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[e-med] Le grand virage de la pharmacie humanitaire

Le grand virage de la pharmacie humanitaire
http://www.quotipharm.com/index.cfm?fuseaction=journal.article&DArtIdx=43327
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La disparition de PSF-CI a ébranlé le monde de la pharmacie humanitaire,
tandis que l?interdiction des MNU à des fins humanitaires a forcé nombre
d?associations à se réorganiser. Les missions de solidarité continuent
malgré tout.

MAUVAIS COUP porté au monde vertueux de l?humanitaire pharmaceutique
français, la mort de Pharmaciens sans frontières - Comité international
(PSF-CI), 1ère ONG du genre dans l?Hexagone, aura marquée l?année 2009.
Après 24 ans de bons et loyaux services, l?association s?était en effet
retrouvé en redressement judiciaire au début de l?été, avant d?être placée
en liquidation judiciaire en octobre. Mais la dissolution de l?association à
l?automne 2009 ne signait pas la fin totale de ses activités. En effet,
ACTED (Agence d?aide à la coopération technique et au développement), 3e ONG
française présente dans une trentaine de pays, a été autorisée à reprendre
une partie de ses missions, de ses collaborateurs et son nom.

« Nous avons commencé par une mission au Cambodge, financée par le Fonds
mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui
s?adresse à la population à risque, explique Frédéric Roussel, fondateur et
directeur du développement d?ACTED. Nous finalisons la reprise d?une mission
au Tadjikistan, qui dépend du financement de l?Union européenne. Le but est
de soutenir le ministère de la Santé sur des problèmes de qualité des
médicaments et des centrales d?achat. Nous tentons aussi de relancer des
missions de distribution de médicaments arrêtées courant 2009 au Tchad et en
République Démocratique du Congo. Tout cela est très compliqué dans le cadre
d?une liquidation judiciaire mais nous sommes optimistes. »

« Pansons le monde ».

Comme prévu lors de la décision de justice, ACTED a repris une soixantaine
des collaborateurs de PSF-CI sur les 80 salariés en place, et commence un
recrutement donnant la priorité aux anciens de l?association. ACTED devrait
en effet reprendre davantage de missions de PSF-CI que prévu et va donc
avoir besoin de bras supplémentaires. « Les six premiers mois sont consacrés
à la relance d?un maximum de missions, car nous ne voulons pas que le
savoir-faire de PSF-CI disparaisse. Nous avons été surpris par le
professionnalisme et le sérieux des missions mises en place par de petites
structures locales. »

Une fois que la reprise des missions sera sur les rails, l?ONG se penchera
sur l?articulation entre PSF-CI et ACTED, l?objectif étant de rassembler un
maximum de bonnes volontés et de proposer un modèle de gouvernance solide.
Une grande campagne est prévue d?ici à la fin 2010, intitulée « Pansons le
monde », un slogan de PSF-CI. « Il s?agit d?une campagne grand public que
nous souhaitons récurrente sur 10 ans, ouverte à tous : professionnels de
santé, entreprises, individuels. Nous lançons un appel à toutes les bonnes
volontés que nous espérons réunir au printemps pour parler d?avenir. Nous
voulons nous appuyer sur un réseau de bénévoles le plus large possible »,
ajoute Frédéric Roussel.

Fournisseur officiel.

De son côté, PHI (Pharmacie Humanitaire Internationale) sort tête haute d?un
petit passage à vide, un an après l?interdiction de l?utilisation des MNU
(médicaments non utilisés) à des fins humanitaires. Reconnue association
pharmaceutique humanitaire et dotée d?un établissement pharmaceutique
installé dans le Gard, elle devient le seul fournisseur officiel de
médicaments neufs aux centres de soins agréés tels que Médecins du Monde ou
le SAMU social. « Les associations agréées peuvent passer commande, elles
n?ont rien à débourser tant que les médicaments demandés font partie de la
liste établie avec l?aide d?autres associations humanitaires », rappelle
Jean-Marc Merle, son président.

PHI fonctionne avec une subvention allouée par le fonds national d?action
sanitaire et sociale (FNASS), qui devrait s?élever à 2 millions d?euros pour
2010. Les médicaments qu?elles distribue sont destinés au territoire
national. Sur le plan international, PHI n?a pas eu de réponse concernant
l?aide qu?elle fournissait dans différents pays. « Ce dossier est passé du
ministère de la Santé à celui des Affaires étrangères, qui a confié sa
coordination à l?Agence française de développement (AFD). Or, les projets
que nous aimerions voir financer sont très petits comparés à ce que l?AFD
traite habituellement. »

Les associations locales de PHI qui parviennent à décrocher partenariats et
subventions peuvent continuer leurs missions. PHI incite et aide les autres
à monter des dossiers pour trouver sponsors et financements. Par ailleurs,
l?association compte ouvrir une division internationale au sein de son
établissement pharmaceutique, financée sur ses fonds propres, pour acheter
et revendre des médicaments neufs. Pour autant, Jean-Marc Merle note que,
dans la mesure du possible, mieux vaut acheter sur place pour éviter le coût
de l?envoi d?un conteneur et le risque de détournement, et pour participer à
l?économie locale.

Une autre solution.

L?Ordre de Malte aussi a dû négocier le virage imposé par l?interdiction des
MNU. Une manne qui lui permettait, jusqu?au 31 décembre 2008, d?aider un
million de personnes. Pour compenser l?absence des MNU et assurer la
continuité des soins, l?Ordre de Malte a demandé une aide financière de 2
millions d?euros au gouvernement, restée sans réponse. Pour l?heure, l?Ordre
de Malte négocie avec des grossistes à l?étranger, ce qui lui permet
d?acheter moins cher qu?en France. Une nouvelle dépense en partie compensée
par les économies engrangées par la disparition des centres de tri et de
traitement des MNU.

« Avec l?accord des pouvoirs publics, nous étudions une autre solution avec
les laboratoires pharmaceutiques. L?idée serait de récupérer les médicaments
qui ne seront jamais mis en vente, par exemple parce que le conditionnement
a été abîmé. Le volume devrait être suffisant pour obtenir un résultat
équivalent à ce que nous faisions avec les MNU. Nous avons le statut
d?établissement pharmaceutique, ce qui nous permet de négocier avec les
laboratoires. Reste à trouver un cadre juridique légal », précise Alain de
Tonquedec, directeur de la communication de l?Ordre de Malte. Par ailleurs,
l?Ordre de Malte développe des activités telles que la collecte de lunettes
et de radiographies. « Nous continuons à soutenir les hôpitaux et centres de
soins que nous suivons, nous avons toute une série de missions qui tournent
autour de la santé, telles la reconstruction d?un hôpital à Dakar ou
l?attribution depuis quatre ans de deux bourses de financement de recherche
(applicative et fondamentale) contre la lèpre, appelées Malta Lep. »

Jeunesse et originalité.

Autre association à prendre de l?ampleur, PAH ou Pharmacie et aide
humanitaire. Sa relative jeunesse - 9 ans - est oubliée au profit de son
originalité. L?association a vu le jour après la création du seul diplôme
universitaire (DU) consacrée à la pharmacie humanitaire, dispensée à
l?université de pharmacie de Caen. « Ouvert avant tout aux pharmaciens, mais
aussi aux préparateurs ou aux médecins, ce diplôme s?appuie sur 3 à 4
semaines de formation théorique suivie d?un stage de trois à six mois dans
un pays en voie de développement », indique Dominique Rouffy, trésorière de
PAH et coordinatrice des missions au Sénégal et au Togo. C?est là que
l?association prend tout son sens, pour récolter des fonds et envoyer ces
bénévoles stagiaires en mission, eux-mêmes encadrés par d?autres bénévoles.

Encore peu connue, PAH cherche à sortir de l?anonymat et a lancé, en
décembre dernier, une opération qui se déroulle jusqu?au 31 janvier, «
Prenez de bonnes résolutions en 2010 et aidez-nous à tenir les nôtres ». De
bonnes résolutions, la pharmacie humanitaire française semble en avoir
prises. Tenir compte de l?évolution des besoins, tout en développant les
missions de solidarité, ainsi peut-on les résumer.

? MÉLANIE MAZIÈRE

Le Quotidien du Pharmacien du : 14/01/2010




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