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[e-med] Adama Ly : "Le cancer va littéralement exploser en Afrique"

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Adama Ly : "Le cancer va littéralement exploser en Afrique"
cancer
20/01/2012 à 16h:48 Fanny Rey
http://www.jeuneafrique.com/ArticlePersonnalite/ARTJA-F2F327B8C7777/Type:Interview/adama-ly-le-cancer-va-litteralement-exploser-en-afrique.html

 Depuis 2002, le médecin a choisi la recherche, sans pour autant oublier
les patients. © Vincent Fournier pour J.A.
Chercheur à l'Inserm, à Paris, le cancérologue sénégalais a mis ses
compétences au service de l'Afrique. Son sacerdoce : faire connaître la
maladie, étudier ses causes et trouver des traitements.

Après un internat à l'Institut Gustave-Roussy (IGR) et à l'hôpital
Paul-Brousse (université Paris-XI) de Villejuif, Adama Ly a effectué un
postdoctorat au Sidney Kimmel Cancer Center, aux États-Unis. Chercheur à
l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), à
Paris, depuis 2002, il a créé l'association Afrocancer en 2005 et codirigé
avec le Pr David Khayat un ouvrage collectif de référence : Le Cancer en
Afrique, de l'épidémiologie aux applications et perspectives de la
recherche biomédicale (éd. INCa, 2007). À 47 ans, son nouveau défi est
l'ouverture en 2013 à Touba, au Sénégal, du Centre de prévention et de
recherche sur le cancer (Ceprec), première infrastructure du genre en
Afrique de l'Ouest.

Jeune Afrique : Comment expliquer la progression des cas de cancer en
Afrique ?


Adama Ly : Cela tient à la croissance démographique, au vieillissement de
la population et à des facteurs comportementaux comme le tabagisme, la
consommation d'alcool et une mauvaise alimentation. Les cancers liés à des
facteurs environnementaux, dont la pollution urbaine, et à des infections
bactériennes ou virales sont également très importants, un quart des cas
de cancer en Afrique découlant d'une infection chronique.

Y observe-t-on un profil épidémiologique particulier ?

L'origine infectieuse, justement, est très marquée, avec notamment les
virus des hépatites B et C et les papillomavirus, qui peuvent
respectivement entraîner des cancers du foie et du col de l'utérus.
Certains cancers sont également associés au sida, le plus connu étant le
sarcome de Kaposi. Autre spécificité continentale : l'origine parasitaire.
La bilharziose peut être à l'origine d'un cancer de la vessie ; quant au
paludisme, il est responsable du lymphome de Burkitt, qui touche en
particulier les enfants. On remarque en outre que les hommes africains
développent davantage de cancers de la prostate que la moyenne, ce qui a
probablement une double explication, hormonale et génétique.

Comment la maladie va-t-elle évoluer à moyen terme ?

Le nombre de cas va littéralement exploser en Afrique. Selon l'OMS
[Organisation mondiale de la santé, NDLR], en 2030, les chiffres de la
maladie seront en très forte augmentation sur le continent, tant en termes
d'incidence, avec 1,6 million de nouveaux cas de cancer contre 681000 en
2008, qu'en termes de mortalité, avec plus de 1 million de décès contre
512 000 en 2008. Le déséquilibre Nord-Sud est flagrant : alors que le taux
de mortalité tend à diminuer dans les pays développés, il augmente dans
les pays du Sud, où sont enregistrés 63 % des décès et 56 % des nouveaux
cas de cancer aujourd'hui. Et ces pays paieront un tribut encore plus
lourd en 2030, avec 70 % des décès et 60 % des nouveaux cas.

Y a-t-il une prise de conscience sur le continent ?

On ne parle pas beaucoup des maladies non transmissibles, car elles sont
bien moins visibles que les pathologies de masse comme le paludisme et ont
un impact économique moindre, notamment au niveau touristique. Même si
l'OMS alerte régulièrement l'opinion, chiffres à l'appui, et que quelques
associations commencent à tirer la sonnette d'alarme, sur le terrain, rien
ne bouge. L'association Afrocancer travaille à mutualiser les travaux
scientifiques, et l'ouvrage collectif Le Cancer en Afrique a contribué à
lui donner plus de visibilité. Depuis, nous avons fait des émules dans
certains pays au niveau associatif et auprès des sociologues. Mais il
manque toujours les financements.

Par où commencer pour améliorer la situation ?

Il faut miser en priorité sur la prévention de masse, en particulier pour
les cancers du foie et du col de l'utérus puisque des vaccins existent.
L'OMS doit aussi faire en sorte que ces traitements soient rapidement
disponibles et accessibles, en termes de coûts, dans les pays du Sud.
C'est le nerf de la guerre.

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Propos recueillis par Fanny Rey



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