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[e-med] (6)Médicaments de la rue : Les enfants, premières victimes (Burkina-Faso)

Chers tous
Je ne me tromperai pas en disant qu'après avoir exprimer notre ras le bol
des discours, déclarations et recommandations sans suite sur le marché
illicite des médicaments, nous en ferons autant bientôt pour nos mails sur
le même sujet. Ce que nous écrivons aujourd'hui a déjà été dit hier, peut
être aussi le jour avant. Jusqu'à présent quelles sont les chances de
réduction du phénomène? Quasiment rien! Cela n'est pas prêt à changer quand
tu considères l'attitude des deux acteurs clés capables d'inverser la
tendance: le politique et les professionnels.
Pour le cas par exemple du Burkina, le politique trouve qu'il a déjà joué
son rôle. Dans l'article de l'Observateur Paalga repris dans e-med qui
ressuscité ce débat, le ministre de la santé estime que "l?engagement de son
ministère s?est traduit par la création du plan national de développement
sanitaire (PNDS), où il est défini un axe stratégique qui vise à améliorer
la disponibilité des médicaments essentiels de qualité et leur
accessibilité". Que peut-on encore attendre de lui? Il a la conscience
tranquille de quelqu'un qui a joué correctement son rôle. L'interpellation
de la présidente de l'Ordre des pharmaciens ne le touche, ni aussi son
collègue de la justice. « C?est l?occasion pour nous d?attirer l?attention
des autorités sur l?exploitation des enfants, et de souhaiter des prises de
mesures énergiques de répression de ce trafic qui, à terme, décimera la
jeunesse, avenir de la nation ; vous comprendrez alors, monsieur le ministre
de la Justice, pourquoi nous vous avons demandé d?être le parrain de cette
journée », avait dit la présidente de l'Ordre. Le ministre de la justice en
réaction a juste "invité sur- le- champ l?ensemble des procureurs du Faso à
veiller à la stricte application de la circulaire n°05-134/MJ/SG/DACPS du 25
mai 2005, relative aux conditions d?exercice de la profession de pharmaciens
au Burkina". Et la messe est dite. Rien à attendre de ce coté non plus.
Peut-être alors du coté des professionnels qui ont mené jusqu'à présent des
campagnes de sensibilisation avec peu de portée. Malheureusement, ils ne
peuvent pas faire plus que cela, parce que selon la présidente de l'Ordre:
"..la répression n?est pas une prérogative du pharmacien, mais de la
puissance publique qui est l?Etat ». Voilà, les pharmaciens veulent réprimer
mais ne peuvent pas, les autorités peuvent réprimer mais ne veulent pas. Ne
nous leurrons pas tant, tant que cet équilibre maléfique ne sera pas brisé
aucune avancée ne sera enregistrée sur le phénomène des médicaments
illicites.
Comment briser cet équilibre maléfique me demanderez vous? "Même si le
pharmacien n'a pas la prérogative de la répression, il a au moins la
prérogative de la pression pour exiger la répression" vous dirais-je.
Autrement dit, les pharmaciens et tous les professionnels de santé doivent
mener des activités de pression dans tous les pays concernés, de manière
unitaire sur les autorités publiques, afin qu'elles jouent leurs rôles. Il
faut savoir limiter les activités "Baume magique" telles que cérémonies
officielles présidées par le ministère de la justice, sous la présidence du
ministère de la santé, parrainée par la première Dame et sous le haut
patronage du Président de la République chef du gouvernement et des armées.
Quelqu'un se posait la question à savoir pourquoi des activités illicites de
ce genre ne se rencontre pas dans certaines professions comme les avocats.
Ce n'est pas parce qu'ils sont plus organisés, c'est parce qu'ils sont plus
décisifs et plus hardis pour la défense de leur profession.
Les autorités peuvent arrêter le marché illicite des médicaments, elles
savent comment faire exactement pour cela. Un fait me conforte dans ma
position. Au Burkina, à l'approche d'une campagne présidentielle, des
cachets d'antalgiques emballés dans de petites pochettes sont apparus dans
les rues des villes et campagnes illustrées des photos du président et la
première dame. L'autorité a laissé progresser le phénomène  jusqu'à ce que
la presse sonne l'alarme. Il a été révélé que certains politiciens
distribuaient ces médicaments illicites, qui avaient un puissant pouvoir
sédatif, en disant aux populations que c'est le président du Faso qui l'a
fait fabriquer pour soulager leur souffrance. Vu la tournure que prenait
l'évènement, sans grands tapages, l'autorité a fait disparaître ces cachets,
que l'on a jamais plus aperçu au Burkina. Seulement, l'action a sans doute
été sélective puisse que les autres produits ont continué à circuler de plus
belle.

Il y a un proverbe de chez nous qui dit: "Si tu prends une mine de chèvre
sois sûr que l'hygiène te poursuivra et te dévorera". Je veux que tous les
professionnels de santé comprennent qu'ils doivent assumer leur
responsabilité de défense de leur profession. 

Simon KABORE
Coordonnateur du Réseau Accès aux Médicaments Essentiels (RAME)
Tel/fax: (226) 50 34 55 32
GSM: (226) 70 24 44 55
E-mail alternatif: simonkabore@gmail.com
04 BP: 2520 Ouagadougou 04
Burkina Faso
Skype: kaboresimon

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