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[e-med] Prise en charge des PVVIH/sida : Les acteurs communautaires sont inquiets

Prise en charge des PVVIH/sida : Les acteurs communautaires sont
inquiets
dimanche 19 mai 2013
http://www.lefaso.net/spip.php?article54257&rubrique4

*Entre 2011 et 2012, de nombreux dysfonctionnements avaient été décelés
dans la délivrance des services aux personnes vivant avec le VIH.
Impossibilité de mettre de nouvelles personnes sous traitement ARV,
ruptures fréquentes de réactifs de laboratoire, pannes des appareils
d’analyse… la situation était très alarmante. Un an après, peut-on dire
qu’elle est redevenue normale ?*


Un premier cas, puis un second, d’autres qui s’accumulent à Ouahigouya,
Fada, Niangoloko, Bobo, Ouagadougou…, c’est toutes les files actives du
pays qui étaient concernées par la situation de « tension » des
Antirétroviraux (ARV) entre mars 2011 et juin 2012. Le circuit de
distribution des médicaments au Burkina Faso était grippé. Il souffrait
régulièrement de dysfonctionnements qui entrainaient des ruptures
d’approvisionnement en médicaments et réactifs de laboratoire.

Les premiers à identifier le problème, ce sont les personnes vivant avec le
VIH qui ont subi les effets de ces ruptures de stocks ; des ruptures ayant
provoqué des interruptions de nouvelles inclusions et même de traitement.
« Au début, on croyait que c’était passager, mais au fil des mois, il
fallait se rendre à l’évidence que c’est une véritable catastrophe que nous
étions en train de vivre. Partout dans les provinces, on nous signalait des
problèmes. », se souvient Mamadou Sawadogo, coordonnateur du Réseau
national des associations de personnes vivant avec le VIH (REGIPIV-BF).
Regroupant quatre vingt- quatre (84) associations disséminées dans
quarante-deux (42) provinces, le REGIPIV-BF a sonné le tocsin avec d’autres
organisations pour monter au front. Avec le concours de la presse, les
pouvoirs publics sont interpellés, mais ils peinent à réagir. Les autres
acteurs de la lutte contre le sida, notamment les bailleurs de fonds,
estiment, quant à eux, que c’est un « problème domestique ». Au début, ils
ne souhaitaient pas s’immiscer avant de se raviser pour prendre le
leadership de la mobilisation de fonds. Ils ont compris que le problème
était loin d’être du seul ressort des nationaux. Interpellé à son tour, le
chef de l’Etat, en sa qualité de président du Comité national de lutte
contre le sida, convoque une rencontre de « vérité » entre les différents
acteurs. Le diagnostic dressé met en cause le système national de
programmation des besoins. Il s’est livré à une sous évaluation des besoins
doublée d’un manque criard d’anticipation des commandes. Ce diagnostic ne
satisfait pas entièrement certains bailleurs dont le Fonds mondial. Ils
soupçonnent certains acteurs de se livrer à des détournements de fonds et
de matériels destinés à la prise en charge des malades. Des mesures fortes
sont prises de part et d’autres.

Création d’un comité de suivi

Au niveau national, des changements ont été opérés. La Direction générale
des médicaments, de pharmacie et de laboratoire (DGMPL), longtemps mise à
l’écart, est introduite dans le système pour résorber le problème de
planification des besoins. En attendant de renouer avec l’argent du Fonds
mondial, l’Etat burkinabè a débloqué la somme d’un milliard pour parer aux
urgences. Concernant le dialogue social, la pression des acteurs
communautaires a conduit à la mise en place d’un comité de réflexion et
d’anticipation sur les questions liées au VIH/Sida. « La crise a permis de
mettre sur la même table de discussion les politiques et les acteurs
communautaires. Ce qui n’était pas habituel. Nous avons mis l’Etat devant
ses responsabilités car, pour nous, la prise en charge des personnes vivant
avec le VIH/sida ne devrait pas dépendre uniquement de la contribution des
bailleurs extérieurs. », soutient le coordonnateur du REGIPIV-BF. L’Etat a
consenti de budgétiser huit milliards FCFA dont 80% iraient à l’achat des
intrants pour l’année 2013. Selon différentes sources, on ne devrait pas
connaitre de tension cette année. L’argent est disponible pour les
commandes de médicaments. Mais l’optimisme est partiel chez certains
acteurs.

Le comité de suivi peine à fonctionner et des questions importantes comme
l’approvisionnement en médicaments contre des infections opportunistes,
l’achat des réactifs de laboratoire et les pannes récurrentes des appareils
des CMA publics restent en suspens. Or, une prise en charge adéquate des
malades dépend beaucoup de ces questions. Nous avons pu constater qu’en
mi-mars, il était impossible de faire l’examen initial de CD4 au niveau du
CMA de Pissy. C’est la plus grande file active du pays avec plus de dix
milles (10 000) personnes vivant avec le VIH suivies en théorie. Dans les
autres files actives, les malades déplorent souvent les ruptures de
réactifs de laboratoire. Ce qui les oblige à recourir aux laboratoires
privés dont les prix sont exorbitants.

Le coût des examens biologiques, un obstacle à la prise en charge

C’est surtout le coût des examens qui fatigue les malades et provoque des
perdus de vue. « La majorité des malades manquent de moyens pour faire les
examens biologiques. Le service de l’action sociale est également démuni
pour les aider. On assiste souvent à des cas dramatiques où, par manque
d’argent, des patients interrompent le traitement. Ils ne se présentent
plus à nos services. », confie Souleymane Bancé, agent psychosocial au CMA
de Pissy. Lui comme d’autres agents plaident pour la gratuité des examens.
« Cela va soulager beaucoup de malades qui manquent souvent du minimum pour
se nourrir, à fortiori payer leurs examens. », déclare-t-il. Simon Kaboré,
directeur exécutif par intérim du Réseau accès aux médicaments essentiels
(RAME) reconnait que c’est un combat qui reste à gagner après celui de la
gratuité des ARV. « Nous avons interpellé le président du Faso sur la
question car, son annonce initiale en 2009 stipulait noir sur blanc la
gratuité de la prise en charge du traitement contre le VIH/sida. Pour nous,
les examens biologiques font partie de la prise en charge, donc ils
devraient être gratuits comme les médicaments. Nous lui avons posé la
question lors d’une session du CNLS et il a laissé entendre qu’il s’agit
uniquement des ARV. Mais nous n’étions pas satisfaits. Il doit aller
au-delà pour subventionner entièrement les examens des malades du sida. »,
insiste le responsable du RAME. Le Burkina Faso compte plus de soixante
quatorze mille neuf cent quarante trois (74.943) séropositifs enregistrés
au 31 décembre 2012 dont trente-huit mille sept cent soixante-six (38.766)
sont sous traitement ARV. Parmi ceux-ci, il y a des milliers de perdus de
vue. Les causes de l’abandon du traitement sont de divers ordres, mais la
plus récurrente reste le manque de moyens financiers pour satisfaire aux
examens biologiques exigés pour adapter régulièrement les traitements. Dans
les associations, c’est un souci majeur. « Nous avons toujours demandé une
prise en charge des examens biologiques. Comment voulez-vous que quelqu’un
qui a du mal à joindre les deux bouts puissent débourser plus de 5 000 FCFA
pour des examens ? Si l’Etat veut vraiment nous aider, c’est au niveau du
coût des examens. », plaide Tall, responsable d’une association à Tampouy.
Autre tracas vécu par les acteurs communautaires, c’est la raréfaction des
ressources pour le fonctionnement de leurs structures. Ils pointent du
doigt le Fonds mondial qui, selon certains, agit comme un proconsul.

Le Fonds mondial mis en cause

Les griefs contre le Fonds mondial se multiplient dans tous les milieux.
C’est surtout au niveau de la Centrale d’achat des médicaments essentiels
et génériques (CAMEG) et des acteurs du monde communautaire qu’ils sont les
plus acerbes. Et pour cause, les responsables du Fonds mondial basés à
Genève ont profité de la crise de 2011-2012 pour revoir le système
d’approvisionnement des intrants et du financement des associations.

La première mesure prise, c’est de démettre le représentant local du Fonds
mondial, Dr Wamarou. Un rapport confidentiel des « inspecteurs » du Fonds
mondial met en cause la gestion des fonds alloués au pays. Certains
responsables dans diverses structures se seraient servis à fond pour
construire des villas et acheter des voitures. Détenant des preuves,
l’administration du Fonds s’en est servie, selon certaines personnes, comme
un chantage pour imposer ses « solutions ».

Ainsi pour les commandes des médicaments, la CAMEG a été dépossédée de
toutes ses prérogatives. « La CAMEG est devenue un magasin de transit. »,
ironise un agent du service achat de la boîte. Le Fonds mondial a mis en
place son propre système appelé VPP avec des cabinets qui exécutent le
travail de l’appel d’offre à l’approvisionnement dans les centres
sanitaires sans impliquer les structures nationales, surtout la Centrale
d’achat. Bagnombié Bationo, président du Conseil d’administration du Réseau
des associations des jeunes contre le sida (RAJS), dénonce cette façon de
procéder. Selon lui, elle rompt avec le principe qui a présidé à la
création du Fonds mondial. « L’un des objectifs du Fonds mondial, c’est de
renforcer les structures nationales et non les affaiblir. Or, en mettant en
place son système de VPP, il s’écarte de cet objectif. Sous le couvert de
mauvaise gestion des nationaux, ceux qui gèrent le Fonds mondial profitent
également pour enrichir des agences de leurs amis dont le fonctionnement
absorbe des milliards normalement destinés à la prise en charge des
malades. », déclare le responsable du RAJS.

Il n’hésite pas à parler du néocolonialisme déguisé. « Ce n’est pas parce
qu’on reçoit de l’argent du Fonds mondial qu’il doit nous imposer une forme
d’organisation et de gestion. Il ne veut pas par exemple que l’argent serve
au fonctionnement des structures, mais comment peut-on mettre dans
l’indigence les gens et après s’étonner qu’il y ait mauvaise gestion. Or,
eux, ils sont grassement payés au Fonds mondial. Ils devraient également
consentir à ce que les organisations communautaires aient un minimum pour
travailler à atteindre les objectifs recherchés. », explique-t-il. Ce
constat est partagé par d’autres leaders communautaires qui pensent que le
Fonds mondial n’a pas été conséquent avec lui-même. Simon Kaboré du RAME ne
partage pas la nouvelle orientation du Fonds mondial : « Selon moi, il y
avait deux solutions : améliorer le système de gestion de la CAMEG s’il
s’agit d’insuffisances ou sanctionner les fautifs s’il est question de
mauvaise gestion. Or, on constate que le Fonds a opté pour la substitution
pure et simple de la CAMEG par d’autres structures qui pompent le
financement destiné au pays. Non seulement, il n’y a pas de transfert ou de
renforcement de compétences, mais nous perdons aussi une partie de l’argent
qui aurait dû servir à prendre en charge les malades. » Du côté du REGIPIV,
si globalement, ce point de vue est partagé, néanmoins on pense que la
solution réside dans l’autonomisation en matière de financement. « L’avenir
des PVVIH/sida dépend de l’importance accrue de l’Etat dans le système de
financement de la lutte contre le VIH/sida. Si comme aujourd’hui, les fonds
viennent de l’extérieur, il ne faut pas s’étonner de certains désagréments,
mais si l’Etat lui-même consacre un effort substantiel à la prise en charge
de ses malades, nous serions moins inquiets. », affirme Mamadou Sawadogo.
Pour lui, l’avenir est dans l’appropriation du financement par l’Etat et
les privés nationaux. Le contexte économique des bailleurs de fonds vient
renforcer les inquiétudes des acteurs communautaires. Certains pays comme
le Danemark et les Pays-Bas ont drastiquement réduit leur enveloppe
financière tout comme des institutions comme le Programme des Nations unies
pour le développement (PNUD).

Abdoulaye Ly

MUTATIONS N° 27 du 15 avril 2013. Bimensuel burkinabé paraissant le 1er et
le 15 du mois (contact : mutations.bf@gmail.com)
Financement du Fonds mondial : un modèle inspiré du modèle néo-libéral

Désormais, pour obtenir le financement du Fonds mondial, les pays doivent
se soumettre aux lois du marché, c’est-à-dire à la concurrence et à
l’efficacité. Mais c’est un marché pas totalement ouvert parce qu’il faut y
être invité. « L’accès au nouveau financement est sur invitation et
concerne un nombre limité de pays. », peut-on lire sur le site web du
Fonds. Ce sont les experts du Fonds mondial qui déterminent qui peut
participer à l’appel d’offre. Une fois cette étape franchie, ils mettent en
concurrence les pays. Le Burkina Faso pourrait ainsi croiser le fer avec le
Niger ou le Mali. Chacun devra défendre âprement son projet comme devant le
FMI ou la Banque mondiale. Un pays sera choisi pour recevoir les
financements ; l’autre renvoyé au prochain round. Le terme sied bien car
c’est un véritable combat de boxe. Désormais, le Fonds met l’accent sur
l’efficacité et le rendement. Ce nouveau modèle de financement ne plait pas
évidemment aux pays africains dont la plupart comptent sur cette manne pour
la prise en charge de leurs malades. Les responsables africains ruminent
leur colère, laissant aux activistes de la société civile le soin de porter
haut la désapprobation. Certains n’osent pas en effet élever la voix, de
peur d’être dénoncés. On les tient par des rapports confidentiels mettant
en cause leur mauvaise gestion des fonds alloués à la lutte contre le sida,
la tuberculose et le paludisme. Ce qui laisse libre cour au Fonds de leur
imposer son orientation et ses directives. Une transition vers le nouveau
modèle de financement est en cours jusqu’en fin 2013. Pour les activistes
qui se sont battus pour la création du Fonds lors du sommet d’Abuja en
2001, cette nouvelle orientation est inacceptable. « Le Fonds mondial est
devenu un mécanisme financier avec un fonctionnement identique aux banques
classiques. Ce n’est pas ce que nous avions défendu au sommet d’Abuja. Ils
veulent nous enlever toute initiative pour nous réduire aux simples
exécutants de leurs désirs. Les responsables africains doivent avoir le
courage de dire non. Il faut que les dirigeants du Fonds acceptent de
considérer les Africains comme des partenaires et les respectent comme tel.
Si cela n’est pas le cas, il faut savoir désister pour préserver sa
dignité. », déclare Bagnombié Bationo du RAJS. Le Fonds mondial de lutte
contre le sida, la tuberculose et le paludisme, souvent appelé « le Fonds
mondial », ou en anglais « the Global Fund », est une fondation à but non
lucratif créé en janvier 2002 pour financer la lutte contre le sida, la
tuberculose et le paludisme. Ces trois maladies causent la mort de plus de
6 millions de personnes chaque année dans le monde. Il a un actif de plus
de sept milliards de dollars. Pour son programme 2014-2016, il recherche un
financement de 15 milliards de dollars.

AL
Le SIDATHON version burkinabè

Le concept vient de la France. Chaque année, pendant une période donnée,
les associations de lutte contre le sida sollicitent la contribution des
citoyens. Plusieurs activités de sensibilisation et d’appel à contribution
sont organisées. Le clou de la manifestation, c’est la soirée télévisée.
C’est au cours de cette nuit que la plupart des contributions sont
enregistrées ou annoncées. Ce sont des dizaines de millions d’euros. La
somme varie d’une année à l’autre pouvant atteindre une centaine de
millions. Le monde communautaire burkinabè essaie depuis quelques années de
s’inspirer de cette initiative pour mobiliser des fonds au niveau national
pour soulager la détresse de milliers de malades qui manquent de moyens
pour se soigner. Pour le moment, la levée de fonds reste très modeste, une
dizaine de millions de FCFA. Pour susciter davantage de contributions, le
REGIPIV-BF a initié une série de rencontres d’échanges avec les
représentants de couches socioprofessionnelles pour garantir la réussite de
la campagne. Ainsi, une première rencontre s’est tenue le 11 avril 2013 et
a regroupé une trentaine de responsables d’entreprises publiques et
privées. Certes, les contributions intérieures au financement de la réponse
nationale au VIH/SIDA ont pratiquement doublé, passant de 13,17% en 2010 à
25,25% en 2011, mais elles sont loin du compte. C’est souvent les mêmes
personnes qui donnent. C’est la richissime Alizèta Ouédraogo qui avait
donné le ton il y a quelques années. Sa contribution s’élevait à des
dizaines de millions FCFA. Mais ces dernières années, elle semble
essoufflée. Son geste n’aurait pas fait beaucoup d’émule dans le milieu des
opérateurs économiques. Elle continue néanmoins de soutenir les PVVIH/sida.
Après la crise de 2011- 2012, l’Etat avait annoncé pour 2013, un doublement
de son apport, passant de quatre à huit milliards de FCFA. Il avait été
décidé que 80% de cette somme devrait servir pour l’achat des intrants
(médicaments ARV, réactifs etc.) et une autre partie pour l’appui aux
associations. Environ un milliard leur serait alloué pour leurs activités.
Mais jusqu’à la fin du premier trimestre 2013, les fonds ne sont pas
débloqués. AL

MUTATIONS N° 27 du 15 avril 2013. Bimensuel burkinabé paraissant le 1er et
le 15 du mois (contact : mutations.bf@gmail.com)

Posté par
Simon KABORE
PCA du Réseau Accès aux Médicaments Essentiels (RAME)
04 BP: 8038 Ouagadougou 04 Burkina Faso
Tel:  bur (226) 50 37 70 16
         Cel: (226) 70 24 44 55
E-mail alternatif: simonkabore@rame-int.org

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