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[e-med] (4) Démission de Michel Kazatchkine, patron du Fonds mondial contre le sida

Affaire Carla Bruni-Sarkozy : la chronologie.
LE 25 JANVIER 2012 18H18 | PAR FRÉDÉRIC MARTEL Voici une chronologie
détaillée de « l?affaire Carla Bruni-Sarkozy » que j?ai contribué à révéler
dans mon livre « J?aime pas le sarkozysme culturel » paru le 4 janvier
(chapitre « Madame de Sarkozy », séquence sur la fondation Carla
Bruni-Sarkozy, pp. 80-82) et surtout dans une longue enquête parue dans
Marianne le 7 janvier 2012.

http://blogs.lexpress.fr/sarkozysme-culturel/2012/01/25/affaire-carla-bruni-
sarkozy-la-chronologie/

CHRONOLOGIE DE « l?AFFAIRE » CARLA BRUNI-SARKOZY

2002 ? Création du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le
paludisme à Genève. D?abord hébergé au sein de l?OMS, c?est aujourd?hui une
fondation à part entière de statut suisse.

Septembre 2008 ? Carla Bruni-Sarkozy déjeune avec Laura Bush à New York et
parle d?illettrisme avec elle. Peu après sa propre fondation contre
l?illettrisme est concrétisée.

1er décembre 2008 ? Carla Bruni est officiellement nommée « ambassadrice de
la protection de la mère et de l?enfant contre le sida » par le Fonds
mondial de lutte contre le sida (ainsi que ? mais ce point n?est pas clair ?
de l?Onu-Sida et l?Unicef).

Février 2009 ? Carla Bruni-Sarkozy et Michel Kazatchkine sont ensemble en
voyage au Burkina Faso. On les retrouve à l?Assemblée générale des Nations
Unies à New York en septembre 2009, au Bénin en janvier 2010, ou encore en
Inde. A chaque fois, Carla Bruni prend la parole. Elle explique qu?elle
s?engage « pour que les entreprises privées contribuent au fonds mondial »
et rappelle que « le sida n?est pas seulement l?affaire des gouvernements ».
Sa légitimité ? Elle parle « en tant qu?ambassadrice du Fonds mondial et
aussi en utilisant les rencontres exceptionnelles » que lui offre sa
position officielle d?épouse du chef de l?État français. Elle explique
qu?elle va « sur le terrain le plus possible grâce à mes déplacements
officiels qui ne [sont] plus seulement la représentation de mon pays et
l?accompagnement de mon mari mais aussi quelque chose que je peux moi-même
initié [contre le sida] ». Certains journalistes qui la suivent notent
cependant qu?elle « joue la star » dans ces déplacements.

23 avril 2009 ? Carla Bruni-Sarkozy lance officiellement la fondation Carla
Bruni-Sarkozy.

Septembre 2009 ? Début véritable des opérations de la fondation Carla
Bruni-Sarkozy.

Fin 2010-Début 2011 ? La presse fait état de soupçons d?« évaporation » de
subventions du Fonds mondial de lutte contre le sida. En Ouganda dès 2008,
et en Indonésie en 2009, des fraudes avaient déjà été pointées mais elles
s?aggravent avec de nouvelles révélations en 2011 : des fraudes de grande
ampleur sont diagnostiquées au sein du Fonds mondial. 34 millions de dollars
de subventions ont été siphonnés ou détournés dans quatre pays (Zambie,
Mali, Mauritanie et à Djibouti), reconnaît officiellement, au printemps
2011, Michel Kazatchkine.

Mai 2011 ? Conseil d?administration du Fonds mondial à Genève. Vives
tensions. Le CA du Fonds mondial se saisit du problème et déclenche une
enquête indépendante menée par un comité d?audit et d?éthique de haut
niveau, créé spécialement. Il est présidé par Michael O. Leavitt, un
républicain qui a été gouverneur de l?Utah et qui fut l?ancien ministre de
la santé du président Bush, auquel a été adjoint Festus Mogae, ancien
président du Botswana. Tous les comptes sont passés au peigne fin. [J'ai
interrogé plusieurs membres de ce comité]

26-27 septembre 2011 ? Remise du rapport du comité d?audit lors d?un conseil
d?administration exceptionnel du Fonds Mondial à Genève. « L?ampleur des
problèmes rencontrés dans le portefeuille de subventions » est tel qu?une
réforme complète de la gouvernance du Fonds mondial est décidée, des «
procédures de signalement d?irrégularités » mises en place et une nouvelle «
politique d?éthique et de conflits d?intérêts » élaborée (selon le
compte-rendu de ce conseil d?administration de crise que j?ai pu consulter).
Un des membres de ce comité d?audit, que j?ai interrogé aux États-Unis,
confirme l?ampleur de la crise mais estime qu?elle est liée à une « crise de
croissance ». Et ajoute : « Il faut plus de rigueur ».

21-22 novembre 2011 ? Conseil d?administration à Accra (Ghana). Le président
du board, Simon Bland, un diplomate anglais de haut niveau, fait sortir tous
les membres sans droit de vote pour dévoiler ce qu?il sait en comité
restreint et à huis clos. Il fait état d?un nouveau rapport indépendant d?un
autre comité d?audit anglais qu?il a parallèlement mandaté et surtout de
documents confidentiels qui lui ont été remis par l?ancien directeur
financier du Fonds mondial, écarté par Michel Kazatchkine. C?est par lui que
le scandale qui touche la France éclate. Des sommes d?argent importantes ont
été versées par le Fonds mondial, et attribuées sous l?influence de Julien
Civange (un proche ami de Carla Bruni-Sarkozy, son témoin de mariage en 2008
avec Nicolas Sarkozy et conseiller à l?Elysée), à une vingtaine de sociétés.
Dont une société appartenant à Julien Civange et plusieurs sociétés
françaises et anglaises, dont une au moins tenue par un de ses amis, et qui
ont financé notamment le site personnel de Carla Bruni-Sarkozy. Le
représentant et ambassadeur américain (un proche d?Hillary Clinton et qui
intervient en son nom) demande la démission immédiate de M. Kazatchkine et,
lors du board d?Accra, affirme que les États-Unis ne paieront plus leur
contribution au Fonds tant que Kazatchkine sera en poste.

Novembre 2011 ? Après un accord, au plus haut niveau, entre la France et les
États-Unis, Michel Kazatchkine est démissionné de fait, sinon de droit.
Concrètement, il est démis de ses principales fonctions opérationnelles, un
poste de « General Manager » est créé, qui reprend ses responsabilités, et
reportera directement au board. C?est le latino-américain Gabriel Jaramillo,
un banquier de tout premier plan, qui est nommé pour le « remplacer ». Il
doit prendre ses fonctions fin janvier 2012.

Décembre 2011 ? Patrice Debré, immunologue de très bonne réputation, nommé
ambassadeur de France chargé de la lutte contre le sida, par Nicolas
Sarkozy, et à ce titre représentant français au Conseil d?administration du
Fonds mondial, est démissionné par le chef de l?Etat (de sources fiables et
concordantes, la raison de sa démission est que M. Sarkozy lui a reproché de
ne pas l?avoir alerté sur les problèmes concernant Julien Civange, et donc
indirectement son épouse). Debré, qui n?a commis aucune faute, est choqué
par ce renvoi et le fait savoir. Il est immédiatement remplacé au Conseil
d?administration du Fonds mondial par une diplomate chevronnée, Mireille
Guigaz, ancienne ambassadrice de France auprès de l?Organisation pour
l?Agriculture et l?Alimentation des Nations Unies. La démission de Debré de
son poste d?ambassadeur sera tenue secrète, niée par le Quai d?Orsay, mais
finalement officialisée le 8 janvier.

6-7 janvier 2012 ? Marianne publie le 7 janvier à sa « une » et sur 6 pages
mon article : il est intitulé « Enquête sur la philanthrope Carla
Bruni-Sarkozy ». Dévoilée par une brève dès le 6 janvier (la brève
comportait quelques erreurs, qui ne figurent pas dans l?article), l?enquête
suscite immédiatement des centaines d?articles dans une quinzaine de pays.
Dont des pages entières et des « unes » de journaux en Italie, Angleterre,
Espagne, Canada, Suisse etc. BFM TV ouvre son journal sur le sujet : voir la
vidéo. Le 6 janvier en fin d?après-midi, le Fonds mondial de lutte contre le
sida publie un démenti qui ne remet nullement en cause les informations de
l?enquête de Marianne (sauf sur le montant exact des sommes concernées, 2,8
millions de dollars dit le Fonds au lieu des 3,5 millions évoqués par
Marianne). Carla Bruni-Sarkozy publie elle-même un communiqué sur son propre
site, le 6 janvier en fin de soirée : « Aucun argent public n?a jamais été
reçu par la Fondation » précise-t-elle (mais Marianne n?a jamais affirmé le
contraire).

11 janvier - Le Canard Enchaîné (Hervé Liffran) publie un article « Les
prodiges financiers du protégé de Carla » dans lequel il confirme
l?essentiel des révélations de Marianne et ajoute une précision
spectaculaire : la présidence de la République confirme bien que Julien
Civange est un chargé de mission rémunéré par l?Elysée. Le Canard ajoute que
les sociétés de Civange n?ont pas déposé leurs comptes au greffe du tribunal
de commerce, ce qui est pourtant obligatoire.

12 janvier ? Carla Bruni-Sarkozy effectue une sortie au nom de sa fondation
à l?hôpital de Garches en compagnie d?enfants handicapés et donne une courte
interview au Parisien. Dans Soir 3 (France 3), elle intervient également le
même jour et affirme : « Je crois que l?auteur de cet article est en
promotion d?un livre. Un livre contre mon mari d?ailleurs. Je crois qu?il y
a cette campagne présidentielle et cet article a plus de rapport avec ça.
L?article contient d?ailleurs pleins d?erreurs, pleins d?amalgames. Et ca me
permet de dire au passage que je suis très fière du travail de la fondation.
Nous avons une équipe de trois personnes. Nous avons déjà collecté beaucoup
d?argent et reversé plus de la moitié. Tout est transparent dans ce que nous
faisons« . [Je viens en effet de publier J'aime pas le Sarkozysme
culturelchez Flammarion, dans lequel un chapitre très critique est consacré
à Carla Bruni-Sarkozy et à sa fondation. Et il est vrai que c'est cette
recherche qui m'a mis sur les bonnes pistes ; mais la sortie de ce livre n'a
aucun rapport avec cette enquête qui a été entièrement réalisée après le
bouclage du livre et qui est liée à un évènement qui a eu lieu à Accra fin
novembre 2011]. Voir l?extrait de la vidéo de Soir 3 (France 3).

14 janvier ? Le site Mediapart (Carine Fouteau & Michaël Hajdenberg)
confirme la plupart des informations de l?enquête de Marianne. D?une part,
le Fonds mondial de lutte contre le sida (après avoir nié ce point pendant
plusieurs jours), confirme y compris sur son site bien bien attribué 2,2
millions de dollars « sans appel d?offre ». Une partie de ces sommes est
bien allée à la société de Julien Civange, Mars Browsers, à hauteur de
580.000 Euros (730.000 dollars). Mais il y a plus : outre la société de M.
Civange, une autre société « La Fabrique du Net » a également été payée par
le Fonds mondial à hauteur de 132 756 euros pour réaliser la partie « lutte
contre le sida » du site carlabrunisarkozy.org. Cette somme n?a pas été
incluse dans l?opération Born Hiv Free, mais est en complément. Et, bien
sûr, elle n?a pas fait l?objet d?un appel d?offre. Elle a servi à financer
le site de Carla Bruni-Sarkozy. Le chiffre du Fonds mondial de 2,8 millions
est donc déjà dépassé? et on s?approche des 3,5 millions de dollars cité par
Marianne.

15 janvier ? Le site Numerama (Guillaume Champeau) s?intéresse à cette
nouvelle société, La Fabrique du Net. Et découvre qu?il s?agit d?une SARL
qui a un actionnaire unique, M. Jérôme Blouin. Celui-ci est proche de
l?Elysée, de M. Civange et de la Première Dame de France.

17 janvier ? Le site Rue89 (Augustin Scalbert) reprend l?ensemble du déroulé
de l?affaire et pose toute une série de questions à l?Elysée comme à la
Première Dame de France. Rue89 écrit : « Depuis, les révélations [de
Marianne] ont été précisées et confirmées, sans que les réponses des
personnes mises en cause n?en remettent en cause le caractère dérangeant :
un proche de Carla Bruni-Sarkozy a bénéficié de plusieurs centaines de
milliers d?euros issus du Fonds mondial de lutte contre le sida, la
tuberculose et le paludisme, dans des conditions controversées« .

19 janvier ? La presse anglaise obtient du Fonds mondial la confirmation de
la plupart des informations de Marianne dans un échange officiel écrit avec
le Fonds. Elle apprend surtout qu?une société anglaise, Red Design, qui a
reçu du Fonds mondial 175.000 livres (UK Pounds) travaillait depuis 2009
déjà avec l?Elysée et Mme Carla Bruni-Sarkozy. Elle aurait notamment réalisé
le site personnel de la Première Dame de France. C?est le volet britannique
de l?affaire sur lequel travaillent actuellement plusieurs journalistes
anglais.

20-23 janvier ? Selon nos informations, M. Gabriel Jaramillo (banquier
latino-américain de tout premier plan), pressenti pour être « General
Manager » du Fonds mondial, et remplacer de fait M. Kazatchkine, aurait
menacé de renoncer à ce poste si M. Kazatchkine continuait à assumer des
responsabilités, et notamment le droit de signature de certaines décisions,
ce qui empêchait M. Jaramillo de prendre ses fonctions comme prévu. La
démission de M. Kazatchkine devient inévitable et il est décidé de
l?accélérer. Surtout, le Conseil d?administration du Fonds s?oriente vers la
nomination de M. Jaramillo à la place de M. Kazatchkine, au poste de
directeur exécutif, alors qu?il ne s?agissait initialement que d?un poste de
« General Manager ».

24 janvier ? Michel Kazatchkine, directeur du Fonds mondial, annonce sa
démission. Le Fonds mondial affirme dans un communiqué que ce départ est
indépendant des financements controversés liés à M. Julien Civange, ami et
conseiller de Mme Carla Bruni-Sarkozy. De sources concordantes, à la fois
diplomatiques et au plus haut niveau au sein du Fonds Mondial, il nous est
toutefois rapporté que ces éléments, parmi d?autres, ont bien joué dans la
démission de M. Kazatchkine. Dans la soirée, le ministre des Affaires
étrangères, Alain Juppé, regrette officiellement la démission de M.
Kazatchkine. Pour la seconde fois, et après Dominique Strauss-Kahn, la
France perd un des postes importants des Nations Unies.

27 janvier ? Dans Le Monde daté du 28/29 janvier 2012, Ariane Chemin publie
un long portrait de Julien Civange, le personnage central de l?affaire Carla
Bruni-Sarkozy. Annoncé à la « une », cet article fouillé et minutieux
apporte de nouvelles révélations de toute première importance.

 

* Au sujet des démentis du Fonds Mondial. A plusieurs reprises depuis le 7
janvier, le Fonds Mondial a publié des démentis qui faisaient suite aux
articles de la presse française. Il a tout d?abord nié vivement et
entièrement les faits du journal Marianne : tous les appels d?offres avaient
été passés en bonne et dûe forme et aucun argent du Fonds n?avait été
transmis à des proches de Carla Bruni-Sarkozy. Mais bientôt, suite à un
article du Canard Enchaîné notamment, le Fonds a bien été obligé de
reconnaître : 1. que des sommes avaient été versées sans appel d?offres
(pour 2,2 millions de dollars quand même) et 2. qu?une partie de ces sommes
étaient allées à des sociétés gérées par des proches de Mme Bruni-Sarkozy
(voir Mediapart). Le Fonds a ensuite nié le fait que M. Kazatchkine avait
été démissionné de fait à Accra, traitant les révélations de Marianne de
fausses, tandis que le Quai d?Orsay démentait la démission de l?ambassadeur
Patrice Debré. Finalement, la démission de M. Kazatchkine a été confirmée le
24 janvier? et celle de M. Debré, juste avant? Le Fonds a également nié la
somme de 3,5 millions de dollars évoqué par Marianne, pour dire qu?il ne
s?agissait « que de 2,8 millions de dollars ». Or, récemment, le Fonds a
reconnu (voir Mediapart et Numerama), qu?en plus de la campagne Born Hiv
Free, une somme de 132 756 euros avait bien été versée à une autre société
d?un proche de M. Civange et de Mme Carla Bruni-Sarkozy, « La Fabrique du
Net », pour réaliser la partie « lutte contre le sida » du site
carlabrunisarkozy.org. Donc, ce démenti du Fonds était lui aussi incomplet :
il y a donc bien eu plus que 2,8 millions d?Euros versés, et cela a bien
servi à financer le site de Carla Bruni-Sarkozy. En attendant les nouveaux
démentis du Fonds, Marianne confirme donc l?ensemble de son enquête, dont
les informations ont été recoupées et confirmées par des sources fiables et
concordantes, y compris en provenance du Fonds mondial. (FM)


Envoyé de mon iPad
Simon KABORE
Réseau Accès aux Médicaments Essentiels (RAME)


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