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Les femmes sous-représentées dans les tests de médicaments
Par  Caroline Piquet - le 08/03/2012
http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/03/08/17705-femmes-sous-representees-dans-tests-medicaments

Trop peu nombreuses dans les tests cliniques, les femmes se voient proposer des 
médicaments pas toujours adaptés à leur physiologie.
Avant la commercialisation d'un médicament, des essais cliniques sont toujours 
conduits chez l'humain afin d'évaluer l'efficacité et les risques du nouveau 
traitement. Se déroulant en quatre phases, ces tests réunissent des volontaires 
sains ou malades, dont la plupart sont des hommes. Partant du principe que 
femmes et hommes étaient égaux sur le plan physiologique, cette 
surreprésentation masculine n'a jamais éveillé les soupçons. Cette pratique a 
pourtant montré ses limites quand des effets secondaires, non révélés pendant 
les tests, sont apparus chez les femmes une fois le médicament commercialisé.

Si les médecins ont désormais compris qu'hommes et femmes pouvaient réagir 
différemment face aux traitements, «les femmes demeurent moins représentées que 
les hommes dans les tests cliniques», affirme le Dr Jean-Pierre Duffet, adjoint 
au directeur du Centre national de gestion des essais de produits de santé 
(CeNGEPS). «C'est le cas dans les essais effectués pour les maladies 
cardiovasculaires et dans certains types de cancers», précise le cardiologue.

Plusieurs raisons expliquent cette faible participation. «Les tests peuvent 
comporter des risques sur les femmes enceintes, notamment pour le fœtus», 
explique le Dr Duffet. Les fluctuations hormonales du cycle ovarien ou encore 
les éventuelles interactions avec les contraceptifs oraux pourraient également 
fausser les résultats des essais. «Par conséquent, on incite peu les femmes à 
rejoindre les tests. De leur côté, elles ne se portent pas spontanément 
volontaires, sûrement pour des raisons culturelles et sociales», ajoute le 
médecin. En outre, les tests cliniques demandent une grande disponibilité, 
difficile à trouver pour les jeunes mamans.

Le cas du VIH
Cet écart est particulièrement frappant dans les essais effectués pour des 
traitements contre le sida. Alors que les femmes représentent 55% des personnes 
séropositives dans le monde, elles sont seulement 15 à 20% à participer aux 
tests aujourd'hui. Séropositive depuis 1987, Catherine Kapusta, coordinatrice 
du collectif interassociatif Femmes & VIH, lutte depuis plusieurs années contre 
cette sous-représentation, qui «pose un vrai problème sur la méconnaissance des 
spécificités des femmes dans la maladie». «Les traitements entraînent des 
effets indésirables comme des dérèglements hormonaux, des risques d'infarctus 
plus élevés ou des problèmes de lipodystrophie, qui cause un déplacement des 
masses graisseuses dans le corps. En tant que femme, c'est difficile de voir 
son corps se masculiniser. Aucune recherche n'aborde ces questions sous l'angle 
des femmes. Quand aurons-nous des réponses à nos questions?»

Puisque les spécificités féminines sont peu prises en compte dans les phases 
d'essais cliniques, les traitements risquent d'être inadaptés aux femmes. C'est 
la position défendue par Franck Barbier, responsable santé de l'association 
AIDES. «On tire des conclusions d'études faites sur des hommes blancs d'une 
quarantaine d'années et on administre des traitements à des femmes, dont les 
spécificités physiologiques sont différentes. Selon le poids, l'âge, le 
métabolisme, les effets d'un médicament ne sont pas les mêmes et nous 
continuons à nous battre pour que des études ciblées soient faites».

Les différences mieux prises en compte
Pour autant, le responsable santé de l'association AIDES reconnaît les efforts 
qui ont été faits du côté des pouvoirs publics. La loi sur les médicaments du 
19 décembre 2011 montre les premiers signes d'une prise en compte des personnes 
exclues des essais cliniques. En effet, la loi prévoit de renforcer le contrôle 
des effets indésirables des médicaments au cours des autorisations temporaires 
d'utilisation de médicament, mais cette fois-ci, en fonction des catégories de 
malades (femmes, hommes, personnes âgées, enfants, etc). Ainsi, les effets 
néfastes sur les femmes seront mieux connus avant la commercialisation du 
médicament et les patientes en seront mieux informées. Une avancée non 
négligeable mais «la prochaine étape, ça sera d'obtenir des études par sexe sur 
tous les essais qui sont réalisés», estime Franck Barbier.

Envoyé par
Simon KABORE
Réseau Accès aux Médicaments Essentiels (RAME)
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