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[e-med] Quels rôle et missions pour l'OMS ?

[Un plaidoyer qui tombe à pic, car en ce moment se déroule la 130ème session
du comité exécutif de l'OMS
http://www.who.int/mediacentre/events/2012/eb130/fr/index.html
CB]

L'OMS peut jouer un rôle dans cette période de grave crise économique et
sociale

Point de vue | LEMONDE.FR | 18.01.12 | 09h43   ?  Mis à jour le 18.01.12 |
11h12
par Marc Danzon, psychiatre et médecin de santé publique, et Yves Charpak,
médecin de santé publique
http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/18/l-oms-peut-jouer-un-role-dans
-cette-periode-de-grave-crise-economique-et-sociale_1630892_3232.html

Lors de la pandémie de grippe de 2009, l'Organisation mondiale de la Santé
(OMS) a été accusée de tous les maux, et certains Etats ont parfois suggéré
que l'OMS les avait obligés à faire mal leur travail? Oubliant ainsi que la
gouvernance de l'OMS est assurée par eux-mêmes.


Aujourd'hui, une réforme de l'OMS est discutée au sein des instances de
gouvernance (un Comité exécutif spécial a eu lieu en novembre, et le sujet
est à l'ordre du jour du prochain Comité exécutif du 16 janvier). On ne peut
pas dire  que cela soulève des montagnes de réflexions collectives au niveau
national, autour de cet outil qui est aussi le nôtre : organisme
intergouvernemental, ça veut dire que nous y avons notre mot à dire.

Même ceux qui n'aiment pas les organismes internationaux, ceux qui
critiquent l'OMS et émettent des doutes sur son efficacité lui
reconnaissent, en général, quelques grands succès comme l'éradication de la
variole et la surveillance active des organismes pathogènes, en particulier
à travers le règlement sanitaire international, rénové en 2005, qui lui
confère la responsabilité de coordonner la réponse aux crises sanitaires de
dimensions internationales en particulier les épidémies. Certes, le
dispositif reste à être peaufiné (comme l'a montré la grippe H1N1 de 2009).

Nous devons aussi rappeler  un impact essentiel de l'OMS dans les quinze
dernières années par la mise en avant de la santé comme un sujet de
gouvernance majeur, et pas comme un simple service technique destiné à
pallier les conséquences néfastes des activités de nos sociétés :

- Il y a eu un avant et un après en matière d'évaluation des performances
des système de santé, à la suite du rapport mondial de 2000 : on ne regarde
plus nos organisations de la même façon après le choc culturel qu'a été cet
exercice comparatif, qui a vu la France classée en première position à la
grande surprise des ses tutelles.

- Il y a eu un avant et un après en matière de mesure de l'impact des
facteurs de risque pour la santé, à la suite du rapport mondial de 2002
analysant le poids des différents risques auxquels nous sommes exposés dans
l'apparition des maladies : le tabac, l'alcool, les aliments, la sédentarité
en particulier sont apparu massivement sur le devant de la scène, au grand
damne des secteurs économiques concernés, d'un coup dérangés dans leurs
promotions de ces facteurs "de risque pour la santé". Des tentatives de
corruption et manipulations diverses n'ont pas tardé, associées à des
pressions fortes pour revenir en arrière. Pour le tabac, une loi
internationale pilotée par l'OMS s'en est suivie, poussée en particulier par
l'Europe et ses pays membres, dont la France, très active. Les mesures
nationales ne sont souvent aujourd'hui que des déclinaisons et
transpositions de la convention cadre sur la lutte contre le tabac, sans le
dire en général.

- La pression internationale pour développer des filières de fruits et
légumes de prix accessible, pour limiter le sucre, le sel et les corps gras
dans les aliments, pour stimuler  l'activité physique quotidienne, est un
autre exemple de succès de l'OMS.

Il existe des fonctions que seule l'OMS peut assurer en tant qu'agence des
Nations unies chargée de la santé, du fait d'une part de l'éparpillement des
initiatives publiques et privées dans le domaine de la santé et d'autre part
de la mondialisation des enjeux. La dispersion des actions, programmes et
fonds divers, qu'ils soient onusiens ou pas, complique l'établissement de
priorités alors que la crise économique rend essentielles l'allocation et la
gestion rationnelles des ressources. Par ailleurs la mondialisation impose
de proposer des solutions d'emblée multinationales ou internationales. Dans
la réforme actuelle, les Etats membres devraient s'engager à favoriser le
rôle de leader de l'OMS au-delà de déclarations d'intention vite oubliées et
contredites par les faits (comme lors des catastrophes humanitaires récentes
ou lors de la gestion de crises sanitaires mondiales ou encore dans les
activités de secrétariat des grands projets mondiaux).

En période de difficulté économique, il est tentant de réduire les coûts là
où les protestations seront peu bruyantes, par exemple sur la coopération et
l'aide internationales. L'OMS risque d'être particulièrement affectée, car
son budget à deux origines : les ressources proviennent pour une part
restreinte des cotisations obligatoires (20 %) et de l'autre, la plus
importante, de financements laissés à la discrétion de ses Etats membres :
or ces ressources volontaires et donc aléatoires posent des problèmes
difficiles de gestion et de continuité des programmes. Elles questionnent
aussi l'indépendance de l'OMS et font courir le risque de se voir imposer
d'autres priorités que celles décidées collectivement lors des Assemblées
générales. Quel paradoxe quand on sait que l'OMS agit de fait comme un
secrétariat exécutif et les pays comme les décideurs. On peu ainsi
considérer que les Etats membres ne jouent pas pleinement leur rôle dans les
instances de décisions et qu'ils pourraient tirer plus de bénéfices de l'OMS
pour la santé de leurs concitoyens. De plus ce sont eux souvent qui en
alourdissent la bureaucratie.

La réforme en cours est une occasion unique de redéfinir le rôle et les
missions respectifs de l'OMS et de ses Etats membres. L'OMS peut jouer  un
rôle dans cette période de grave crise économique et sociale si la réforme
va au-delà de la liste limitée aux changement managériaux et administratifs
que suggèrent les documents mis à disposition.

Pour conclure, il faut rappeler que le budget global de l'OMS n'est que de 3
milliards d'euros environ, soit seulement deux fois celui de l'hôpital
cantonal de Genève où est le siège de l'OMS, pour une population de 500 000
habitants environ?

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Marc Danzon  est ancien directeur régional de l'OMS pour l'Europe à
Copenhague (2000 à 2010) ;

Yves Charpak  est membre du bureau de la Société française de santé publique
et président de sa commission internationale Il a été le conseiller
principal de Marc Danzon de 2000 à 2007 et son représentant auprès de
l'Union européenne.



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