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[e-med] Sida : des promesses de soins mais pas d'argent à la réunion de l'ONU

Compte rendu (Le Monde)
Sida : des promesses de soins mais pas d'argent
 | 10.06.11 | 15h12  ?  Mis à jour le 10.06.11 | 17h07
http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/06/10/sida-des-promesses-de-soins-mais-pas-d-argent_1534441_3244.html

  New York Correspondance - "Nous nous réunissons pour mettre fin au
sida", avait prévenu le Secrétaire général des Nations unies (ONU) Ban
Ki-moon devant une trentaine de chefs d'Etat et de gouvernement et de
ministres des affaires étrangères à l'ouverture, mercredi 8 juin, du
sommet de trois jours sur le sida au siège de l'Organisation à New York.
La déclaration finale qui devait être adoptée vendredi, confirme cette
ambition mais sans préciser les moyens financiers nécessaires à sa mise
en oeuvre. C'est sa grande faiblesse.

Les participants au sommet "s'engagent à accélérer les efforts vers
l'objectif de l'accès universel au traitement antirétroviral". Dans la
réalité, cela consiste pour l'ONU à mettre sous traitement 15 millions de
personnes infectées par le VIH d'ici 2015 dans les pays en développement.
Cet objectif chiffré - qui est repris par la déclaration - "est un atout
considérable", considère Michel Kazatchkine, le directeur du Fonds mondial
de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. "Il va contribuer
à mobiliser énergie et ressources".

La France, qui représentait l'Union européenne (UE) lors des
négociations-marathon ayant mené à l'élaboration de ce texte de 16 pages
et d'une centaine de paragraphes - sur lequel 2 300 amendements ont été
déposés -, s'est aussi félicitée de ces "engagements chiffrés". Selon
l'ambassadeur français auprès de l'ONU, Gérard Araud, en s'engageant d'ici
à 2015 à mettre 15 millions de personnes sous traitement et à éliminer la
transmission du virus de la mère à l'enfant, "la communauté internationale
montre qu'elle ne relâche pas ses efforts".

Car les négociateurs se sont aussi mis d'accord sur l'élimination d'ici à
2015 de la transmission du sida mère-enfant et sur une réduction de 50 %
de la transmission par voie sexuelle et par voie injectable.

Trente ans après la découverte du virus de l'immunodéficience humaine
(VIH), l'épidémie contamine encore 7 000 personnes par jour. Selon le
Programme de l'ONU Onusida, si le nombre de personnes bénéficiant d'une
thérapie antirétrovirale a été multiplié par vingt-deux depuis 2001 dans
les pays pauvres, 9 millions en sont toujours privées, notamment des
enfants.

"Si nous voulons reléguer le sida aux livres d'histoire, nous devons être
audacieux", a insisté le chef de l'ONU, qui a fait de la réduction de la
mortalité maternelle et infantile un combat personnel. Contre ce fléau, le
Sud-Coréen a défendu l'objectif "triple zéro" pour "zéro nouvelle
infection, zéro discrimination et zéro mort" liée au virus.

Tout en saluant ces nouveaux engagements, les associations de lutte contre
la maladie dénoncent l'absence de volet financier. Il manque un "plan
d'action précis" en matière de financement Act up. "Nous comptons sur la
France pour faire en sorte que ces promesses soient suivies d'actions
concrètes", a déclaré Francesca Belli, pour l'association Aides.

Alors que les investissements internationaux pour lutter contre le sida
sont en berne depuis 2008, les pays riches promettent seulement de
"travailler à combler" le déficit financier de 6 milliards de dollars
(4,15 milliards d'euros) qui empêche de mettre en oeuvre les politiques
nécessaires sur le terrain. Selon l'Onusida, environ 16 milliards de
dollars sont consacrés chaque année à la lutte contre l'épidémie quand les
besoins réels sont d'au moins 22 milliards.

Briser un tabou

Si le Fonds mondial de lutte contre le sida, est l'un des premiers à pâtir
de cette réalité, Michel Kazatchkine minimise la faiblesse de la
déclaration finale sur ce point. "Les diplomates réunis à New York
n'étaient pas mandatés pour engager financièrement leur pays ni afficher
des intentions financières", insiste le médecin français. Les réticences
des principaux donateurs à augmenter leurs contributions, sous couvert des
difficultés économiques, émergent alors que des études vantent
l'efficacité des traitements antirétroviraux, à même de réduire la
transmission du virus de 96 %.

"Cette nouvelle réalité scientifique ne laisse plus le choix aux
gouvernements, pour tenir leurs engagements, il va leur falloir montrer la
couleur de l'argent", affirme Sharonann Lynch, responsable du département
Sida de Médecins sans frontières à New York. La promesse de cibler les
actions de prévention sur les populations vulnérables a eu pour effet
d'apaiser l'amertume des organisations non gouvernementales.

Le texte reconnaît la nécessité d'élaborer des politiques de santé
destinées aux groupes dits "à risque", à savoir "les hommes qui
entretiennent des rapports sexuels avec d'autres hommes, les travailleurs
du sexe et les utilisateurs de drogues". Ce point a été l'un des plus durs
de la négociation et il a fallu vaincre la réticence notamment de l'Iran.
Comme celle du Vatican pour reconnaître l'utilité du préservatif dans la
lutte contre la maladie. Pour la première fois en trente ans, l'ONU a
brisé ce qui était jusqu'alors "tabou". Etre audacieux "signifie faire
face à des sujets sensibles", avait expliqué Ban Ki-moon au premier jour
du sommet.

Alexandra Geneste



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