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[e-med] Ebola : trois traitements vont être testés en Guinée et au Liberia

(Partage restreint à la Communauté de pratique E-med.CB)

Ebola : trois traitements vont être testés en Guinée et au Liberia
LE MONDE |  28.11.2014 à 11h48 ? Mis à jour le 28.11.2014 à 17h43 |Par
Rémi Barroux  (Guéckédou, envoyé spécial)
http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2014/11/28/ebola-trois-traitement
s-vont-etre-testes-en-guinee-et-au-liberia_4531090_3244.html

A la mi-décembre, un traitement curatif contre Ebola va être expérimenté
en Guinée forestière, dans le centre de Guéckédou géré par Médecins sans
frontières (MSF). C¹est une équipe de l¹Inserm qui va diriger ce premier
essai sur des malades infectés par le virus qui, depuis le début de
l¹épidémie déclarée fin mars, a fait 5 674 morts sur 15 901 cas
principalement dans trois pays d¹Afrique de l¹Ouest (le Liberia, la Sierra
Leone et la Guinée), selon le bilan de l¹Organisation mondiale de la santé
(OMS) du 26 novembre. Il s¹agit de la première des trois expérimentations
de traitement thérapeutique coordonnées par l¹OMS.

A Guéckédou, l¹équipe va tester le favipiravir, un médicament mis au point
contre la grippe par le laboratoire japonais Toyama Chemical, filiale de
Fujifilm. Cet essai devrait être étendu à deux autres centres de
traitement, situés aussi en Guinée forestière : l¹un à Macenta, ouvert par
la Croix-Rouge française le 18 novembre ; l¹autre à N¹Zérékoré, qui doit
accueillir ses premiers malades fin novembre, sous la responsabilité de
l¹ONG internationale Alima.

 
« L¹essai principal va se faire sur soixante adultes, volontaires, arrivés
au centre dans les quarante-huit heures après les premiers symptômes, car
pour être efficace, il ne faut pas que le malade soit trop atteint »,
explique le docteur Xavier Anglaret, directeur de recherches Inserm, venu
en Guinée pour coordonner l¹expérimentation.

Des fortes doses, largement supérieures à celles préconisées pour traiter
les grippes sévères, seront administrées sous forme de comprimés dilués
dans l¹eau, à raison de trois prises quotidiennes durant les premiers
jours, puis le dosage sera réduit. « Durant les dix jours du traitement,
des prélèvements de sang seront effectués afin de surveiller les fonctions
hépatique, rénale, etc. Mais on en limitera le nombre, car ces actes sont
à risque avec la présence du virus dans le sang », précise le docteur
Anglaret. Des échantillons seront envoyés au laboratoire P4 de Lyon pour
étudier la charge virale.

Essai délicat

Deux autres traitements vont être expérimentés.

L¹un à Monrovia, au Liberia, dans le centre MSF, sous la direction d¹une
équipe de l¹université d¹Oxford avec un médicament antiviral américain, le
brincidopovir. L¹autre en Guinée, dans le centre MSF de Donka, à Conakry,
avec l¹Institut médical d¹Anvers : il s¹agira de transfuser le plasma du
sang de malades guéris aux personnes infectées. Ce dernier essai s¹annonce
le plus délicat. « Le sang alimente de nombreux fantasmes : transfusion,
infection? Pour de nombreux Guinéens, dans les centres de traitement, on
vole le sang des patients pour le vendre », raconte Fernanda Falero,
anthropologue espagnole de MSF, en mission notamment pour analyser les
conditions de l¹acceptabilité des expérimentations.

Pour ces trois tentatives, il n¹est pas prévu de bithérapie, dans un
premier temps. Il ne sera pas non plus effectué de traitements placebo à
des fins de comparaison, « l¹urgence Ebola commande des choses
inhabituelles », reconnaît Xavier Anglaret.

La préparation de l¹essai mené par l¹Inserm a fait l¹objet de nombreuses
réunions, à Guéckédou, entre les équipes locales de MSF, les chercheurs et
les autorités locales. Car le virus continue d¹alimenter les rumeurs les
plus folles : empoisonnement, expérimentation des médecins « blancs » sur
les populations africaines? Les équipes craignent également d¹être
débordées. « J¹ai peur de l¹engouement et le risque est réel de voir
beaucoup de malades venir de toute la région, même des pays voisins, pour
essayer de rejoindre les centres où le traitement sera expérimenté »,
s¹inquiète le docteur Abdourahmane Batchily, le coordinateur Ebola pour la
Guinée forestière. Pour le docteur Anglaret, le succès du traitement
serait un« scénario fantastique ». Le responsable de l¹Inserm redoute
plutôt« l¹échec et l¹immense déception qui en découlerait ».

« On est pressé »

Le rôle des équipes de sensibilisation, les personnels « psychosociaux »
des ONG, reste capital. « Cela ne va pas être simple d¹expliquer aux
malades, à leurs familles, la prise de ces médicaments, avec les soupçons
qui entourent la maladie et sa propagation », reconnaît Fernanda Falero.

« Certains disent que les Blancs ont le médicament depuis longtemps et
qu¹ils attendent que beaucoup de Noirs meurent pour le donner », raconte
le docteur Batchily. L¹homme, fatigué par la bataille qu¹il mène sur le
terrain depuis les débuts de l¹épidémie, aimerait que les choses aillent
plus vite : « Vous, les Occidentaux, il vous faut quatre ou cinq ans
minimum pour tester un médicament. Nous, en Afrique on est pressé.»

« Les traitements sur les virus sont toujours longs, regardez sur le VIH :
il ne faut donc pas s¹attendre à un résultat rapide », tempère aussi à
Conakry le docteur Sekou Condé, directeur des établissements de soins, qui
participe de la cellule guinéenne de riposte contre Ebola. Les premiers
résultats complets ne seront pas attendus avant le printemps, mais la
mortalité, elle, pourrait baisser, en cas de succès, plus rapidement dans
les centres de traitement.


*  <http://abonnes.lemonde.fr/journaliste/remi-barroux/>Rémi Barroux
<http://abonnes.lemonde.fr/journaliste/remi-barroux/> (Guéckédou, envoyé
spécial) 
Journaliste au Monde





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