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[e-med] "Diane 35 est un cas de détournement accepté par les pouvoirs publics depuis 25 ans"

(Dans la rubrique "médicaments à problèmes...CB)


"Diane 35 est un cas de détournement accepté par les pouvoirs publics
depuis 25 ans"
Le Monde.fr | 29.01.2013 à 17h50 ? Mis à jour le 29.01.2013 à 20h42
Propos recueillis par François Béguin
 <http://www.lemonde.fr/sante/article/2013/01/29/diane-35-est-un-cas-de-det
ournement-accepte-par-les-pouvoirs-publics-depuis-25-ans_1824137_1651302.ht
ml 


L'annonce par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits
de santé (ANSM) de quatre décès "imputables à une thrombose veineuse liée
à Diane 35" ces vingt-cinq dernières années a mis en lumière l'usage
détourné de certains médicaments. Diane 35, qui est un traitement contre
l'acné, a ainsi été largement largement utilisé comme contraceptif oral :
il est utilisé par 315 000 femmes.Le docteur François Chast, directeur de
la pharmacie-clinique des hôpitaux universitaires de Paris , analyse cette
pratique consistant à prescrire un médicament pour un autre usage que
celui pour lequel il a été officiellement mis sur le marché.

Ce type de détournement est-il fréquent ?

Il est difficile de donner  des chiffres précis car, par définition, ce
qui est détourné n'est pas très visible, la cause de la prescription ne
figurant pas sur une ordonnance. C'est pour cela que je suis étonné que
l'ANSM ait pu dire  que Diane 35 avait été prescrit à 90 % dans le cadre
d'un usage détourné.
Il y a des détournements qui sont des scandales en termes sanitaires et
qui ne répondent pas à un besoin. Mais nous nous devons de faire  la part
des choses et de séparer le bon grain de l'ivraie. C'est notre devoir  de
scientifique de trier ce qui est intéressant, souhaitable, ou nuisible.

Quels exemples avez-vous de mauvais détournements de médicaments ?
Il y a des détournements qui sont des abus. C'est par exemple le cas du
Subutex qui était à l'origine un traitement de substitution par voie orale
à l'héroïne. Une étude avait montré il y a cinq ou dix ans que dans 25 %
des cas, il était utilisé par injection par les toxicomanes.

Autre exemple : le Rivotril, qui avait été mis sur le marché comme un
médicament antiépileptique. Il a été mis en évidence qu'il avait été
utilisé dans des cas d'abus sexuels ou d'abus de confiance car combiné à
une forte consommation d'alcool, il provoque une amnésie antérétrograde,
empêchant ainsi les victimes d'identifier agresseurs.

Par ailleurs, les cas de dopage reposent à 99,9 % sur des détournements de
médicaments. L'EPO est à la base un médicament qui a changé la vie des
malades insuffisants rénaux et des cancéreux atteints d'anémie. Les
bétabloquants, utilisés en cardiologie, sont interdits dans tous les
sports de précision car ils limitent le stress et les tremblements. La
Ventoline est à la fois un bronchodilatateur et un anabolisant. Les
diurétiques, conçus pour le traitement de l'hypertension artérielle, sont
très largement utilisés comme des produits masquant des substances
dopantes dans les urines. Pour autant, il est hors de question d'interdire
la Ventoline ou l'EPO : ce sont des médicaments utiles. Ce sont les
filières d'approvisionnement qu'il faut démanteler.
Le Mediator est enfin un exemple célèbre de détournement. Il y a eu
beaucoup d'ambiguïtés de la part du laboratoire Servier sur ce médicament.
Des témoignages attestent qu'il a été largement utilisé comme coupe-faim
et non dans le traitement du diabète.

A l'inverse, quels sont les exemples de "bons" détournements ?
Il y a de nombreux exemples de détournements positifs. Je vais en citer
trois.
Le Baclofène est un médicament utilisé depuis une trentaine d'années dans
le traitement des maladies neuro-musculaires. Plusieurs essais cliniques
ont montré qu'il avait de très bons résultats dans le traitement du
sevrage alcoolique.

L'aspirine est à l'origine un médicament anti-rhumatismal. Il y a
vingt-cinq ans, il est devenu un médicament cardiologique. Aujourd'hui on
sait qu'il a des propriétés anti-cancéreuses, même s'il n'y a pas un seul
laboratoire pharmaceutique pour financer une étude pour en faire la
démonstration, puisque l'aspirine est depuis longtemps dans le domaine
public. 

L'Avastin est à l'origine utilisé dans le traitement des cancers
colorectaux ou du poumon. Il s'avère aujourd'hui qu'il est précieux dans
le traitement de certaines rétinopathies ou dégénérescences masculaires
liées à l'âge.

Il y a des cas difficiles à situer, comme le Viagra, d'abord conçu pour
une utilisation en cardiologie et finalement vendu pour remédier aux
troubles érectiles...
On peut parler de détournement quand on travestit la réalité de
l'utilisation. Dans le cas du Viagra, on a exploité un effet latéral d'un
médicament conçu à l'origine pour l'hypertension. Il a été mis sur le
marché pour dysfonctionnement du trouble érectile. Dans la mesure où il y
a une transparence de l'industriel, on ne peut pas parler  de détournement.

Quelle lecture faites-vous du cas Diane 35 ?

On nous dit que ce médicament était officiellement destiné au traitement
de l'acné. Mais quand on ouvre le Vidal [dictionnaire médical], il est
clairement décrit comme un médicament contraceptif. Les génériques de
Diane, qui ont été approuvés par l'ANSM, incluent d'ailleurs sept jours de
comprimés placebo. Le conditionnement même du produit répond aux critères
d'un médicament contraceptif. Diane 35 est un cas de détournement accepté
par les pouvoirs publics depuis vingt-cinq ans.

Les médecins savent bien que Diane peut avoir un double usage. S'il est
bien toléré sur le plan dermatologique, on en connaît les risques
vasculaires, notamment veineux.

Dans la mesure où il y a des médicaments qui répondent aux besoins
sanitaires, on peut supprimer  Diane et ses génériques. L'ANSM devrait
donc urgemment arrêter la commercialisation de ce médicament. Chaque décès
qui interviendrait maintenant serait imputable à une absence de décision
gouvernementale.
Ce qui s'est passé avec Diane 35 s'est passé sous le manteau. Mais le
manteau était transparent. Aujourd'hui, tout le monde crie au feu, mais
avec une boîte d'allumettes à la main.

Propos recueillis par François Béguin



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