e-med
[Top] [All Lists]

[e-med] Une vision de scientifique: partager les brevets des médicaments américains avec les patients négligés

[remerciements à CR pour la traduction de cet article de e-drug.CB]
5 Novembre 2010

Une vision de scientifique: partager les brevets des médicaments américains 
avec les patients négligés

Par John Erickson, PhD

En 1998, alors que nous travaillions au National Cancer Institute du 
National Institutes of Health (NIH) américain, mes collègues et moi-même 
avons découvert et breveté une classe de composants pour traiter les 
infections du VIH résistantes. Il a fallu 8 années supplémentaires de 
recherche et développement pour faire passer l'un de ces composants, 
le darunavir, à travers le long processus d'enregistrement. Depuis 2006, 
le darunavir a été employé pour améliorer la vie de malades du SIDA, 
principalement aux Etats Unis et en Europe, où les malades peuvent payer un 
prix élevé pour des médicaments brevetés. J'ai appris avec plaisir récemment 
qu'un pas significatif a été accompli pour rendre le darunavir accessible aux 
malades du reste du monde par une licence du produit du NIH donnée au 
Groupement des Brevets de Médicaments. Ce Groupement a été créé par UNITAID, 
une initiative mondiale en santé dédiée à l'amélioration de l'accès aux 
traitements du SIDA, de la tuberculose et de la malaria.

Pourquoi est-ce si important et pourquoi ne pas demander au fabricant du 
médicament, Johnson & Johnson, de fournir ce produit à un prix plus bas aux 
marchés plus pauvres? La raison est que le nombre des malades dans ces 
pays-là écrase celui des malades aux USA et en Europe - il faudrait 
augmenter les capacités de production de 10 fois ou plus. Pour un produit 
comme le darunavir dont les coûts de production sont élevés, il n'est pas pour 
l'instant réaliste de faire supporter le fardeau d'une production mondiale 
par le fabricant ou tout autre entreprise. Une autre raison est que 
l'industrie pharmaceutique n'est pas structurée pour supporter 
l'enregistrement, la distribution et la commercialisation des médicaments 
dans les pays à petits revenus, même si mondialement le marché 
pharmaceutique change vite. Enfin, autoriser les génériqueurs à fabriquer ce 
médicament augmente la sécurité de sa fourniture et permet d'obtenir de 
meilleurs prix par la mise en concurrence, deux points essentiels pour 
fournir des traitements à vie aux populations qui vivent avec seulement un 
dollar par jour.

Arrive le Groupement des Brevets de Médicaments, dont le but est d'autoriser 
des fabricants de génériques de qualité à produire des produits brevetés, 
fabricants qui peuvent produire en grandes quantités à bas prix pour les 
pays à bas revenus. Avec cette première licence, le Groupement fait une 
avancée importante vers l'atteinte de ses objectifs de rendre plus 
accessible des médicaments vitaux dans les pays en développement.

J'ai été témoin des débats brûlants au cours de la dernière décennie pour 
assurer que les brevets ne barrent pas l'accès aux médicaments, notamment 
pour les plus pauvres du monde. Le SIDA a porté le flambeau pendant presque 
tout le temps, en partie parce que 95 % de ce marché de plusieurs milliards 
ne sert que 5 % de la population mondiale (la plus riche). Mais grâce à une 
féroce concurrence entre fabricants pharmaceutiques, en particulier en Inde 
et aux initiatives de financement comme le US President's Emergency Plan for 
HIV/AIDS Relief, le Fonds Mondial, et UNITAID, le coût annuel des 
médicaments du SIDA est passé dans les pays en développement de 10.000 $ en 
1999 à 67$ pour un traitement de première intention, maintenant. Cette chute 
spectaculaire du prix a rendu possible l'largissement de l'accès au traitement 
pour 
atteindre plus de 5 millions de malades dans les pays en développement en 
2009, une augmentation de 12 fois en 6 ans seulement.

Mais la dure réalité est que le SIDA mue rapidement vers la résistance, et 
nombre de patients recevant des traitements de première intention vont 
devoir passer à des traitements de deuxième intention, plus actifs contre le 
VIH.

De plus, nombre des 2 millions d'enfants souffrant du SIDA  sont nés avec un 
VIH résistant, ou l'ont acquis. Ils devront pouvoir accéder à de nouveaux 
médicaments comme le darunavir, bien souvent d'emblée. En même temps, on estime 
à près de 9 millions les patients attendant un traitement de première 
intention, et on manque de moyens. Non seulement on doit développer de 
nouveaux médicaments, mais aussi de nouvelles approches pour améliore leur 
accessibilité mondialement. Il est alors agréable de voir qu'un détenteur de 
brevet comme le NIH est prêt à collaborer avec les Groupement des Brevets de 
Médicaments.

Il n'est pas surprenant de voir le NIH ouvrir la voie en s'associant au 
Groupement. En 1980, le NIH avait ouvert un mécanisme de financement 
innovant, le National Cooperative Drug Discovery Program, pour stimuler le 
partenariat public-privé pour le développement des médicaments du SIDA à une 
époque ou les ARV étaient presque inconnus, et que certains experts 
prétendaient qu'on ne pourrait en développer aucun. En 1988, alors que je 
travaillais à Abbott, mon équipe avait bénéficié d'un don qui avait conduit 
au développement du ritonavir, un des composants du cocktail qui permet de 
prolonger la vie de nombreux malades. Dans les années 90, le NIH a soutenu 
les travaux de mon équipe dans l'identification du darunavir qui traite les 
infections résistantes, à une époque où dans l'industrie on pensait qu'il 
s'agissait d'une entreprise sans lendemains.

On ne peut contester le fait que les financements publics jouent un rôle clé 
dans le 
succès de l'innovation en médicaments et en technologies du secteur privé. 
Le Groupement des Brevets de Médicaments est un modèle valable pour 
s'attaquer au problème éternel suivant : comment permettre à des produits 
sous brevet, développés grâce à des investissements publics et privés, 
d'atteindre les pays en développement maintenant, sans devoir attendre 
pendant des années la fin du brevet dans les pays à hauts revenus. Le brevet 
du Darunavir est un début, mais cela ne suffit pas. La plupart des brevets 
sont protégés par un système de défenses qui couvre non seulement la 
structure et la composition du produit, mais aussi comment il est fabriqué 
et comment il devient la gélule qu'on achète en pharmacie, un processus 
qu'on appelle la "formulation".

En conclusion, le Groupement a besoin que l'industrie se présente avec des 
licences appropriées.

Au lieu de réactiver les vieux débats autour des brevets, des malades et des 
profits, les responsables des labos qui ont une vision de l'avenir doivent 
considérer de nouvelles façons de rendre les médicaments accessibles aux 
malades. Il faut aussi envisager de nouvelles approches pour la conduite de 
la recherche et du développement pour atteindre les objectifs mondiaux en 
santé. L'un des résultats les plus gratifiants pour un homme de science est 
de voir que nos produits ont marqué une étape importante dans la vie des 
malades. J'applaudis le NIH et j'espère que les labos et les institutions de 
recherche publiques suivront ce chemin.

John Erickson est le Président et le CEO de Sequoia Pharmaceuticals, et 
aussi le Président de l'Institute for Global Therapeutics, une fondation 
sans but lucratif.


----- Original Message ----- 
E-DRUG: Sharing US Drug Patents with Neglected Patients: A Scientist's View
------------------------------------------------------------------
[Copied as fair use; thanks to Ellen for the pointer. WB]

http://www.ip-watch.org/weblog/2010/11/05/sharing-us-drug-patents-with-n
eglected-patients-a-scientists-view/?utm_source=post&utm_medium=email&ut
m_campaign=alerts

Intellectual Property Watch
5 November 2010

Sharing US Drug Patents with Neglected Patients: A Scientist's View

By John Erickson, PhD

In 1998, while working at the National Cancer Institute of the US 
National Institutes of Health (NIH), my colleagues and I discovered 
and patented a class of compounds for the treatment of drug-resistant 
HIV-infections. It took another eight years of research and 
development to bring one of these compounds, darunavir, through the 
lengthy drug approval process. Since 2006, darunavir has been used to 
improve the lives of HIV-infected patients, mainly in the US and 
Europe, where people can afford the high prices of patented medicines. 
I was pleased to learn that, recently, a significant step has been 
taken to make darunavir accessible to the rest of the world through a 
licence of NIH's darunavir patent to the Medicines Patent Pool. The 
Pool was established with the support of UNITAID, a global health 
initiative dedicated to improving access to medicines for AIDS, 
tuberculosis and malaria.

Why is this important, and why not just ask the drug-maker, Johnson & 
Johnson, to provide darunavir at low cost to poor markets? For one 
thing, the global numbers of HIV-infected people in these markets 
dwarfs those in the US and Europe - supplying the drug to all who need 
it would require increasing the scale of drug production by a factor 
of 10 or even more. For a drug like darunavir, whose manufacturing 
costs are relatively high, it is not currently realistic to put the 
burden of global production on the drug developer or on any one 
particular manufacturer. Another reason is that the commercial 
infrastructure of the pharmaceutical industry was not designed to 
register, distribute and sell drugs in lower-income markets, although 
the global marketplace for drugs is evolving rapidly. Finally, 
allowing multiple generic companies to make the drugs increases 
security of supply and lets competition drive prices to their lowest 
sustainable levels, both of which are critical when providing lifelong 
treatment in countries where people live on as little as a dollar a day.

Enter the Medicines Patent Pool, which is designed to licence drug 
patents to quality-assured, generic drug makers who are equipped to 
produce large-scale quantities of low-cost medicines for low- and 
middle-income countries. With this first licence in hand, the Pool is 
a critical step closer to achieving its goal of making lifesaving 
medicines more affordable and accessible to people in developing 
countries.

I have witnessed the heated debates over the last decade on how to 
ensure that patents do not stand in the way of access to medicines, 
especially for the world's poorest. HIV/AIDS has been a lightning rod 
for much of this debate, partly because over 95 percent of the multi- 
billion dollar HIV drug market was reaped from less than 5 percent of 
the (richest) global patient population. But thanks to robust 
competition among drug manufacturers, particularly those in India, and 
funding from initiatives like the US President's Emergency Plan for 
HIV/AIDS Relief, the Global Fund to Fight AIDS, Tuberculosis and 
Malaria, and UNITAID, the price of a year's worth of AIDS drugs in 
developing countries has fallen from about $10,000 in 1999 to $67 for 
a first-line regimen today. These dramatic price decreases helped make 
it possible to expand access to AIDS treatment to reach more than five 
million people in developing countries by 2009 - a twelve-fold 
increase in just six years.

But a harsh reality is that HIV rapidly mutates to become drug- 
resistant, and many patients on first-line regimens will soon need to 
switch to second-line therapies that are more effective against drug 
resistant HIV.

In addition, of the estimated two million children living with HIV, 
many were born with or have developed drug resistant HIV. They will 
need access to newer drugs like darunavir, often right from the start. 
At the same time, an estimated nine million people are still waiting 
for first-line treatment, and funds are falling short. Just as we need 
to continually develop new drugs, we need to develop new approaches 
for improving drug access globally. So it is refreshing to see that 
patent-holders such as the NIH are willing to collaborate with the 
Medicines Patent Pool.

That the NIH is leading the way with the Patent Pool initiative is no 
surprise to me. In the 1980s, the NIH developed an innovative funding 
mechanism, the National Cooperative Drug Discovery Program, to spur 
public-private industry partnerships to develop HIV drugs in an era 
when antiviral drugs were not only unheard of, but were deemed by many 
experts to be impossible to develop. In 1988, while working at Abbott 
Laboratories, my team was awarded an NIH grant from this program that 
led to the development of ritonavir, a component of many life- 
prolonging HIV drug cocktails prescribed today. In the 1990s, the NIH 
supported my research team's efforts to identify drugs like darunavir 
to treat drug-resistant HIV infections at a time when the industry 
believed this to be a fruitless endeavour.

That public funding is a key ingredient for successful innovation of 
drugs and technologies developed by the private sector is inarguable. 
The Medicines Patent Pool provides a valuable model for attacking a 
long-standing problem: how to get patented products, developed through 
public and private investment, to developing country markets today, 
without having to wait many years for patents to expire in high income 
markets. The NIH's darunavir patent is a start, but it is not enough. 
Most new drugs are protected by 'patent fences' that cover not only 
the structure and composition of the drug, but also how it is made, 
and how it is converted into the capsules we buy at the drug store - a 
process called formulation.

Thus, the Medicines Patent Pool needs the pharmaceutical industry to 
step up with appropriate patent licences.

Instead of re-hashing old debates about patents, patients and profits, 
forward-looking pharmaceutical executives should consider new ways of 
ensuring that medicines reach all patients who need them. We also need 
to consider creative approaches to conducting research & development 
that meet global health needs. One of the most gratifying outcomes for 
a scientist is to see that our work has made a real difference in 
people's lives. I applaud the NIH, and hope that other pharmaceutical 
companies and public research institutions will follow its lead.

John Erickson is the President and CEO of Sequoia Pharmaceuticals, 
Inc., and President of the Institute for Global Therapeutics, a non- 
profit foundation.
_______________________________________________
E-Drug, an e-forum on essential drugs, is moderated by a team of 
international experts, and hosted by the AED-SATELLIFE Center 
for Health Information and Technology (www.healthnet.org).


<Prev in Thread] Current Thread [Next in Thread>
  • [e-med] Une vision de scientifique: partager les brevets des médicaments américains avec les patients négligés, remed <=