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Comment Poutine force les labos à investir en Russie
CATHERINE DUCRUET 
LE 29/04 À 06:00
http://www.lesechos.fr/journal20150429/lec2_industrie_et_services/021363092
10-comment-poutine-force-les-labos-a-investir-en-russie-1115285.php


Le Kremlin veut développer une industrie nationale via son plan Pharma
2020.

Pour accéder au marché russe, les laboratoires devront produire sur
place.Les pays occidentaux ont beau imposer des sanctions économiques à la
Russie, cela n'empêche pas les laboratoires pharmaceutiques d'investir en
Russie. Depuis début 2014, près d'une vingtaine d'entre eux, parmi
lesquels AstraZeneca, Novartis ou Takeda ont ouvert des sites de
production en Russie, principalement sur les trois pôles pharmaceutiques
de Saint-Pétersbourg, Kalouga (près de Moscou) et Iaroslavl (300 km au
nord de Moscou). Des investissements de 100 à 200 millions d'euros chacun.

Pourquoi ? S'ils veulent pouvoir vendre des médicaments sur le marché
russe, ces groupes n'ont pas vraiment le choix. A travers son plan Pharma
2020, le Kremlin a en effet fixé comme objectif d'ici à cinq ans une
fabrication locale pour 50 % des produits inscrits sur la liste dite des «
médicaments essentiels », contre 20 % seulement actuellement. Et à partir
du moment où un de ces médicaments sera fabriqué localement, il sera
ensuite très difficile pour un concurrent fabriqué à l'étranger d'obtenir
une autorisation d'importation en Russie.

Or, ce marché de 143 millions d'habitants, estimé à environ 18 milliards
d'euros, dispose à terme d'un fort potentiel (6 à 10 % de croissance
annuelle), même si, dans l'immédiat, la santé pâtit de la crise et de la
priorité donnée aux dépenses militaires. Le mode de vie, les habitudes
alimentaires et l'absence de prévention induisent, en effet, des besoins
importants en matière de santé.  « Vladimir Poutine est préoccupé par des
questions démographiques et veut augmenter l'espérance de vie,
actuellement de 62 ans pour les hommes et de 74 ans pour les femmes »,
explique un diplomate. A travers le programme Pharma 2020, le gouvernement
affiche une volonté politique et économique d'améliorer le système de
soins et de généraliser l'accès aux médicaments qui représentent 80 % des
dépenses de santé. 

Constituer les bases d'une industrie nationaleMais la Russie n'a pas de
tradition pharmaceutique, car, dans le cadre de la répartition des tâches
au sein de l'ancien bloc soviétique, cette activité avait été attribuée à
la Hongrie. En dehors du groupe Pharmstandard, il y a donc très peu de
fabricants russes de médicaments. Ceux-ci produisent essentiellement des
génériques dans des installations qui ne respectent généralement pas les
normes internationales. Le gouvernement russe a donc besoin des
laboratoires étrangers pour constituer les bases d'une industrie
nationale. 

Dans le domaine du diabète, par exemple, Sanofi avait été le premier, dès
2013, à saisir la balle au bond. Le groupe français a démarré une
production locale d'insuline à Oriol (300 km au sud-ouest de Moscou) grâce
au rachat à hauteur de 51 % d'une usine qui, selon le groupe, lui a permis
de gagner cinq ans par rapport à un projet ex nihilo.  « Mais les autres
grands producteurs mondiaux d'insuline, le danois Novo Nordisk et
l'américain Eli Lilly, n'ont pas voulu laisser à Sanofi le monopole du
marché russe . Ils ont donc à leur tour investi sur place », explique un
expert. Novo Nordisk a commencé à produire il y a quelques semaines à
Kalouga et Eli Lilly, qui s'est associé au laboratoire russe R-Pharm au
nord-est de Moscou, devrait suivre avant la fin de l¹année.

Mais qu'il s'agisse d'insuline ou d'autres produits, quand on parle de
production, il faut bien sûr comprendre « fabrication pharmaceutique »,
car la matière première (le principe actif), elle, continue à être
produite à l'étranger (et n'est pas soumise à l'embargo). Les laboratoires
étrangers ne réalisent donc en Russie que la partie aval du processus :
mise en forme pharmaceutique, conditionnement et emballage. Mais c'est
aussi le plus souvent le cas dans les pays occidentaux, qui
s'approvisionnent principalement en Chine et en Inde pour les médicaments
« classiques ». 


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