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[e-med] SIERRA LEONE: Le détournement de médicaments met en péril la gratuité des soins médicaux

http://www.irinnews.org/fr/Report/95923/SIERRA-LEONE-Le-d%C3%A9tournement-de-m%C3%A9dicaments-met-en-p%C3%A9ril-la-gratuit%C3%A9-des-soins-m%C3%A9dicaux

SIERRA LEONE: Le détournement de médicaments met en péril la gratuité des soins 
médicaux 

FREETOWN-MAKENI, 21 juillet 2012 (IRIN) - D’après des enquêtes réalisées par la 
Sierra Leone Anti-Corruption Commission (ACC - Commission anti-corruption de 
Sierra Leone), les hôpitaux publics et les dispensaires du pays sont confrontés 
à une grave pénurie de médicaments destinés au programme de soins médicaux 
gratuits. En effet, les praticiens détournent ces médicaments pour les vendre. 

Depuis 2010, les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans sont 
dispensés de frais d’utilisation, ce qui leur permet de consulter des 
professionnels de la santé, et de recevoir gratuitement des médicaments. Selon 
le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), en Sierra Leone, une femme 
sur 21 meurt au cours de la grossesse ou pour d’autres raisons, tandis que plus 
de 17 pour cent des enfants meurent avant l’âge de cinq ans. 

Malgré la complexité des problèmes qui empoisonnent le fragile système de santé 
de Sierra Leone, l’UNICEF affirme que le programme a déjà un impact positif – 
le nombre de consultations d’enfants de moins de cinq ans atteints de paludisme 
a doublé depuis le début du programme. 

Cependant, les enquêteurs redoutent que les détournements de médicaments ne 
nuisent à l’impact positif du programme. Une série d’opérations d’infiltration 
menées par la ACC, depuis juin 2011, a révélé que les médicaments destinés au 
programme étaient vendus à des patients, des pharmacies de détail ou à des 
acheteurs privés dans les établissements publics, à l’échelle nationale. 

Ces agissements ont lieu au sein des hôpitaux publics et des dispensaires, dans 
les districts de Bombali, Bo, Kenema et Kono, dans plusieurs dispensaires, 
ainsi que dans le Princess Christian Maternity Hospital et les hôpitaux 
satellites de la capitale, Freetown. 

Les médicaments vendus sont aussi bien des antibiotiques classiques comme 
l’amoxicilline et le métronidazole, que des vaccins ou des analgésiques, a 
indiqué Felix Kabba, enquêteur principal de la ACC. Les résultats complets de 
l’enquête seront bientôt officiellement publiés, a-t-il dit. 

Au centre de santé de Goderich, aux portes de Freetown, Famata Conteh, 28 ans, 
a déclaré à IRIN que son enfant avait été diagnostiqué et qu’il souffrait du 
paludisme. « L’infirmière […] m’a donné une ordonnance pour acheter de 
l’artésunate [un antipaludéen]. Je lui ai demandé pourquoi je devais payer le 
médicament. […] Elle a dit qu’il y avait une pénurie de médicaments ». 

Le détournement de médicaments essentiels affecte la qualité des soins médicaux 
prodigués aux femmes et aux enfants, selon le Dr Jalloh, médecin-chef de 
l’hôpital public dans le district de Kambia, au nord de la Sierra Leone. Il 
faut de toute urgence mettre en place de meilleurs systèmes de contrôle et des 
installations de stockage à surveiller étroitement, dans les cliniques et les 
hôpitaux pour lutter contre le vol, a-t-il suggéré. 

Les « pepper doctors » 

Beaucoup de médicaments volés sont vendus aux pharmacies ou à des revendeurs 
ambulants appelés « pepper doctors ». Dans le district de Lumley, à Freetown, 
Brima Kamara, un « pepper doctor », affirme qu’il a des contacts dans plusieurs 
hôpitaux publics où il achète des médicaments à prix cassés. Les comprimés 
comme le paracétamol, le panadol et les antibiotiques sont les plus simples à 
trouver. 

M. Kamara achète des médicaments très demandés comme des boîtes 
d’azithromycine, de céfixime ou de doxycycline au prix de 100 000 Leones (22 
dollars), et les revend 150 000 Leones (34 dollars) pour un bénéfice de 50 pour 
cent. Ces médicaments se vendent bien et ne sont pas chers à acheter », a-t-il 
dit à IRIN, remarquant que les comprimés d’antibiotiques pour le traitement des 
maladies sexuellement transmissibles (MST) sont très prisés par les 
travailleurs du sexe. « Je n’ai pas les moyens d’acheter la plupart [de ces 
médicaments] dans les pharmacies de détail », a-t-il dit. 

Selon les enquêteurs de la ACC, sur les 160 pharmacies de détail que compte 
Makeni - la quatrième plus grande ville de Sierra Leone, au centre-nord du pays 
- des douzaines de pharmacies sont impliquées dans le commerce illicite qui 
s’opère entre les hôpitaux publics, les importateurs et les détaillants - un 
trafic dirigé, dans une large mesure, par des cartels. 

Gonfler les salaires 

En vertu de l’initiative de 2010, c’est un délit pour les professionnels de la 
santé de facturer aux femmes ou à la famille d’un enfant, des frais de 
consultation à l’hôpital ou au dispensaire. Or, beaucoup de médecins affirment 
que leurs salaires ne leur permettent pas de survivre s’ils ne le gonflent pas 
par d’autres moyens. 

Au départ, lorsque les frais d’utilisation ont été supprimés, les médecins ont 
dit à IRIN qu’ils redoutaient surtout une compensation salariale insuffisante, 
de mauvaises conditions de travail, et peu d’opportunités d’évolution de 
carrière. 

Un infirmier diplômé d’État est payé 55 dollars par mois, tandis qu’un médecin 
peut gagner entre 500 et 800 dollars, selon les diplômes et l’expérience. Les 
cliniques et les hôpitaux privés payent plus, et beaucoup de médecins fuient le 
pays une fois leur formation terminée. 

La Sierra Leone compte environ trois médecins pour 100 000 habitants ; or, 
l’Organisation mondiale de la Santé recommande qu’il y en ait au moins 228. 

Ce n’est pas la seule raison 

Le détournement de médicaments n’est pas la seule raison de la pénurie. Les 
méthodes d’approvisionnement conduisent à des ruptures de stock des médicaments 
très importants, tandis que d’autres sont en surplus. Ni les différents 
hôpitaux, ni même le ministère de la Santé, n’ont de stratégie 
d’approvisionnement établie. 

L’UNICEF utilise sa capacité d’approvisionnement pour fournir des médicaments à 
la Sierra Leone. Pourtant, Mahimbo Mdoe, représentant de l’organisation en 
Sierra Leone, affirme que les hôpitaux publics, les cliniques et les 
dispensaires de districts ne remplissent pas correctement les formulaires de 
demande de médicaments. Il arrive souvent que son bureau ne soit pas informé 
des quantités globales nécessaires, ce qui crée des écarts. L’UNICEF expédie 
les médicaments depuis son entrepôt de Copenhague vers les centres médicaux du 
ministère de la Santé et de l’Hygiène publique. 

Parmi les autres bailleurs de fonds du programme, il y a le Fonds mondial de 
lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme ; le Fonds des Nations 
Unies pour la population (UNFPA) avec l’aide du Département du développement 
international du Royaume-Uni (DfID) ; la Direction Générale à l’Aide 
Humanitaire (ECHO - European Community Humanitarian aid Office) et Irish Aid. 

L’UNICEF et le ministère de la Santé élaborent un plan national 
d’approvisionnement pharmaceutique (NPPU - National Pharmaceutical Procurement 
Unit) qui supervisera entièrement l’achat et la distribution de médicaments 
lorsque l’UNICEF se retirera en 2013. 

Des consultants privés seront chargés d’encadrer le transfert et formeront les 
fonctionnaires du gouvernement, tandis qu’un corps autonome et autofinancé sera 
mis en place par le ministère de la Santé pour permettre de conserver 
l’approvisionnement en soins médicaux gratuits sans le soutien des bailleurs de 
fonds. Cela devrait améliorer les stocks de médicaments, dans une certaine 
mesure du moins, a déclaré Hawa Zainab Bangura, la ministre de la Santé et de 
l’Hygiène publique aux journalistes, lors d’une conférence de presse. Elle a 
insisté sur le fait que le gouvernement était prêt à assumer la responsabilité 
de diriger le programme de soins médicaux gratuits. 

En décembre 2011, lors d’une réunion organisée par le Fonds mondial pour 
discuter des moyens de combattre le vol de médicaments, Mme Bangura a dit à ses 
homologues, ministres de la santé africains, que son gouvernement était prêt à 
faire preuve de sévérité. « Un médicament volé signifie qu’une mère en est 
privée. Cela signifie qu’une vie peut être perdue. Je ne vais pas permettre 
cela ». 

js/aj/he 

Theme (s): Enfants, Economie, Egalité entre les sexes, Démocratie et 
gouvernance, Santé et nutrition,

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

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