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[e-med] HAÏTI: Risques et traitements du sida au milieu des décombres

HAÏTI: Risques et traitements au milieu des décombres 

JOHANNESBOURG,, 11 mars (IRIN) - Au lendemain du tremblement de terre de 
magnitude 7,0 en Haïti, un des plus grands programmes de traitements 
antirétroviraux (ARV) des Caraïbes peine à renaître de ses cendres. 
 
 Le gouvernement haïtien a estimé que 24 000 Haïtiens avaient accès aux ARV 
avant le tremblement de terre, et d'après une récente évaluation de la 
situation par le Programme commun des Nations Unies sur le sida (ONUSIDA), 
moins de 40 pour cent des personnes sous traitement ont aujourd'hui accès aux 
ARV. 
 
 D'après des rapports publiés par l'ONUSIDA, l'Organisation mondiale de la 
santé (OMS) et les principales organisations proposant des ARV en Haïti, 
l'accès aux traitements est inégal en cette phase de relèvement rapide, et on 
commence à craindre de nouvelles infections et des cas de VIH ou de tuberculose 
(TB) résistants aux médicaments. 
 
 La prévalence du VIH en Haïti est estimée à 2,2 pour cent, un taux qui place 
l'île en deuxième position dans les Caraïbes, après les Bahamas, et qui est 
l'un des plus élevés du monde en dehors de l'Afrique subsaharienne, d'après 
l'ONUSIDA. 
 
 Traitements perturbés 
 
 D'après une évaluation conjointe réalisée par l'ONUSIDA et le ministère de la 
Santé publique, les centres de traitements ARV ne fonctionnent toujours pas au 
maximum de leurs capacités dans trois des départements les plus touchés d'Haïti 
- Ouest, Sud-Est et les Nippes. 
 
 Selon un rapport de l'ONUSIDA publié en fin de semaine dernière, bien que ces 
trois départements accueillent la majorité des sites ARV, ils enregistrent tous 
de faibles niveaux de fréquentation. Tim Martineau, directeur du département de 
l'Appui technique et opérationnel à l'ONUSIDA, a dit que les travailleurs 
communautaires et les réseaux de personnes vivant avec le VIH ne disposaient 
plus des ressources nécessaires pour retrouver la trace des patients disparus. 
 
 Les services de prévention de la transmission de la mère à l'enfant (PTME) 
dans ces départements ont également été affectés, pendant jusqu'à deux semaines 
dans certains cas. « Dans les institutions évaluées par l'équipe [conjointe], 
il a été rapporté que dans de nombreux cas, les bébés et les mères n'avaient 
pas reçu de médicaments ARV pendant et après l'accouchement », a dit M. 
Martineau. 
 
 « La plus grande difficulté était que les bâtiments des maternités étaient 
endommagés, et que les accouchements se déroulaient dans des conditions qui ne 
respectaient pas les normes optimales, ce qui rendait le processus de PTME 
impossible à mettre en place », a-t-il dit à IRIN/PlusNews. 
 
 L'ONUSIDA a dit qu'il faudrait mobiliser immédiatement 70 millions de dollars 
pour maintenir les services VIH pendant les six prochains mois, mais M. 
Martineau a noté que le Plan d'urgence du président américain pour la lutte 
contre le Sida (PEPFAR) avait déjà effectué sa promesse de don annuel à Haïti. 
 
 D'après lui, il semblerait que l'ONUSIDA prévoie d'augmenter sa contribution 
plus tard dans l'année. Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la 
tuberculose et le paludisme, qui a débloqué des fonds immédiatement après la 
catastrophe, recherche des moyens d'adapter son intervention aux conditions 
post-séisme en Haïti. 
 
 En revanche, l'évaluation a montré que, dans ces départements, les cliniques 
gérées par le Groupe haïtien d'étude du sarcome de Kaposi et des infections 
opportunistes (GHESKIO), une des plus anciennes organisations non 
gouvernementales (ONG) médicales de lutte contre le VIH/Sida en Haïti, 
fonctionnaient à 80 pour cent de leurs capacités. 
 
 Les traitements en situation de crise 
 
 GHESKIO fournit des traitements contre le VIH et la TB dans tout le pays, et 
ses patients sous ARV représentent 60 pour cent des patients inscrits au 
programme national ARV d'Haïti, d'après son directeur, le docteur Jean William 
Pape, qui a indiqué que depuis le séisme, l'organisation avait pu retrouver la 
trace de la plupart de ses patients dans ses 28 sites ARV à travers le pays. 
 
 M. Pape explique ce succès par l'expérience et la planification. « Il faut 
planifier les situations de crise - comme nous avons connu des bouleversements 
politiques, des périodes de violence [et] des ouragans, nous donnons en général 
des médicaments aux patients pour deux semaines d'avance, y compris pour les 
traitements contre la TB, parce que ces crises durent généralement environ deux 
semaines. » 
 
 GHESKIO considère la gestion des catastrophes et la prévention des 
perturbations potentielles comme des composantes essentielles du traitement, et 
donne toujours aux patients des numéros d'urgence et des informations sur les 
sites de traitement alternatifs où ils peuvent se rendre s'il devient trop 
dangereux pour eux de se rendre dans leur clinique habituelle. 
 
 L'organisation a pu joindre la plupart de ses patients grâce aux téléphones 
portables, mais M. Pape a ajouté que GHESKIO utilisait aussi ce que 
l'organisation appelle un système de « correspondants » - qui sollicite les 
voisins pour retrouver la trace des patients disparus - bien que cette méthode 
ait été moins efficace depuis le tremblement de terre, car les habitants ont 
quitté la capitale, qui a été très durement frappée par la catastrophe. L'ONG a 
également diffusé, via la radio nationale, des informations sur l'accès aux 
traitements. 
 
 GHESKIO a eu la chance de conserver des capacités que beaucoup d'autres sites 
ont perdues, telles que la possibilité d'effectuer des numérations de CD4 - une 
mesure indiquant la résistance du système immunitaire, qui est essentielle pour 
déterminer si la thérapie ARV doit être débutée. D'après M. Pape, le rythme des 
nouvelles prescriptions d'ARV a ralenti depuis le séisme, et beaucoup de 
personnes se sont rendues à l'hôpital de terrain afin de se faire soigner pour 
des fractures, des plaies ou d'autres blessures. 
 
 Une population en mouvement 
 
 Partner in Health (PIH), une autre ONG médicale, travaille dans des 
départements tels que l'Artibonite, plus éloignés de l'épicentre du séisme. 
Joia Mukherjee, directrice médicale de PIH, a dit que la plupart de ses 
patients n'avaient pas manqué de doses d'ARV, et que du fait de la migration 
post-séisme des habitants de Port-au-Prince, elle s'attendait à voir le nombre 
de ses patients augmenter. Les installations de PIH offrent également la 
possibilité d'effectuer des numérations de CD4. 
 
 « Nous observons toujours des migrations depuis Port-au-Prince, et je pense 
que cela finira par devenir circulaire », a-t-elle dit. « Ce que disent 
certains de nos collègues, c'est que beaucoup [rentrent dans la capitale] mais 
choisissent de laisser leurs enfants derrière eux parce qu'ils pensent que la 
ville n'est pas sûre pour les enfants. » 
 
 PIH distribue depuis peu aux patients des passeports santé - un document au 
format poche contenant leur historique médical récent - afin de faciliter leur 
prise en charge dans différents départements. « Il est probable que beaucoup de 
gens fassent des allées et venues, le temps de retrouver une vie normale, et 
c'est toujours un facteur de risque pour le VIH », a dit Mme Mukherjee à 
IRIN/PlusNews. 
 
 Nouvelles réalités, nouveaux risques 
 
 Depuis le tremblement de terre, PIH s'est provisoirement installé dans quatre 
grands camps de déplacés de la capitale pour fournir, en collaboration avec 
GHESKIO, des services à environ 80 000 personnes. Mme Mukherjee a dit qu'il 
fallait, sans perdre de temps, apporter une réponse au nouveau paradigme du 
risque VIH induit par les déplacements, et lutter contre les nouvelles 
infections au VIH. 
 
 « Dans les camps, nous dépistons de nouveaux cas et nous adressons ces 
patients aux cliniques. de GHESKIO, où ils peuvent avoir accès aux traitements 
à long terme. Quand on voit comment les gens vivent, il est impossible que des 
relations sexuelles ne soient pas échangées contre des choses comme de 
l'argent, de la nourriture, un abri ou la sécurité », a dit Mme Mukherjee à 
IRIN/PlusNews. 
 
 PIH a lancé une campagne de prévention visant les jeunes dans les camps, et 
l'ONUSIDA a appelé à redynamiser les programmes de prévention et à les adapter 
aux circonstances post-catastrophe. 
 
 Dans le cadre de cette mobilisation préventive, le Fonds des Nations Unies 
pour la population (UNFPA) a entrepris de distribuer des kits de prophylaxie 
post-exposition aux victimes de viols dans la ville de Port-au-Prince et ses 
environs, mais d'après Trygve Olfarnes, responsable de la communication de 
l'UNPFA au niveau régional, la demande est faible. 
 
 Haïti présente la plus forte prévalence de tuberculose en Amérique latine et 
aux Caraïbes, d'après l'Organisation mondiale de la santé. Selon Mme Mukherjee, 
les mauvaises conditions de vie et les problèmes d'accès à l'alimentation 
renforcent les risques de TB dans le pays. 
 
 M. Pape a mis en place un hôpital de terrain dédié à la TB, car GHESKIO 
dispose du seul laboratoire permettant d'effectuer les tests de TB, même les 
plus simples, tels que les examens microscopiques des frottis d'expectoration. 
Le gouvernement d'Haïti collabore avec GHESKIO pour mettre en place des 
services TB dans les camps accueillant les déplacés de la capitale. 
 
 llg/kn/he/il[ENDS]

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