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[e-med] "Le test de dépistage du sida à domicile, autorisé aux Etats-Unis, a été recalé en France"

"Le test de dépistage du sida à domicile, autorisé aux Etats-Unis, avait été
recalé en France"
Le Monde.fr | 05.07.2012 à 09h20 ? Mis à jour le 05.07.2012 à 09h20
Par Propos recueillis par Audrey Garric
http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/07/04/le-test-de-depistage-du-sida-
a-domicile-avait-ete-recale-en-france_1729168_1651302.html

C'est une première. Aux Etats-Unis, il est maintenant possible d'effectuer
un test de dépistage du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) chez soi.
Une procédure simple (réalisée à partir de collecte de salive sur les
gencives), rapide (entre 20 et 40 minutes) et surtout qui ne nécessite aucun
contrôle médical.

Mardi 3 juillet, l'Agence américaine des médicaments (FDA) a en effet
autorisé la vente libre de ce test, OraQuick In-Home HIV, du laboratoire
américain OraSure Technologies, pour favoriser "les efforts visant à
empêcher la propagation du virus". Une décision à la fois prometteuse et
inquiétante, pour Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses
et tropicales à l'hôpital Tenon de Paris et spécialiste du VIH.

L'annonce de ce test de dépistage à domicile est-elle une bonne nouvelle
pour la lutte contre le VIH ? 

Gilles Pialoux : C'est à la fois une bonne nouvelle, une surprise et une
inquiétude. La bonne nouvelle est que cette mesure va dans le sens d'une
banalisation du dépistage du VIH. Il s'agit de la première fois qu'une
autorité, et pas des moindres, puisqu'il s'agit de la FDA [Food and Drug
Administration], montre l'exemple en ouvrant encore l'offre de dépistage. En
une dizaine d'années, l'on est passé des tests en milieu hospitalier aux
tests en centres anonymes et gratuits en passant par les tests sanguins
rapides, faits en dehors des murs de l'hôpital, par des associations comme
Aides. Avec ces nouveaux tests, dits "à domicile", on a donc un nouvel outil
de dépistage.

Ces tests doivent permettre de favoriser "l'attrapage" de personnes qui sont
à haut risque de contamination et qui doivent faire des tests régulièrement,
et le "rattrapage", de personnes qui sont séropositives et qui s'ignorent :
28 000 en France et 240 000 aux Etats-Unis, ce qui est beaucoup.

La mauvaise nouvelle est que ce test salivaire n'est pas totalement fiable :
selon un essai clinique mené par le fabricant, il permet de détecter une
infection par le VIH dans 92 % de cas, un taux qui laisse quand même passer
8 personnes sur 100 qui ont vraiment le virus. Au total, si les 240 000
Américains séropositifs qui s'ignorent faisaient ce test, on aurait donc 3
800 personnes porteuses du virus qui ne seraient pas détectées. 

Pour les experts de la FDA, le bénéfice du test surpasse un tel seuil de
risque. Avis que je ne partage pas. La vraie surprise, c'est donc d'avoir
autorisé un test à fiabilité très modérée pour ouvrir la porte à quelque
chose d'important, le dépistage à domicile. Sans compter que tout le monde
n'y aura pas accès vu le prix du test : 17 dollars en prix de gros, donc
davantage avec la marge des fabricants. Mais l'autorisation de la FDA va
toutefois très probablement pousser les autres fabricants à produire des
tests à domicile plus performants.

Y a-t-il des risques à laisser des personnes effectuer un tel dépistage
seules ?

Gilles Pialoux : Il y a effectivement un point d'inquiétude, dans la mesure
où l'on ne sait pas quelle est la meilleure façon d'accompagner les
personnes qui vont se découvrir séropositives toutes seules chez elles.
C'est une réflexion à avoir avec les médecins et les représentants
associatifs. Il y a notamment la possibilité que la personne fasse le test
chez elle, mais que pour son interprétation, elle passe par un système sur
Internet qui donne accès à un intervenant qualifié. Cela mérite d'être
évalué. Il s'agira d'être vigilants, notamment en menant des études pour
savoir ce que sont devenues les personnes qui se sont découvertes
séropositives chez elles.

Mais ce type de test, longtemps controversé, est aujourd'hui possible car la
vision du sida a changé. Pendant longtemps, on a cru que la découverte de la
séropositivité de manière non encadrée pourrait entraîner des suicides, tant
le sida était stigmatisé et associé à certaines catégories de population et
modes de vie. Mais aujourd'hui, l'annonce de la séropositivité n'a plus rien
à avoir avec ce qu'elle était il y a vingt ans.
Un tel dépistage à domicile est-il possible en France ?
Gilles Pialoux : Je pense que les autorités de santé vont y réfléchir, mais
ne vont pas abaisser leur niveau d'exigence. Or, le test OraQuick a déjà été
testé par l'équipe de l'hôpital Saint-Louis à Paris en 2010, à la demande
des autorités de santé. Résultat : il a été classé dernier des tests de
dépistage rapides, dans la mesure où les chercheurs ont trouvé seulement 86
% de sensibilité, c'est-à-dire 14 personnes sur 100 qui ne sont pas
détectées séropositives. Au final, il a été recalé et non homologué.

Propos recueillis par Audrey Garric



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