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MSF en lutte contre le lobbying de Novartis en Inde


Médecins Sans Frontières organisait une performance de street art ce mardi à 
Paris, pour dénoncer l’action du laboratoire pharmaceutique suisse en Inde. 
Novartis tente d’obtenir des brevets qui lui donneraient l’exclusivité sur la 
production et la commercialisation de certains médicaments, menaçant des 
millions de malades, notamment dans les pays du Sud, d’une explosion des prix.

Un mur de huit mètres sur trois, le street artist Thom Thom et un objectif : 
sensibiliser le grand public sur les enjeux du procès qui oppose le laboratoire 
Novartis à l’Etat Indien, voilà en quoi consistait l’évènement organisé cet 
après-midi par Médecins Sans Frontière rue Oberkampf. MSF souhaitait attirer 
l’attention sur une thématique qui concerne des millions de malades, et au 
premier chef ceux vivant dans les pays en développement.

Depuis plusieurs années, l’Inde est devenue selon Ondine Ripka, du service 
juridique de MSF, « la pharmacie des pays en développement, capable de 
fabriquer des médicaments génériques de qualité et d’approvisionner les 
systèmes de santé du Sud à moindre coût ». Mais cette capacité est aujourd’hui 
menacée par une action en justice intentée par Novartis : le laboratoire suisse 
veut déposer un brevet lui assurant l’exclusivité sur un  médicament contre le 
cancer.

 


Une menace pour des millions de malades

« Si Novartis obtenait le brevet, explique Ondine Ripka, il aurait 
l’exclusivité sur la production et la commercialisation du médicament, et 
pourrait donc en fixer librement le prix. On risque donc d’avoir un prix 
multiplié par 10 ou 100 par rapport au médicament générique actuel, et Novartis 
peut aussi bien décider de ne plus produire le médicament parce qu’il n’est pas 
rentable… C’est donc l’accès de millions de malades dans le monde à un 
médicament qui est en jeu ».

Le laboratoire suisse a perdu son procès en première instance puis en appel, 
car il ne parvient pas à prouver l’efficacité supérieure de son médicament par 
rapport au générique existant, ce qu’exige la loi indienne pour accorder le 
brevet. Mais les démarches en justice reprendront devant la Cour Suprême 
indienne le 22 août prochain et d’ici là, Médecins Sans Frontières continue ses 
démarches de mobilisation partout dans le monde. Ce mardi à Paris, le street 
artist Thom Thom a ainsi été invité à travailler sur une affiche dénonçant les 
attaques contre les médicaments génétiques.

« C’est la première fois que je fais ça pour une association, confie-t-il. 
D’habitude je travaille sur le détournement d’affiches publicitaires, avec des 
idées très simples, qui viennent d’elles-mêmes. Là, la question est beaucoup 
plus complexe, et c’est ça qui m’a attiré. J’ai choisi de dire oui à ce 
challenge parce que c’était quelque chose de stressant : il faut combattre les 
idées évidentes, trouver quelque chose d’élaboré ».

   

Des passants peu nombreux mais réceptifs

Pendant que Thom Thom colle et découpe au cutter, les membres de Médecins Sans 
Frontières sensibilisent les passants. Peu nombreux mais réceptifs, selon 
Ondine Ripka : « Beaucoup ont compris que les médicaments génériques sont aussi 
efficaces que les autres médicaments et surtout bien moins chers. Ils sont 
globalement d’accord pour dire qu’un pays qui fournit des médicaments aux pays 
en développement ne devrait pas voir ses conditions de production et de 
distribution menacées». Une jeune femme s’arrête, son compagnon travaille chez 
Novartis. Elle prend un tract, une photo, et assure qu’elle lui en parlera ce 
soir…

Les membres de Médecins Sans Frontières gardent espoir pour la suite : « On ne 
peut pas prédire le résultat du procès, mais les deux premiers jugements ont 
montré qu’il y a une réelle compréhension en Inde du fait que les médicaments 
doivent être accessibles au plus grand monde. On espère donc par rapport à ça, 
parce que l’Inde sait que ces pratiques scandaleuses risquent de priver d’accès 
des millions de gens de médicaments qui sont essentiels ».


À lire aussi :
Un procès décisif pour l’accès aux médicaments

Accès aux soins pour les plus démunis : le cri d’alarme de Médecins du Monde

Simon KABORE
Réseau Accès aux Médicaments Essentiels (RAME)
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