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[e-med] L'OMS est-elle encore crédible ? (Le Monde)

L'OMS est-elle encore crédible ?
LE MONDE | 23.04.10 | 16h09  .  Mis à jour le 23.04.10 | 17h04

Critiquée sur sa gestion de la pandémie de grippe A(H1N1), l'Organisation 
mondiale de la santé (OMS) a perdu de son crédit. Il avait déjà été entamé 
pendant la décennie 1988-1998 : l'institution, alors dirigée par le Japonais 
Hiroshi Nakajima, avait été incapable d'impulser une réponse mondiale au 
sida.
L'organisation créée en 1948 avait tiré les leçons de son erreur et retrouvé 
une crédibilité au fil des crises suivantes, lors du second mandat de cinq 
ans de M. Nakajima puis sous la direction de la Norvégienne Gro Harlem 
Brundtland, de 1998 à 2003. Après l'épidémie de SRAS (syndrome respiratoire 
aigu sévère) en 2003, ces pouvoirs avaient même été accrus et formalisés en 
2005 dans la nouvelle mouture du Règlement sanitaire international (RSI), 
qui lui donne des outils juridiques contraignants. Des pouvoirs qui sont 
aujourd'hui sous le feu des critiques.

DES OBJECTIFS SANITAIRES DISPERSÉS ET IRRÉALISTES

L'OMS souffre d'abord de sa propension à fixer des objectifs qui ne sont pas 
atteints, loin s'en faut. La déclaration d'Alma-Ata, en 1978, ne manquait 
pas d'ambition : "L'un des principaux objectifs sociaux des gouvernements, 
des organisations internationales et de la communauté internationale tout 
entière au cours des prochaines décennies doit être de donner à tous les 
peuples du monde, d'ici à l'an 2000, un niveau de santé qui leur permette de 
mener une vie socialement et économiquement productive."
Or, trente-deux ans plus tard, les maladies infectieuses que l'on avait cru 
oublier, à l'exception de la peste, de la fièvre jaune et du choléra 
(maladies dont les pays développés sont exempts), ont fait leur grand 
retour. Outre le sida, la tuberculose, le paludisme et des maladies 
émergentes (virus Ebola...) se manifestent, avec, dans le cas des maladies 
anciennes, l'apparition de formes résistantes aux traitements. L'OMS a créé 
en 1996 la division des maladies infectieuses. Elle a mis sur pied en 2001 
un réseau mondial d'alerte et de réponse aux épidémies. Son autorité 
retrouvée, l'OMS a affronté en 2004 une souche de virus de la grippe aviaire 
H5N1, transmissible de l'animal aux personnes et hautement létal (50 % à 60 
% de décès chez les individus infectés).

VALSE-HÉSITATION SUR LA GRAVITÉ DE LA GRIPPE A(H1N1)

Dès la découverte d'un nouveau virus de grippe de souche animale H1N1, 
hautement transmissible, l'OMS n'hésite pas, dans la nuit du 23 au 24 avril 
2009, à lancer la machine. "Les premières informations obtenues du Mexique 
étaient très alarmantes. On parlait de maladie respiratoire aiguë et des tas 
de patients étaient hospitalisés", se souvient Dominique Legros, alors 
responsable de la gestion de crise au sein de l'OMS.
Assez rapidement, des informations plutôt rassurantes sur la sévérité du 
virus sont disponibles, mais le processus est enclenché. Le 11 juin 2009, la 
mine grave, Margaret Chan décrète que "tous les critères scientifiques 
définissant une pandémie de grippe sont réunis". Ce jour-là, le docteur Chan 
reconnaît pourtant qu'"au niveau mondial, la mortalité est faible", et que 
"la pandémie sera de gravité modérée". Mais elle brandit aussi la menace 
d'une possible mutation du virus, parlant d'incertitude scientifique 
"considérable".

UNE ERREUR D'ÉVALUATION

A la lumière du bilan actuel de la grippe A - 17 798 morts, 18 milliards de 
dollars (13,6 milliards d'euros) dépensés dans le monde et des millions de 
vaccins qui, en 2009, ont engendré entre 7 milliards et 10 milliards de 
dollars de bénéfices pour les fabricants -, les interrogations surgissent.
Elles ont été synthétisées par une commission d'enquête du Conseil de 
l'Europe. "La prochaine fois qu'on criera au loup au sujet d'une pandémie, 
l'immense majorité de la population ne la prendra pas au sérieux", redoute 
le socialiste anglais Paul Flynn, rapporteur de la commission, qui estime en 
outre que l'OMS a enfreint ses propres critères d'évaluation de la pandémie 
et de ses seuils. "Nous ne connaîtrons le nombre de morts de cette grippe 
que dans un ou deux ans, quand elle sera finie, se défend Dominique Legros. 
Et si nous avions fait autrement, les Etats nous auraient reproché notre 
légèreté."

L'INFLUENCE DE L'INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE

Les ratés de la pandémie H1N1 posent la question du poids et de 
l'indépendance des experts mandatés par l'OMS. A ce jour, la composition du 
comité d'urgence qui, dans le cadre du RSI, a conseillé Margaret Chan, est 
toujours tenue secrète. Seul le nom de son président, l'Australien John 
Mackenzie, a été rendu public. Cette quinzaine d'épidémiologistes et de 
spécialistes de la grippe a joué un rôle décisif lors du passage en phase 6 
de pandémie, permettant aux contrats de commandes de vaccin passées par les 
Etats - dont la France - de devenir effectifs. Pour le Conseil de l'Europe, 
cette opacité empêche tout contrôle démocratique de l'agence onusienne.
Le groupe stratégique consultatif d'experts (SAGE), compétent sur les 
questions de vaccination et d'immunisation, est aussi sur la sellette. Ses 
quinze membres, dont l'identité est cette fois connue, avaient recommandé 
deux doses de vaccin contre le virus H1N1, avant de se raviser et de n'en 
prescrire qu'une en octobre 2009. Tous ont dû remplir des "déclarations 
d'intérêts" prouvant leur indépendance, "basées avant tout sur la confiance, 
puisque nous ne sommes pas une force de police !", reconnaît Philippe 
Duclos, secrétaire exécutif du SAGE. L'un des membres, le Finlandais Juhani 
Eskola, avait omis de déclarer que son institut de recherche avait perçu 9 
millions d'euros du géant pharmaceutique GlaxoSmithKline. Le mandat de M. 
Eskola n'a pas été remis en question.
En décembre 2009, une fuite a aussi révélé que la Fédération internationale 
des fabricants de médicaments (IFPMA) avait consulté en primeur le rapport 
d'un groupe d'experts mandatés par l'OMS pour améliorer le financement en 
matière de recherche et développement sur les "maladies négligées", ces 
pathologies qui sévissent dans les pays pauvres.
Elle avait pu y imposer ses vues : dans le rapport de synthèse présenté en 
janvier devant le comité exécutif de l'OMS, les propositions qui remettaient 
en question le système actuel de brevets sur les médicaments (un monopole de 
vingt ans garanti aux fabricants) avaient disparu.

Paul Benkimoun et Agathe Duparc



Des réussites inégales
L'agence a souvent peiné à estimer les risques de pandémies liées à des 
virus
1/ SRAS L'Organisation mondiale de la santé (OMS) lance en mars 2003 une 
alerte mondiale au SRAS, la pneumonie atypique apparue en Chine en 2002. En 
juillet 2003, celle-ci est presque totalement endiguée.
2/ Sida Le virus apparaît à la fin des années 1970, mais l'OMS lance un 
premier programme spécial de lutte contre la maladie en 1988, cinq ans après 
que l'Institut Pasteur eut isolé le VIH. L'Onusida est créée en 1995.
3/ Grippe H5N1-aviaire En 2007, l'OMS veut se prémunir d'un éventuel passage 
de l'épidémie des oiseaux à l'homme et envisage alors de 7 millions à 300 
millions de morts en trois ans. Elle pousse le Japon et les Etats-Unis à 
financer pour 2,5 millions de dollars (1,9 million d'euros) de vaccins pour 
six pays. En 2008, la grippe aviaire a tué 248 personnes.
4/ Grippe A(H1N1)-porcine Le 11 juin 2009, un mois et demi après la 
découverte de la grippe H1N1, l'OMS déclare l'état de pandémie mondiale, 
affirmant que "le virus ne peut pas être arrêté". Les pays achètent des 
millions de vaccins, dont la plupart ne serviront pas. L'OMS a été accusée 
d'entretenir des liens trop étroits avec l'industrie pharmaceutique.
LE MONDE | 23.04.10 | 16h09  .  Mis à jour le 23.04.10 | 17h04 


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Reportage A Genève, 
LE MONDE | 23 avril 2010 | Agathe Duparc (Genève, correspondance) |
654 mots

L'OMS est au service de 193 Etats membres et emploie 8 000
spécialistes de la santé publique répartis dans six bureaux régionaux
et 147 pays. Une ruche, une fourmilière..

'Ces objectifs, toujours plus nombreux, pèsent sur le budget de l'OMS.
Depuis quelques années, les contributions régulières des Etats membres
se sont érodées.  Pour 2011, elles atteignent 472,55 millions de
dollars (364,55 millions d'euros) - dont 22% en provenance des Etats-
Unis, 12,5% du Japon, 8% d'Allemagne, 6.1% de Francs. Elles ne
représentant que 20% du budget  de l'agence, contre 51% il y a une
dizaine d'années.  Les 80% restants proviennent de contributions
volontaires vers=E9es pour la plupart par les mêmes Etats membres mais
avec une affectation particuliere-460 millions de dollars des Etats-
Unis, 226 millions du Royaume-Uni, 112 millions du Canada.

Parmi les donateurs figurent de plus en plus les fondations, comme
celle de Bill et Melinda Gates, devenue un acteur majeur dans le
secteur des maladies négligées.  Elle est toujours plus influente au
sein de l'OMS tandis que ses liens avec l'industrie pharmaceutique
sont connus.  Selon des estimations non officielles, sa contribution
s'élève a 300 millions de dollars'.


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