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[e-med] (14)Urgence en Haïti et morphine

Bonjour

Sur les médias en France hier, un chirurgien français qui opère et
fait des amputations en Haïti se plaint de ne pas avoir de morphine.

C'est dramatique mais ce n'est guère étonnant:
chacun sait que la morphine, ainsi qu'un ensemble de médicaments
antalgiques majeurs et d'anestésiques est classée dans un groupe de
psychotropes et de stupéfiants dont la circulation entre pays est soumise à
un contrôle international, ceci pour éviter les détournements d'usage et
trafics en tout genre.(voir: oics.org)

En pratique, ce contrôle est réalisé par une série de procédures
administratives permettant l'acquisition, l'exportation, le transport et
l'importation.
Ces procédures démarrent à partir de la demande officielle et quantifiée
du pays qui en a besoin (pays importateur).

En situation d'urgence de type Haïti, il est impossible d'obtenir une
demande officielle ce qui veut dire que les équipes chirurgicales qui
partent en urgence vont arriver SANS les précieux antalgiques et
anesthésiques.

Heureusement, il existe une procédure spéciale, mise en place en 1996 pour
des contextes d'urgence, qui permet de se passer de la demande du pays
receveur.
Pour cela, l'organisation médicale (appelée "opérateur") qui prévoit
d'envoyer des équipes sur des urgences doit faire une demande auprès de
l'Agence du médicament (ou le Bureau des stupéfiants) du pays où elle est
basée.
Quand l'urgence arrive, l'"opérateur" a juste à faire une demande
quantifiée écrite à son agence, (en expliquant brièvement pourquoi il n'est
pas possible d'avoir la demande du pays receveur).
L'agence autorise alors l'acquisition et le transport des produits
requis.Pour être prêt au moment de l'urgence, il faut bien sûr prendre un
accord avec un fournisseur agréé pour ce genre de produits
L'"opérateur" est alors responsable auprès des 2 pays concernés
(exportateur et importateur) du suivi et de la bonne utilisation des
produits qu'il a acquis.

Même si cette procédure exceptionnelle existe, elle est peu utilisée par
les organisations d'urgence car dès qu'il est question de médicaments sous
contrôle, tout le monde pense que c'est impossible à gérer.

Or c'est faux, que ce soit en situation stable, ou en situation de
catastrophe, il est tout à fait possible d'approvisionner des médicaments
sous contrôle même si, il est vrai, c'est un peu compliqué.
Mais il y a une première condition : un professionnel doit en assumer la
responsabilité et il n'y a pas toujours un pharmacien qualifié dans les
organisations impliquées dans l'envoi de médicaments!

On pourrait faire d'ailleurs le même raisonnement avec la qualité des
médicaments envoyés par des organisations ou des financeurs dans les
programmes d'aide: si un professionnel n'est pas chargé d'assurer la
qualité, personne n'en n'assume la responsabilité.
Il est facile d'acheter des médicaments, (et souvent très très loin et
souvent le moins cher possible!) mais quelqu'un doit engager sa
responsabilité sur leur qualité.

Dans ces deux cas (gestion des produits sous contrôle et gestion de la
qualité)le pharmacien a une place qui est liée non pas à un certain
monopole comme on le dit parfois, mais à une  prise de responsabilité.
Comme la pratique de la médecine est confiée à un professionnel de la
médecine, la chirurgie à un professionnel de la chirurgie...!

Carinne Bruneton
Jacques Pinel
ReMeD


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