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[e-med] (12)Médicaments de la rue...

Ce sujet est intéressant. Le marché illicite est en fait un problème de 
développement. Partout où les systèmes de solidarité sont fonctionnels, 
notamment les systèmes de sécurité sociale, le marché illicite n'existe pas 
même si le parallèle, lui, peut exister. 
   
Depuis 2 à 3 année, j'ai estimé que la terminologie de lutte contre le marché 
illicite n'était plus adaptée, en raison du fait que cette lutte est perçue 
comme une bataille rangée pour la défense des intérêts d'une catégorie 
professionnelle et non comme une défense de la santé publique. Cette 
terminologie ne permet pas de mobiliser tout le monde. Les prestations des 
professionnels ne tranchent pas totalement avec celles des vendeurs des 
boutiques de médicaments dans certains pays. Vous pouvez trouver des boutiques 
climatisées avec des gens souvent plus attentifs aux clients qu'ils reçoivent 
alors que dans certaines officines, c'est à peine si les mêmes patients se font 
remarquer par les professionnels. La pauvreté extrême en relation avec notre 
culture amène les gens en grande majorité à sauver la face morale en se disant 
qu'il vaut mieux intervenir en faveur d'un parent malade en payant en fonction 
de leurs bourses dans les boutiques de médicaments plutôt que ne rien faire. 
Ainsi ils se font le sentiment d'avoir fait quelque chose pour leurs malades.
   
  Un autre aspect est que quelle que soit la forme de solidarité il faut que 
les adhérents payent. Ce qui ne permet pas forcément d'inclure tout le monde. 
Il y aura toujours des exclus. 
   
Les systèmes de solidarité étant souvent déficitaires et les budgets des pays 
en développement jamais bouclés (toujours en attente de l'aide des partenaires 
au développement), comment faire pour répondre aux besoins de financement du 
déficit des systèemes de solidarité qui seraient mis en place? 
   
Quant aux mutuelles, elles n'incluent souvent que quelques aspects de santé 
mais ne couvrent pas suffisamment les besoins exprimés par les populations 
comme c'est le cas des systèmes de couverture dans le cas des Programmes de 
Maternité sans risque. 
   
Très souvent les populations et les gouvernants sont focalisés sur les aliments 
de base, l'eau et l'électricité plutôt que sur le médicament surtout quand ils 
peuvent reprocher aux professionnels de santé d'être responsables de la chèreté 
des prix des médicaments. 
   
Je pense que ce serait intéressant de parler d'un "Programme d'accès aux 
médicaments pour tous" plutôt que de lutte contre les médicaments de la rue. 
Nous serions mieux écoutés. Depuis plus de vingt ans nous luttons contre les 
médicaments de rue sans beaucoup de succès. Les résultats sont en cas maigres 
dans la majorité des pays concernés. 
   
  Sidiki Diakité, Inspecteur général de la santé et ancien DPM. 
   diakadam@yahoo.fr>

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