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[e-med] En Chine, l'industrie de la contrefaçon scientifique

En Chine, l’industrie de la contrefaçon scientifique
LE MONDE SCIENCE ET TECHNO |  11.05.2015 à 17h47 • Mis à jour le 12.05.2015 à 
15h11 | Par  Harold Thibault (Shanghaï, correspondance)
http://lemonde.fr/sciences/article/2015/05/11/en-chine-l-industrie-de-la-contrefacon-scientifique_4631431_1650684.html
 

En 2005, des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (Boston) ont 
créé un logiciel, SCIgen, capable d’écrire automatiquement des articles 
scientifiques, pour prouver que des publications sans signification pourraient 
être acceptées dans des conférences. En 2012, Cyril Labbé, chercheur en 
informatique à l’université Joseph-Fourier de Grenoble, après avoir testé avec 
succès un algorithme similaire, s’est mis en tête de créer un outil de 
détection des pastiches créés par SCIgen.
Il a alors eu la surprise de dénicher chez Springer et IEEE, deux des 
plates-formes de publications scientifiques les plus reconnues, environ 120 
documents des plus absurdes. « Une suite de mots issus du jargon, mais n’ayant 
aucun sens, respectant juste la langue anglaise et la forme », décrit M. Labbé, 
dont la trouvaille fit l’objet d’un article dans la revue Nature en février 
2014. Ces travaux censés ne jamais être lus, mais intégrés comme si de rien 
n’était aux catalogues académiques en ligne, avaient une autre caractéristique 
: ils étaient tirés de prétendues conférences ayant eu lieu dans des villes 
chinoises et étaient signés d’auteurs chinois.

Une nouvelle ombre au tableau de la grande puissance asiatique, où le problème 
de la fraude scientifique a été identifié de longue date. Les fausses 
conclusions de recherches, scandales de plagiat et autres affaires de 
corruption entre pairs chargés de passer en revue les travaux de leurs 
collègues sont monnaie courante. Dans un récent éditorial, la revue The Lancet 
s’inquiétait que ces fraudes ne viennent « menacer d’éclipser les réussites de 
la Chine ». Ses auteurs relevaient un nouveau phénomène en particulier. Entre 
le 26 et le 31 mars, BioMed Central, un important éditeur en ligne, a retiré 
quarante-deux travaux chinois ayant détourné le processus de revue par les 
pairs en ayant recours à des relecteurs fictifs. BioMed Central constatait 
qu’une agence tierce créait de manière systématique ces faux profils, suggérant 
l’émergence d’une petite industrie chinoise de la fraude.

Quantité plutôt que qualité
Le premier facteur en cause est le mode d’évaluation des chercheurs chinois. La 
gestion des universités est passée en quelques décennies du système communiste 
à un mode compétitif, dans lequel les professeurs doivent chaque année faire la 
preuve de leur efficacité, quantifiée en nombre de travaux publiés plutôt que 
sur la qualité de leurs conclusions ou de leurs cours au quotidien.

Les limites de ce système sont particulièrement évidentes en médecine, selon Ji 
Yonghua, professeur de neurobiologie à l’université de Shanghaï. Un docteur 
pourra être amené à recevoir soixante-dix patients par jour lors de ses 
consultations à l’hôpital public, ne lui laissant pas une minute pour la 
recherche. Mais sa promotion ne dépendra que du nombre d’articles qu’il a 
publiés. « Le moyen de faire face à cet objectif administratif est soit de 
plagier, soit de demander à un tiers d’écrire à sa place », regrette le docteur 
Ji.

La Chine s’interroge régulièrement sur sa culture du faux, dont la panoplie 
s’étend du sac Louis Vuitton à la thèse de doctorat. Il existe des agences que 
les universitaires paient pour un service clés en main allant de la préparation 
à la publication des travaux.

Un biochimiste s’est d’ailleurs fixé pour objectif de démasquer les imposteurs. 
Il se nomme Fang Shimin, mais est connu dans le pays grâce à son pseudonyme, 
Fang Zhouzi, sous lequel il n’hésite pas à clouer au pilori sur les réseaux 
sociaux telle ou telle personnalité suspectée d’avoir enjolivé son CV. Il s’en 
prit notamment à Li Kaifu, l’ancien patron de Google en Chine, une superstar 
sur Weibo, le Twitter chinois.

Pour M. Fang, la transition rapide du pays au système capitaliste l’a laissé 
sens dessus dessous. Les universités sont désormais en quête de maximisation du 
résultat, mais l’essentiel de l’évaluation demeure contrôlé non pas par des 
chercheurs mais par des bureaucrates. « Pour eux, compter les travaux de 
recherche est la méthode d’évaluation la plus aisée et la plus “efficace”. La 
plupart des fraudes ne sont pas détectées. 
Lorsqu’elles le sont, les conséquences sont généralement limitées puisque 
l’ensemble du système fonctionne de la sorte. « Le risque est faible, le retour 
élevé, pourquoi ne pas frauder ? », s’exclame Fang Shimin.

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Des faussaires dans les labos
LE MONDE SCIENCE ET TECHNO |  11.05.2015 à 17h53 • Mis à jour le 12.05.2015 à 
15h11 | Par  David Larousserie 

C’est assez déprimant. Chaque jour ou presque, le site Retraction Watch annonce 
le retrait de la littérature scientifique de travaux de recherche. Ce site, en 
se concentrant sur l’unité de production élémentaire de la science – l’article 
publié dans une revue à comité de lecture –, est devenu l’un des baromètres de 
la qualité de la recherche et des fraudes qui peuvent la miner. « Nous en 
sommes à 500 ou 600 par an », constate Ivan Oransky, l’un des deux fondateurs 
de la plate-forme américaine créée en 2010. Retrait ou rétractation, le terme 
signifie que l’éditeur juge que l’article, n’étant plus considéré comme fiable, 
ne peut plus être cité. Les raisons en sont nombreuses.

Récemment, en Inde, un article présentant des règles pour lutter contre le 
plagiat a été retiré pour… plagiat. En République tchèque, un biochimiste a 
rétracté son onzième article. Lors d’une précédente enquête, il avait été 
surpris par une caméra de surveillance trafiquant dans les frigos de son labo 
les échantillons destinés à vérifier ses résultats. Cent soixante-dix articles 
ont également été retirés parce que les relecteurs, ou reviewers, étaient les 
auteurs eux-mêmes… Retraction Watch ne pouvait ignorer dans son tableau de 
chasse l’anesthésiste japonais Yoshitaka Fujii, recordman des articles jetés 
aux oubliettes (172 à ce jour), dont neuf épinglés par Retraction Watch. Soit 
un de moins qu’un confrère allemand, Joachim Boldt, qui a dû retirer 88 
articles. Tous deux ont arrangé et inventé des données de leurs expérinces.

La suite c'est ici : 
http://lemonde.fr/sciences/article/2015/05/11/des-faussaires-dans-les-labos_4631444_1650684.htmlEn
 savoir plus sur 
http://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/05/11/des-faussaires-dans-les-labos_4631444_1650684.html#4cwPA8TVwPTc77KK.99
                                          
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