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[e-med] (3)Lettre ouverte au prochain directeur régional de l'OMS en Afrique

Bonjour,

Merci pour votre message.

Cette lettre ouverte a
pour objet de donner une opinion. Elle s'adresse au nouveau Directeur
Régional de l'OMS AFRO, mais également comme vous l'indiquez aux
pays.

L'OMS AFRO peut déjà
insister sur des pans entiers d'études qui sont sous utilisés,
notamment les déterminants de la santé. C'est le rôle de l'OMS
AFRO d'insister sur ces aspects, pas forcément médico-médical, qui
influent fortement sur l'état de santé des populations. Si vous
regardez les plans nationaux, les déterminants sont quasiment
absents.

Maintenant, comme vous le
dites, la santé est une question de volonté politique. La faiblesse
des statistiques de santé sur de nombreux pays sub-sahariens (le
Maghreb a lui connu des performances assez spectaculaires sur les 20
ou 40 dernières années grâce à des politiques longues et plus
globales). Il s'agit aussi pour les dirigeants politiques de
réinvestir le champs de leurs propres politiques de santé, et ne
pas forcément laisser des organisations internationales les piloter.

Le changement doit
effectivement venir des pays, je suis d'accord avec vous. La
fragmentation des systèmes de santé en Afrique Sub-Saharienne, qui
est aussi le reflet d'un trop grand nombre d'acteurs et souvent bien
plus puissants que les Ministères de la Santé pose problème. C'est
de la responsabilité des chefs d'états de mettre de l'ordre dans ce
microcosme et de faire en sorte que des politiques nationales, de
santé et autres politiques qui sont très inter-dépendantes, soient
efficaces sur le long terme. Les pays africains ont des priorités de
développement et doivent maintenir un cap, aligner leurs partenaires
sur une vision de long terme et pas suivre chaque partenaire qui a
bien souvent des vues spécifiques dans un domaine particulier.

A charge pour l'OMS AFRO
de faire passer ce message que c'est effectivement aux pays de
définir leur propre politique et d'utiliser tous les outils
disponibles, comme les déterminants de santé.

Je considère que les pays
sub-Sahariens devraient normalement avoir des taux de baisse annuels
de la mortalité infanto-juvénile de 4% par an. Or, c'est une
situation rarissime (contrairement aux pays du Maghreb), ce qui
dénote des dysfonctionnements majeurs : sclérose de certains
régimes ou corruption, clientélisme (notamment dans la santé ou de
nombreux petits budgets sont affectés à une multitude d'acteurs de
toutes tailles), sous-investissement dans la santé ou l'éducation,
trop d'inégalités de revenus, trop d'acteurs ayant des visions
divergentes, organisations internationales qui ne se remettent pas en
question, etc...

Si l'OMS AFRO faisait le
constat que les mécanismes en place sont sous-performants en Afrique
Sub-Saharienne, on ferait un grand pas. Après si personne ne veut
déranger la susceptibilité de dirigeants politiques, de lobbys, ou
encore de bailleurs trop puissants, les performances risquent de
continuer à être décevantes.

Je suis navré de le dire
mais la lutte contre le VIH en Afrique Sub-Saharienne n'est pas du
tout une réussite, vu les nouvelles infections chaque année. Je ne
vois pas de capacité des acteurs VIH de remettre en cause la manière
dont les choses sont structurées, le seul message étant « on
manque de moyens ». Je trouve cela assez affligeant parce qu'il
n'y a pas une vision globale des enjeux de santé.

Plutôt que de résoudre
des problèmes structurels ou de modifier le fonctionnement de la
société, on préfère botter en touche et créer à chaque fois de
nouveaux fonds. Vous en avez évoqué un, à chaque pb ou crise, on
créé de nouveaux fonds avec à chaque fois une équipe
bureaucratique en charge. S'attaquer aux problèmes structurels est
moins couteux et plus efficace.

Je vais prendre un
exemple, Ban Ki Moon vient d'appeler de ses v?ux à mettre fin à
l'excision :

http://www.rfi.fr/afrique/20141030-kenya-onu-ban-ki-moon-appelle-mettre-fin-excision-ici-une-generation/

C'est très gentil de sa
part, mais il ne dit pas comment. La pratique de l'excision baisse de
manière drastique en fonction du niveau éducatif des parents.
Pourquoi Ban Ki Moon ne demande pas tout simplement à mettre fin à
l'analphabétisme, au moins ce serait concret, plutôt qu'aller
saupoudrer encore des aides sur un grand nombre de petits programmes
qui satisferont tous les acteurs spécialisés parce qu'ils y seront
directement impliqués.

Donc Ban Ki Moon fait de
l'effet d'annonce sans donner les clefs pour répondre à la
question. Il faut arrêter ce type de démarche qui est démagogique.

L'APD par habitant des
pays sahéliens (très touchés par l'excision) est globalement
faible, comparativement à d'autres pays africains. Pourquoi Ban Ki
Moon ne demande pas une aide forte pour éradiquer l'analphabétisme.
L'OMS AFRO (et l'UNICEF) peut très bien reprendre le discours de Ban
Ki Moon en disant que ce sera possible, si et seulement si un effort
massif est fait dans l'éducation.

A l'OMS AFRO d'émettre
des recommandations indépendantes, uniquement basées sur
l'efficacité des propositions. Il y a encore beaucoup de sujets
qu'on ne veut pas aborder de manière directe, même si les évidences
sont sur la table.

Enfin, comme vous le
soulignez, il est important que les experts nationaux soient mis à
contribution et soient capables de porter des critiques sur les
dysfonctionnement et proposent des solutions adaptées à leur
contexte. Cela nécessite de libérer la parole, il y a trop peu de
gens à oser donner leur opinion.

Merci et bonne journée,
Bertrand Livinec


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