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[e-med] Médicament de la rue: un tueur silencieux (ReMeD)

Médicament de la rue: un tueur silencieux
06 Mai 2014     Yvette MBASSI-BIKELE

https://www.cameroon-tribune.cm/index.php?option=com_content&view=article&i
d=81174%3Amedicament-de-la-rue-un-tueur-silencieux&catid=3%3Adossier-de-la-
redaction&Itemid=4

Les cris de détresse d¹une malade emmenée aux urgences d¹un hôpital public
ameutent une foule de curieux. Elle est là depuis trois jours. Et au fil
du temps, sa peau et sa chair tombent en lambeaux. Déjà, un impressionnant
trou s¹est formé sur son fessier. A la mine du personnel soignant et des
médecins, l¹on voit bien que son cas est désespéré. « On ne peut rien pour
elle, nous essayons juste de l¹accompagner », confie discrètement un
médecin au chef de famille. Mais que s¹est-il donc passé pour arriver à un
tel drame ?

Selon des membres de la famille, la malheureuse, étudiante vivant dans une
mini-cité, se serait rendue chez un vendeur de médicaments dans la rue
pour quelques soucis gynécologiques. « Docta, comme on appelle le
concerné, lui a proposé une injection d¹antibiotique. Ma s¦ur dit qu¹elle
a immédiatement senti une vive douleur dans la jambe et sa fesse a
commencé à gonfler. Elle n¹en a pas dormi de toute la nuit et nous voici
», explique un aîné. Des enquêtes vont révéler que Mélanie G., appelons-la
ainsi, a plutôt reçu une injection de formol.

Alors que le Cameroun, de concert avec la communauté internationale, va
célébrer à la fin de ce mois la Journée africaine de lutte contre la vente
illicite des produits pharmaceutiques, l¹on constate que les habitudes en
la matière ont la peau dure. Malgré la multiplication des campagnes de
sensibilisation, des pharmacies dans les villes et les hôpitaux publics,
la baisse des coûts avec l¹introduction des génériques, le phénomène des
médicaments de la rue ne cesse de prendre de l¹ampleur au Cameroun. Selon
le ministère de la Santé publique, près de 40% de médicaments vendus dans
le pays proviennent de la contrebande. En 2009, le circuit illicite, à lui
tout seul, représentait 20 à 25% du marché national du médicament. Avec
pour conséquences, de multiples résistances, accidents allergiques,
intoxications, insuffisances rénales, hépatiques, et même des décès.
Aussi, la situation est-elle préoccupante pour les autorités compétentes.

« Ce commerce est purement dangereux et illicite dans la mesure où la
vente de médicaments et d¹autres produits hospitaliers doit obéir à une
réglementation rigoureuse, à des connaissances très pointues des effets
des substances chimiques, à des règles de prescriptions et de conservation
», explique un pharmacien. Ce trafic a pourtant des bastions quasi
imprenables dans les principales villes du pays : Douala et Yaoundé. Les
fameux « gazon » à Douala et « poteau » au marché central de Yaoundé sont
bien connus de tous. A l¹observation, les malades qui s¹y rendent sont
pourtant capables d¹acheter les médicaments prescrits dans les circuits
pharmaceutiques légaux, où des spécialités et des génériques de qualité
sont vendus à des prix abordables. Les habitués des médicaments de la rue
entretiennent une illusion. Illusion du moins cher. La possibilité pour
eux de développer des relations avec des « asso » et d¹obtenir des
médicaments à crédit les y attirent. La vente au détail de certains
médicaments, dans les milliers de petites boutiques de quartiers et
d¹épiceries, est venue aggraver cette grosse « tumeur cancéreuse »
résistant à plusieurs thérapies de choc engagées par les autorités. Raison
pour que la lutte contre cette gangrène soit permanente et que de gros
moyens y soient investis.




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