e-med
[Top] [All Lists]

[e-med] UN ACTEUR DE LA PROMOTION DU BON USAGE DES MEDICAMENTS CONDAMNE A DISPARAITRE, UNE NOUVELLE EPREUVE POUR LA MEDECINE.

UN ACTEUR DE LA PROMOTION DU BON USAGE DES MEDICAMENTS CONDAMNE A
DISPARAITRE, UNE NOUVELLE EPREUVE POUR LA MEDECINE.  


Les dépenses en médicaments dans les dépenses nationales en santé varient
entre 7 % et 66 % selon le pays et leurs niveaux de développement. Le
pourcentage le plus élevé est dans les pays en développement (24 %- 66 %),
tandis qu’il est restreint dans les pays développés (7 % - 30 %). Néanmoins,
cette dépense qui pèse sur les budgets des nations et des ménages, est
acceptée parfois à contrecœurs,  parce que le médicament est le seul moyen
pour restaurer la santé des malades, pour prévenir de maladies et stopper
des épidémies dévastatrices. 

En retour, la puissance publique doit se faire un devoir de garantir les
bénéfices attendus des médicaments en efficacité, innocuité, qualité, coût
et en assurant la promotion de leur bon usage pour éviter des gaspillages
coûteux pour l’individu ou sa collectivité. 

Afin de remplir tous les objectifs précités, un système de mesures pour la
régulation de leur production, leur importation, exportation, distribution
et utilisation, a été mis en place dans tous les pays. 

Cependant et en dépit de ces mesures, les médicaments contrefaits
représentent 10 % - 30 % du marché mondial et entraînent des pertes
substantielles financières et en détérioration des états de santé de
malades. 

L’association Réseau Médicament et éveloppement (ReMeD) a été la porte
parole francophone de cette lutte contre un gaspillage dangereux des
ressources. 

En outre, le mauvais usage des médicaments est un autre fardeau en
thérapeutique comme nous le verrons plus loin. Une publication1 montre que
la France par exemple, consomme en traitements antibiotiques en ambulatoire
trois fois plus que les Pays Bas, bien que les profils des pathologies
bactériennes soient à peu près semblables dans les deux pays. Les
statistiques mondiales de l’OMS font état de résistances fréquentes aux
antibiotiques jadis performants. Le mauvais usage des antipaludéens dans le
cas de la chloroquine2 a entraîné un accroissement des résistances du
plasmodium dans 81 pays sur les 92 qui sont victimes d’endémicité
paludéenne. 

Au delà de ces aspects communs à la majorité des pays quelque soit leurs
revenus financiers, il faut ajouter le lot de la pauvreté des populations et
de la mauvaise gouvernance dans certains pays en développement qui
entraînent des pans entiers de citoyens dans le désarroi, puis enfin à la
perte de confiance en leurs gouvernants et en leurs pays. 

Le concept de médicaments essentiels de l’OMS dans ce cas, semble une
réponse en vue de la résolution des principaux problèmes en santé dans les
pays démunis, mais sont malheureusement que partiellement appliqués et les
associations comme ReMeD sont là pour soutenir l’organisation internationale
dans un élan coordonné. 
À ce titre, la première liste des médicaments essentiels a été promulguée en
1977 et l’OMS avait comptabilisé alors, 2 milliards de personnes qui avaient
accès aux médicaments essentiels sur les 4 milliards d’individus recensés.
Dix ans plus tard, c’était 3 milliards sur 5 et vingt ans plus tard 4
milliards de personnes avaient accès aux médicaments essentiels sur 5,8
milliards d’individus. Ce travail révolutionnaire, car il a mis l’Homme au
centre des préoccupations de la lutte contre la pauvreté, n’a été possible
que grâce à une mobilisation de tous les relais de l’Organisation mondiale
de la santé et ReMeD en est un, malgré la modestie de ses moyens qui a été
largement compensée par le dévouement de sa composante humaine en permanents
et en volontaires convaincus dont l’humanisme est à saluer à juste titre.


La France par ReMeD a été un acteur important par l’apport de toutes ses
associations, petites avec beaucoup de dévouement de ses volontaires et
grandes avec plus de moyens et donc de visibilité internationale. Cependant,
et à notre point de vue, un autre effort est à l’actif de ReMeD, à savoir
celui qui touche le domaine de la promotion du bon usage des médicaments en
Afrique subsaharienne, lequel effort est à mettre au compte de sa courageuse
déléguée générale qui connaît parfaitement les problèmes du continent
africain en matière d’usage des médicaments et ses répercussions économiques
et sociales. 

C’est ainsi qu’une convention entre notre Centre national de
pharmacovigilance et de matériovigilance avec l’appui de l’OMS d’une part,
puis le concours de ReMeD apportant son expertise de l’Afrique subsaharienne
d’autre part, nous ont permis de dégager des moyens opérationnels et de
former ainsi à Alger 150 médecins et pharmaciens d’Algérie et d’Afrique
francophone et lusophone, par le formation de 80 participants africain et
des Antilles venant de 24 pays pendant 7 années consécutives de cours
annuels ininterrompus. 

Ces formations en cascades ont démultiplié le nombre de professionnels
formés pour des programmes nationaux soutenus par les bureaux OMS locaux. Il
faut ajouter à ces formations faites à Alger, d’autres en pays lusophones
comme des séminaires à Praia (Cap Vert) et en Guinée Bissau, nonobstant les
formations locales au Bénin et au Burkina Faso et au Cambodge. 

Ces formations régionales ou nationales au bon usage des médicaments ont
pour but de former des formateurs par des techniques modernes
d’apprentissages par problèmes, tout en essayant de promouvoir une autonomie
aux participants formés pour conduire de nouvelles formations locales en
cascades avec le soutien des nouveaux promoteurs. Il est important de noter
que l’objectif de la formation au bon usage vise avant tout, à faire
acquérir des gestes et des comportements rationnels en prescriptions et en
dispensations des médicaments, ainsi qu’un apprentissage d’une collaboration
entre médecins et pharmaciens dans un effort de complémentarité pour mieux
assurer l’efficience des actes thérapeutiques. 

 
D’autres séminaires sur le développement de bonnes pratiques dans la
dispensation des antirétroviraux chez les malades du sida ont été entrepris
en France même. ReMeD a su réunir les compétences autour de lui pour assurer
des formations aux bonnes pratiques de dispensation et dans la mise en œuvre
de nouvelles règles de partenariat entre médecins et pharmaciens en matière
de prise en charge et de suivi humanisé des malades du sida. Le travail fait
par ReMeD a ouvert une voie nouvelle pour une pharmacie plus proche du
malade chronique, grâce à l’enthousiasme, la ténacité et la perspicacité de
ce qui ont cru que l’on pouvait faire autrement dans la dispensation des
médicaments chez cette catégorie de malades. Il serait dommage de perdre ce
qui a été si patiemment édifié pendant de longues années, grâce à la
perspicacité de femmes et d’hommes et parmi eux la déléguée générale de
ReMeD qui a su toujours rassembler autour d’elle, grâce à ses qualités
humaines et sa compétence professionnelle.

 
Abdelkader HELALI
Docteur en médecine,   
Pharmacologue clinicien, professeur de faculté
Membre permanent du Comité sur la sélection et l’utilisation des médicaments
de l’OMS. 
Directeur général 
Centre National de Pharmacovigilance et de Matériovigilance
Alger             
helali_k@hotmail.com
 

Référence :
1: Groosens et al, Lancet 2005 ; 365 : 579 – 587
2: The use of antimalarial drugs. WHO Report 2001: 8 - 16.


<Prev in Thread] Current Thread [Next in Thread>
  • [e-med] UN ACTEUR DE LA PROMOTION DU BON USAGE DES MEDICAMENTS CONDAMNE A DISPARAITRE, UNE NOUVELLE EPREUVE POUR LA MEDECINE., Abdelkader HELALI <=