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[e-med] Des kits anti-Ebola vendus au marché noir à Conakry

(Voir les photos sur le site)

14/11/2014 / GUINÉE CONAKRY
Des kits anti-Ebola vendus au marché noir à Conakry
http://observers.france24.com/fr/content/20141114-kits-anti-ebola-vendus-ma
rche-noir-conakry-guinee-ong-business

Une vendeuse sur le marché Madina à Conakry vend des bouteilles de chlore
bleues et des produits antiseptiques normalement distribués par des ONG.
Photo prise par Tinkisso-Antenna début novembre et floutée par France 24.

À côté des fruits ou des pagnes du marché Madina de Conakry, on trouve
depuis plusieurs mois des kits sanitaires, chlore, bassines ou gants, pour
se protéger du virus Ebola qui a frappé le pays. Mais à y regarder de plus
près, ce sont des produits normalement gratuits distribués par des ONG aux
habitants les plus pauvres qui finissent monnayés sur les étals.

Jeudi 13 et vendredi 14 novembre, nos Observateurs guinéens à Conakry se
sont rendus au marché Madina où plusieurs rapports de la presse guinéenne
font état de la vente illicite de matériel médical destinés à la lutte
contre Ebola. Des clients avaient notamment remarqué la présence de
bouteilles de chlore bleues estampillées Unicef et sur lesquelles est
indiqué "ne peut être vendu".


Parmi des bouteilles de chlore classique, on peut trouver des bouteilles
estampillées "Unicef" et "Ne peut être vendu". Photo prise fin septembre
et transmise par Nouhou Baldé de Guinéematin.com <http://guineematin.com/>


Outre ces bouteilles, nos Observateurs affirment que des gants, des
masques ou encore des bassines normalement distribuées dans les quartiers
les plus pauvres se retrouvent aussi sur les marchés.

"Même ma voisine revend des bouteilles de chlore à bas prix dans mon
quartier"Fatoumata Binta Diallo, étudiante en journalisme, habite à
Conakry et a écumé les marchés ces derniers jours.

Ce trafic est très répandu, j'ai même ma voisine qui a un stock entier de
bouteilles de chlore Unicef et qui les revend à bas prix dans le quartier.
Elle n'a pas conscience que ces bouteilles ne sont pas destinées à la
vente, pour elle, elle les a légalement achetées et doit donc les revendre
pour gagner sa vie.

Ce trafic a lieu parce que la demande de chlore explose, le prix d¹une
bouteille est passé de 3 000 à 5 000 francs guinéens depuis le début de
l'année [de 35 à 60 centimes d'euros]. Ici à Conakry, beaucoup de gens
disent "avec Ebola, on va être riche". Malheureusement, ce n'est pas un
phénomène nouveau : par le passé, il était très fréquent que des
distributions de matériels sanitaires, comme des savons dans les écoles,
finissent sur les marchés de Conakry.


Au milieu des mouchoirs et des biscuits, les bouteilles de chlore
estampillées Unicef se vendent 5 000 francs guinéens (environ 60 centimes
d'euros). Photo Tinkisso.

"Les marchands, souvent analphabètes, sont les victimes de ce système"La
plupart des produits, et notamment les bouteilles de chlore, sont
fabriqués localement par des entreprises sociales. Une de ces structures,
Tinkisso-Antenna, travaille depuis 2008 avec l'Unicef dans le domaine de
l'accès à l'eau potable. Depuis 2012, elle produit des bouteilles de
chlore pour l¹organisation onusienne dans son usine de 80 employés.

Ces bouteilles sont achetées par l'Unicef à prix cassés, 3 300 francs
guinéens (moins de 38 centimes d¹euros) contre 4 000 ou 5 000 francs
guinéens en temps normal (entre 50 et 60 centimes d¹euros). L¹Unicef les
distribue ensuite gratuitement à des représentants locaux dans les
quartiers les plus défavorisés de Conakry. C¹est à ce niveau que le trafic
se fait, selon Aboubacar Camara, coordinateur du projet Tinkisso-Antenna
Guinée.

L'Unicef distribue les bouteilles de chlore auprès des chefs de quartiers
par défaut ou à des associations locales qui ont participé à des actions
de sensibilisation sur Ebola. Mais récemment, nous avons remarqué que ces
intermédiaires sont souvent des ONG fantômes dans le contexte de
l'épidémie d'Ebola. Ces associations distribuent bien une grande partie
des stocks, mais gardent certains cartons qu¹elles vont monnayer à prix
imbattables : 150 000 francs guinéens (17 euros) le carton de 60
bouteilles, au lieu de 300 000 francs guinéens. (35 euros) [Le docteur
Sékouba Keita, coordonateur national de la lutte contre Ebola en Guinée, a
déclaré fin septembre en avoir "ras-le-bol" des ONG mercantiles
<http://guineenews.org/lutte-contre-ebola-dr-sakoba-keita-en-a-ras-le-bol-d
es-ong-mercantiles/> créées dans le cadre du "Ebola-business" NDLR] À
priori, tout le monde est gagnant : le marchand, car il a acheté ses
stocks moins cher, et l'intermédiaire qui n'a rien eu à débourser pour
avoir ces bouteilles.

Ces ONG fantômes traitent la plupart du temps avec des vendeurs qui ne
savent pas lire et qui ne sont pas conscients que non seulement leur
activité est illicite, mais qu¹en plus, ils vendent des produits destinés
aux plus démunis. Lorsque les cargaisons sont saisies, le marchand est
tenu pour responsable : il risque la saisie des stocks et la détention
provisoire.


L'association Tinkisso et l'Unicef ont mené plusieurs campagnes de terrain
et publicitaires pour sensibiliser à la non-commercialisation de leurs
bouteilles de chlore.


Sept chefs de quartiers arrêtés la semaine dernière pour trafic illicite
de produits sanitairesPour l¹heure, aucun texte de loi ne prévoit de
sanction pour la vente de ces kits. Les marchands interpellés en
possession de ces stocks font généralement quelques heures de garde à vue
avant d¹être relâchés. Contacté par France 24, Mohammed Ag Ayoya,
représentant de l¹Unicef à Conakry, explique :

Le problème principal est de savoir quels intermédiaires ont revendu nos
kits : pour ce faire, nous venons de mettre en place un système de
bouchons de bouteille de couleurs différentes pour chaque intermédiaire.
Cela nous permettra de remonter la chaîne et d'identifier les coupables..

Certains responsables ont déjà été identifiés : la semaine dernière, le
gouverneur de Conakry a limogé sept chefs de quartiers
<http://www.aujourdhui-en-guinee.com/fichiers/videos5.php?langue=fr&idc=fr_
Le_Gouverneur_de_Conakry_limoge_7_chefs_de_quartiers_pour_ven&PHPSESSID=b1c
64a6611eebb6aa1d5cead6fdf6795> accusés de détournement et de mise en vente
de produits sanitaires.

Mercredi, la barre des 5 000 morts de fièvre hémorragique Ebola a été
dépassée. Sur les 14 098 cas recensés dans le monde, 1 878 le sont en
Guinée pour 1 142 décès.


Photo prise vendredi après-midi sur le marché de Madina à Conakry par
Fatoumata Binta Diallo.


Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron
(@alexcapron <https://twitter.com/alexcapron>), journaliste à France 24.






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