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[e-med] Les antibiotiques sont-ils encore ?automatiques? en France?-

2 articles
- Revue Que choisir : Les antibiotiques C'est toujours trop automatique !
- Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé :
Les antibiotiques sont-ils encore ?automatiques? en France?
http://www.who.int/bulletin/volumes/89/1/11-030111/fr/index.html

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Les antibiotiques
C'est toujours trop automatique !
21 janvier 2011
http://www.quechoisir.org/sante-bien-etre/maladie-medecine/medicament/communique-les-antibiotiques-c-est-toujours-trop-automatique

L'UFC-Que Choisir rend publics ce jour les résultats préoccupants d'une 
enquête1 sur les prescriptions d'antibiotiques, et à la lumière de ces 
derniers, exige du ministère de la Santé la mise en ouvre sans délai de 
mesures concrètes à même de garantir une information objective des médecins.
Alors que la consommation d'antibiotiques repart à la hausse depuis 2008 (+ 
4 % par an), l'UFC-Que Choisir a mené une enquête auprès de 50 médecins, qui 
a pris la forme de visites par un patient unique en bonne santé, se 
plaignant d'un mal de gorge fictif. Ces consultations ont donné lieu à des 
prescriptions aberrantes :

Alors que la personne était en parfaite santé, 52 % des visites ont conduit 
à la prescription d'antibiotiques. Faut-il à nouveau rappeler que l'efficacité 
des antibiotiques diminue quand leur usage se développe ?

Notre enquête dédouane les patients, dont l'influence sur les prescriptions 
est faible : seul un médecin de l'échantillon a retiré les antibiotiques de 
l'ordonnance après que notre enquêteur a émis un doute sur leur utilité.

L'enquête souligne également la surprescription de médicaments : en moyenne, 
chaque ordonnance comprenait 2,4 médicaments, en plus des antibiotiques ! 
Certains médecins ont même prescrit des corticoïdes, pourtant non 
recommandés pour un mal de gorge.

Voilà donc une nouvelle preuve du caractère irrationnel des prescriptions, 
qui explique que la France se singularise tristement dans le paysage 
européen. 9 consultations sur 10 se concluent par une prescription de 
médicaments (deux fois plus qu'aux Pays-Bas), et la consommation de 
médicaments par habitant est supérieure de 40 % à celle de nos voisins 
européens.

Non seulement en totale contradiction avec les impératifs les plus 
élémentaires de santé publique, ces prescriptions irrationnelles sont en 
outre inacceptables compte tenu de la charge financière qu'ils font 
supporter à la collectivité, dans un contexte où les déficits de l'assurance 
maladie menacent la pérennité du système et l'égal accès aux soins.

L'effort doit donc porter sur l'information scientifique donnée aux 
médecins, à propos de l'usage des médicaments et des bonnes pratiques 
thérapeutiques. Cette information objective est d'autant plus cruciale qu'elle 
doit contrebalancer la pression exercée sur les praticiens par l'industrie 
pharmaceutique.

Décidée à obtenir cette information non-biaisée des médecins, gage de 
prescriptions adaptées aux besoins, l'UFC-Que Choisir rappelle sa 
proposition de création d'un corps de 1 700 visiteurs médicaux publics et 
indépendants, placés sous l'égide de la Haute Autorité de Santé.

1. Enquête réalisée par une unique personne en bonne santé de la mi-octobre 
à la mi-novembre 2010 auprès de 50 médecins généralistes, à Paris, en région 
parisienne et en province, suivant le même scénario : prétendre un mal de 
gorge et dire craindre une angine. Il est précisé que ces rendez-vous à la 
seule charge de l'association n'ont donné lieu à aucun remboursement de la 
part de l'Assurance maladie. Enquête complète disponible dans le numéro de 
février de Que Choisir Santé. 

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Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Les antibiotiques sont-ils encore ?automatiques? en France?
http://www.who.int/bulletin/volumes/89/1/11-030111/fr/index.html

La première partie d?une série de trois articles sur la résistance aux 
antimicrobiens s?intéresse à la campagne française sur ce thème, qui a été 
considérée comme une méthode exemplaire pour changer le mode de prescription 
des antibiotiques. Cependant, comme en témoigne Gary Humphreys, 10 ans après le 
lancement de cette campagne, la France reste l?un des plus gros consommateurs 
d?antibiotiques en Europe et les tendances ne sont pas à la baisse.

Le Dr Pierre Fayn rappelle l?effet qu?une campagne, menée en 2002 par 
l?Assurance maladie française et faisant la promotion d?un usage plus ciblé des 
antibiotiques, a eu sur les enfants de Cléon d?Andran, un petit village endormi 
de la Drôme, au sud-est de la France. «Je commençais habituellement par 
expliquer aux parents pourquoi il n?était pas nécessaire de traiter le rhume du 
petit avec un antibiotique, puis l?enfant scandait: «parce que les 
antibiotiques, c?est pas automatique». Les enfants connaissaient ce slogan», 
dit-il avec un large sourire.

Le slogan en question ? Les antibiotiques, c?est pas automatique ? était en 
fait le titre d?une campagne d?abord lancée en 2002 dans l?objectif de faire 
diminuer la prescription d?antibiotiques en France de 25% en l?espace de cinq 
ans. Cette campagne visait en particulier le traitement des infections 
respiratoires virales chez l?enfant, auquel 40% de ces prescriptions devaient 
servir.

Depuis 2002, elle a été reprise chaque hiver sur la durée de la saison 
épidémique pour les infections respiratoires virales. Elle faisait partie d?une 
initiative gouvernementale plus large, déployée en 2001 et appelée Préservons 
l?efficacité des antibiotiques ? un programme à plusieurs volets, comprenant la 
promotion du test de détection rapide de l?antigène streptococcique et de 
recommandations thérapeutiques auprès des professionnels de santé, ainsi que la 
dispensation ciblée de formations pratiques individuelles aux praticiens 
chargés des soins de santé primaire.
Affiche de la campagne de la Caisse Nationale d'Assurance Maladie avec pour 
slogan: Antibiotiques si on les utilise à tort, ils deviendront moins forts.
CNAM.
Affiche de la campagne de la Caisse Nationale d'Assurance Maladie.

Lors du lancement de la campagne en 2002, la France consommait plus 
d?antibiotiques que tout autre pays d?Europe et faisait face à un problème 
naissant de résistance aux antimicrobiens, notamment avec l?apparition d?une 
souche résistante de Streptococcus pneumoniae, bactérie qui colonise le nez et 
la gorge et peut provoquer des affections allant de l?infection bénigne de 
l?oreille moyenne à la pneumonie potentiellement mortelle et menace tout 
particulièrement les jeunes enfants et les personnes âgées.

On a toujours su depuis la mise au point des antibiotiques qu?un mauvais usage 
de ces médicaments risquait d?entraîner une résistance bactérienne et leur 
surconsommation ne fait qu?amplifier ce risque. La menace d?une propagation à 
grande échelle de la résistance aux antimicrobiens soulève le spectre d?un 
monde sans antibiotique efficace, dans lequel un malade pourrait mourir d?une 
infection autrefois considérée comme banale et facile à traiter. L?Organisation 
mondiale de la Santé consacre la prochaine Journée mondiale de la Santé, le 7 
avril 2011, à la sensibilisation à cette problématique.

La France est l?un des 22 pays à haut revenu dont les mesures pour réduire 
l?utilisation d?antibiotiques entre 1990 et 2007 ont été évaluées par le 
Docteur Benedikt Huttner et ses collègues, dans le cadre d?une étude publiée 
par la revue britannique The Lancet en janvier 2010. Ils ont constaté que les 
campagnes ayant fait l?objet d?une évaluation formelle, comme celle menée en 
France, semblait entraîner une réduction de la consommation d?antibiotiques 
chez les malades vus en consultation, «tout au moins dans les pays fortement 
prescripteurs».

D?après une étude publiée dans la revue PLoS Medicine en juin 2009, la campagne 
française a dépassé les attentes, avec une réduction de 26,5% du nombre de 
prescriptions d?antibiotiques sur les cinq premières années. Si elle n?est pas 
la première à avoir fourni des résultats conséquents ? les campagnes 
médiatiques annuelles organisées par la Belgique ont été créditées d?une 
réduction de 36% des prescriptions d?antibiotiques entre 1999 et 2000 et entre 
2006 et 2007, par exemple ? la campagne française est néanmoins souvent 
présentée comme un modèle.

Pour le Professeur Benoit Schlemmer, Président du Comité national de suivi du 
Plan pour préserver l'efficacité des antibiotiques nommé par le gouvernement, 
si les résultats de la campagne française sont indéniables, la façon dont les 
Français prescrivent et consomment les antibiotiques suscite encore, neuf ans 
après son lancement, de grandes préoccupations.

Premièrement, la France reste proche du haut du tableau des consommateurs 
d?antibiotiques, derrière les «super-prescripteurs» Grèce et Chypre, même si 
Schlemmer affirme que ce classement a peu d?intérêt pour lui: «ce qui importe 
c?est que nous prescrivons 50% d?antibiotiques de plus que les Européens en 
moyenne. La moitié des prescriptions [d?antibiotiques] rédigées en France sont 
inutiles». Et la situation ne s?améliore pas. En fait, dit-il, «nous avons 
enregistré une augmentation de 4% des prescriptions destinées à des adultes 
entre 2008 et 2009, cette augmentation étant encore plus forte lorsqu?on la 
mesure d?un hiver à l?autre, le saut approchant alors les 10%.

Où se situe donc le problème? L?une des explications du phénomène réside dans 
le mode de rétribution des médecins français. Le revenu du Dr Fayn dépend du 
nombre de patients qu?il reçoit, de sorte que, comme tous les médecins 
généralistes de France, il a un intérêt financier à attirer les patients et à 
pratiquer des consultations aussi brèves que possible. «Le temps c?est de 
l?argent et la vérité est qu?il est plus rapide de prescrire un antibiotique au 
patient que de lui expliquer pendant une demi-heure pourquoi il n?en a pas 
vraiment besoin», indique le Pr Schlemmer.

Dans le même temps, il n?est pas facile non plus de dire aux patients de s?en 
aller sans antibiotique et de revenir en cas d?aggravation des symptômes. «Les 
gens préfèrent ne pas avoir à revenir», admet-il. Certains médecins sont 
disposés à prendre position. «Je dis [à mes patients]: si vous avez déjà posé 
le diagnostic et prescrit le traitement, vous n?avez donc pas besoin de moi», 
affirme le Dr Alban Pinay, un autre généraliste installé juste à la sortie du 
village de la Bégude de Mazenc, à quelques kilomètres de Cléon d?Andran. «Je 
leur tends mon ordonnancier et je leur dis: allez, remplissez l?ordonnance».

Pinay affirme que la campagne a sensibilisé la population au problème de la 
résistance aux antibiotiques et facilité la victoire argumentée du médecin, 
mais il reconnaît que certains patients n?aiment pas être confrontés à un refus 
et dans le cas où ils en essuient un, vont directement voir un autre médecin, 
qui leur donnera ce qu?ils veulent.

Il est clair que ce problème n?est pas spécifique à la France. «C?est dans la 
nature humaine» indique le Professeur John Conly du Centre for Anti¬microbial 
Resistance de l?Université de Calgary, au Canada et ancien Président du Conseil 
du Comité canadien sur la résistance aux antibiotiques. «Les médecins cèdent à 
la pression des patients pour un certain nombre de raisons, parmi lesquelles ? 
selon le système de santé ? la peur de perdre leurs patients».

Le consensus entre les médecins et les patients interrogés pour cet article 
résultait habituellement de l?adoption en fin de compte par les premiers d?une 
sorte de compromis aux termes duquel ils prescrivaient l?antimicrobien demandé 
tout en disant au patient d?attendre pour le prendre de voir si leur état ne 
s?améliorait pas de lui-même. Laurent Depraz, père à 40 ans de deux jeunes 
enfants ayant tendance aux otites et à tousser, indique que leur pédiatre basé 
à Paris procède habituellement à un test sur prélèvement de gorge avant de 
prescrire.

«Cependant, même si la maladie ne semble pas nécessiter d?antibiotiques au 
moment de l?examen, ce pédiatre rédige aussi une seconde ordonnance comportant 
des antibiotiques, à utiliser trois jours après si les symptômes n?ont pas 
disparu» ajoute-t-il. «Il y a ici un problème d?attitude», affirme le Pr 
Schlemmer:«une sorte de laxisme intellectuel supposant que si cette 
prescription ne fait pas de bien au patient, elle ne lui fera certainement pas 
de mal».

Or, une telle attitude nuira quand même au patient à long terme, dans la mesure 
où la surconsommation d?antibiotiques conduit au développement de bactéries 
résistantes, si bien que tôt ou tard, ce patient sera exposé à une bactérie 
contre laquelle le traitement n?aura tout simplement aucun effet. Changer le 
mode de rétribution des médecins pourrait être une solution au problème 
français, mais, selon Benoît Schlemmer, c?est un point très sensible que les 
médecins français sont peu disposés à discuter. «Nous avons parlé au Ministre 
de la santé de la possibilité d?inciter les médecins à prescrire moins, mais 
jusqu?à présent, aucune décision n?a été prise», indique-t-il, en ajoutant: 
«personnellement, je ne suis pas sûr que cela change grand-chose. Il s?agit 
d?un problème culturel et il va falloir 10 ans, ou peut-être 20, pour changer 
les mentalités, mais nous allons vers une catastrophe si nous ne réussissons 
pas». 
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