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[e-med] (4)Programme pour l'amélioration de la bonne gouvernance dans le secteur pharmaceutique en Tunisie

Les écarts de comportements des personnes morales dans le secteur de la 
pharmacie en particulier ont été constatés depuis le début des années 1970, 
mais ils étaient occultés pour deux raisons: la première c'est la force du 
lobbying et de la persuasion par l'argent et la seconde c'est la négligence de 
la communauté internationale vis-à-vis des crimes économiques tels que la 
corruption. Ce qui explique l'intérêt un peu tardif que l'on prête à ces 
dérives de comportement social. En fait, je pense que la responsabilité est à 
partager entre ceux qui n'ont pas considéré que cette vérité devienne réalité 
un jour et ceux qui ont participé à la mise en place d'un système qui leur 
convienne et qui en ont profité. La nature ne supporte pas le vide. D'ailleurs, 
l'amorce de l'étude de l'ampleur (la mesure) de la corruption comme nouvelle 
approche n'a été faite qu'à partir des travaux de Johann Graf Lambsdorff 1995 à 
travers l'ouvrage de Jean de Millard Un monde sans loi.

En réalité, le combat était déjà inégal : d'un côté, une industrie stratège, 
bien organisée et solidaire outre le fait d'être bien conseillée par une armée 
d'avocats, de managers de très haut niveau, de lobbyistes et de conseillers en 
communication. De l'autre côté des gouvernements dépendants de l'argent des 
firmes pharmaceutiques et subissant la pression de leurs problèmes économiques 
à l'exception de certains pays nordiques et anglo-saxonnes. 

Tout au long de ces dernières décennies, on a fait l'éloge d'une industrie 
prospère économiquement avec des chiffres d'affaires exponentiels et des 
profits records malgré une crise d'innovation, des accidents thérapeutiques, 
des caisses d'assurances maladies grevées et une opacité scientifique. Et l'on 
ne s'est jamais posé la question: comment est-ce possible? C'est peut être un 
dénis de la réalité, qui a fait que la situation d'eldorado économique parfait 
s'installe confortablement par tout dans le monde, où l'on retrouve les mêmes 
faiblesses et les mêmes problèmes. C'est pour çà que je pense que c'est plus 
qu'un problème d'instances nationales et internationales. La prise de 
conscience internationale était nécessaire, malheureusement elle est un peu 
tardive, ce qui rend le projet collectif de lutte contre la corruption 
difficile voire audacieux car les freins sont multiples et omniprésents. Fort 
heureusement, il y a un début de changement des mentalités. On sait déjà que 
les résultats ne seront pas immédiats.


Je pense que jusque là l'industrie pharmaceutique a toujours anticipé et a 
imposé sa vision et ses intérêts. En revanche l'administration a subi et a 
essayé de suivre. Un autre élément qu'il faudrait dire honnêtement c'est que la 
société civile et scientifique ont été passives sur ce sujet englobant les 
différentes formes du crime économique dont la corruption pharmaceutique.  
Maintenant, c'est tout le système qui doit être repensé car il arrive à 
expiration. Le système de brevets, point fort de l'industrie pharmaceutique 
présente des faiblesses qui retentissent négativement sur la légitimité morale 
des droits conférés et des royalties. Les engagements de l'industrie 
pharmaceutique en matière de transfert de technologie n'ont pas été respectés. 
Des prix de commercialisation des médicaments sans aucune corrélation avec le 
coût de développement et celui de production et de distribution, mais évoquant 
une prédation boursière ciblant les budgets sanitaires. Cette pratique "non 
morale" fragilise le système de fixation des prix des médicaments qui devrait 
être mérité scientifiquement et être corrélée aux effets indésirables et à 
leurs surcoûts. Face à cela l'administration est confrontée à des ressources 
limitées et à une obligation légale d'assurer la santé au citoyen.

Le plus important c'est comment repenser l'architecture des systèmes 
pharmaceutiques tout en sachant que le patient risque d'être pris en otage tout 
au long des négociations destinées à assoir un nouvel équilibre entre les 
firmes pharmaceutiques et l'administration?

Lassaâd M'SAHLI
Pharmacien Clinicien
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