le 
traitement de référence, il ne sera tout simplement plus possible de faire des 
essais cliniques en Grande-Bretagne », a indiqué le dirigeant.


Pour éviter à l’avenir ce genre de bras de fer, le laboratoire propose de 
renoncer au prix unique « par fiole » au profit d’un système de fixation des 
prix plus souple. « Le bon prix pour la Suisse n’est peut-être pas le bon prix 
pour le Portugal ou la Chine », a admis Jens Grüger, responsable de l’accès au 
marché du laboratoire. Le groupe suisse propose aussi un mécanisme du type « 
satisfait ou remboursé », avec un prix modulé en fonction des résultats 
observés « en vie réelle » chez les patients. Le NICE se laissera-t-il 
convaincre ?

En savoir plus sur 
http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/09/09/anticancerieux-le-ton-monte-entre-roche-et-la-grande-bretagne_4749843_3234.html&HvEYJroRkBettJ1A.99
                                          

<Prev in Thread] Current Thread [Next in Thread>
  • [e-med] Anticancéreux : le ton monte entre Roche et la Grande-Bretagne, e-med <=