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[e-med] La France s'attaque à la fraude scientifique

La France s'attaque à la fraude scientifique

LE MONDE | 06.02.08 | 14h13  ?  Mis à jour le 06.02.08 | 18h06
http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/02/06/la-france
-s-attaque-a-la-fraude-scientifique_1008067_3244.html

Tapez "fraude" sur Google et le moteur de recherche listera près de 2
millions de pages uniquement liées aux déboires de la Société générale.
Ajoutez "scientifique" et l'écran annoncera seulement 250 000 références.
Moins médiatisés que ceux de la finance, les errements de la science sont
pourtant légion. Les cas les plus célèbres - ceux du biologiste sud-coréen
Hwang Woo-suk, qui avait prétendu en 2004, à partir de résultats truqués,
avoir réussi le premier clonage humain, ou celui du physicien Hendrick
Schön, des Bell Labs, auteur d'au moins seize articles "bidonnés" entre 1998
et 2001 - ne sont que les arbres cachant la forêt.

Le problème est suffisamment sérieux pour que le ministère de l'enseignement
supérieur et de la recherche ait confié à un cadre du CNRS, Jean-Pierre
Alix, chargé des relations science-société, une mission sur "l'intégrité
scientifique". Avec un double objectif : établir un diagnostic et proposer
des remèdes. 

Même si les entorses à la probité sont vieilles comme la science, l'impact
de la recherche moderne sur les sociétés et les économies amène aujourd'hui
institutions scientifiques et gouvernements à s'inquiéter de ce que les
Anglo-Saxons appellent misconduct (inconduite ou écart de conduite). Un
colloque s'est tenu en février 2007 à Tokyo sur ce sujet, à l'initiative du
Forum mondial de la science de l'Organisation de coopération et de
développement économiques (OCDE), suivi, en septembre, d'une conférence
internationale à Lisbonne, sous l'égide de la Fondation européenne de la
science et de l'Office américain pour l'intégrité scientifique.

Les statistiques sur les pratiques frauduleuses sont très lacunaires. En
France, elles sont absentes. D'autant que la ligne de démarcation entre le
péché véniel (présentation de données partielles, emprunt ponctuel à un
autre auteur...) et la faute caractérisée (fabrication de résultats,
falsification ou plagiat) n'est pas clairement définie. Mais, assure M.
Alix, "toutes les études indiquent que ces pratiques sont en augmentation".

Une récente enquête sur le plagiat a révélé, sur les 7 millions d'articles
les plus cités de la base documentaire médicale Medline, 70 000 cas (soit 1
%) de "haute ressemblance" détectée par un moteur de recherche spécialisé.
Une autre étude américaine, publiée en 2005 par la revue Nature, donne à
penser que les manquements à l'éthique sont de beaucoup plus grande ampleur.
Sur près de 8 000 chercheurs du secteur biomédical questionnés sous le sceau
de l'anonymat, pas moins de 33 % de ceux qui ont répondu ont confessé un
comportement coupable au cours des trois années précédentes.

La palette est large : données falsifiées (0,3 %), appartenance non signalée
à une entreprise (0,3 %), pillage d'idées (1,4 %), rapports critiquables
avec des étudiants ou des clients (1,4 %), usage d'informations
confidentielles (1,7 %), omission de résultats contradictoires (6 %),
modification de résultats à la demande d'un bailleur de fonds (15,5 %)...
Les fautes avouées, précise l'étude, sont plus nombreuses en milieu qu'en
début de carrière (38 % contre 28 %), peut-être parce que les occasions de
fraude sont plus fréquentes et le sentiment d'impunité plus assuré.

"Publier, valoriser, communiquer", telles sont les trois pressions qui
poussent les chercheurs à sortir du droit chemin. Avec des conséquences
d'autant plus graves qu'il n'y va pas seulement de la crédibilité de la
science, mais aussi, parfois, d'applications industrielles.

Des pays ont commencé à réagir, par des textes, des codes ou des procédures.
A la National Science Foundation américaine, une douzaine de personnes
traquent la fraude scientifique. En Allemagne, la Deutsche Forschung
Gesellschaft s'est dotée d'une médiatrice pour traiter les litiges.
L'Angleterre a constitué une commission pour l'intégrité de la recherche
biomédicale. Le Danemark, de son côté, a été le premier pays européen à
mettre sur pied un comité contre la "malhonnêteté" scientifique.

La France, en dépit de la création de comités d'éthique ou de déontologie au
sein des principaux organismes publics, "n'est pas en avance sur cette
question", constate Jean-Pierre Alix. Plutôt qu'un rapport voué à finir dans
un tiroir, il prévoit d'organiser un colloque à la fin de l'année, afin de
"sensibiliser et d'impliquer les institutions scientifiques". Tout un
système est à bâtir, permettant le dépôt de plainte, l'examen contradictoire
et la sanction éventuelle.

Mais il croit davantage à la "prévention" et à l'apprentissage de règles de
bonne conduite dès l'enseignement secondaire. C'est dans cet esprit que
l'université de Lyon met à la disposition de ses enseignants un logiciel de
détection des plagiats, dont les étudiants peuvent aussi se servir pour
s'autocontrôler. 

Pierre Le Hir



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