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[e-med] La « plaisanterie » du consentement éclairé

La « plaisanterie » du consentement éclairé
http://www.monde-diplomatique.fr/2007/05/SHAH/14713

A peine un pour cent des Indiens bénéficient d?une assurance-maladie. De ce
fait, la plupart des habitants paient d?avance leurs soins de santé, et les
liens personnels tissés avec le médecin revêtent une importance
particulière. Le rapport de forces entre médecins et patients est ainsi très
différent de ce que l?on observe dans les pays occidentaux.

Selon M. Farhad Kapadia, médecin investigateur à l?hôpital Hinduja de
Bombay, seuls ceux qui « n?ont absolument pas le choix » acceptent de se
dispenser du point de vue d?un médecin et de se soumettre à un protocole
sélectionné de façon aléatoire par un ordinateur ? sans savoir à quelle «
branche » de l?expérimentation ils seront affectés. En d?autres termes, les
personnes qui participent aux essais cliniques sont les plus pauvres, celles
qui vivent dans l?espace social le plus éloigné de tout univers médicalisé.

Les responsables américains de la Food and Drug Administration (FDA) se
disent néanmoins confiants dans la capacité des sujets à se protéger
eux-mêmes, en donnant ou en retirant leur consentement. Pour M. Robert
Temple, directeur médical à la FDA, mettre en question la capacité des
patients démunis à donner un consentement serait une attitude
condescendante. « Il ne faut pas les traiter comme s?ils étaient incapables
d?atteindre leurs propres objectifs », nous a-t-il expliqué. Etre
analphabète et pauvre n?est certes pas un obstacle infranchissable : les
concepts scientifiques utilisés au centre de recherche sont probablement
étrangers à ces personnes, mais ils ne sont pas incompréhensibles.

Des anthropologues médicaux ont trouvé un moyen de vérifier si un
consentement est « éclairé » ou non. En interrogeant par questionnaire
trente-trois participants thaïlandais à un essai de vaccin contre le VIH,
ils ont découvert que trente d?entre eux n?avaient pas été correctement
informés. De même, une étude portant sur l?essai d?un contraceptif réalisé
au Brésil a révélé qu?aucun des sujets n?avait été informé de façon
satisfaisante. Et, lors d?un test réalisé à Haïti sur la transmission du
VIH, 80 % des participants en ignoraient les finalités précises (1).

« Le consentement éclairé, c?est une plaisanterie », va jusqu?à déclarer un
enquêteur à la National Bioethics Advisory Commission. « Comment une
personne qui n?a jamais entendu parler de bactéries ou de virus
pourrait-elle donner son consentement éclairé ? dit un autre. Cette idée de
consentement de l?individu... Cela n?existe pas. Les gens font ce qu?on leur
dit de faire. »

Depuis 2001, considérant que les protections qu?elle garantit sont trop
contraignantes, la FDA tente de prendre ses distances avec la déclaration de
Helsinki. En 2001, elle s?est opposée à l?intégration de nouveaux
amendements limitant les essais avec placebo, et reste hostile à plusieurs
paragraphes de la déclaration. La tendance générale s?est confirmée l?été
dernier lorsque l?Institute of Medicine, l?un des premiers organes
consultatifs des Etats-Unis dans le domaine scientifique, a recommandé de
lever les interdictions de facto qui empêchaient de conduire des essais
cliniques sur des prisonniers et, dans un même élan, a qualifié de « myopes
» tous les défenseurs du consentement éclairé qui pendant des décennies s?y
sont opposés (2).

Sonia Shah.


(1 <http://www.monde-diplomatique.fr/2007/05/SHAH/14713#nh1> ) Punnee
Pitisuttithum (sous la dir. de), « Risk behaviors and comprehension among
intravenous drug users volunteered for HIV vaccine trial », Journal of the
Medical Association of Thailand, Bangkok, janvier 1997 ; Daniel W.
Fitzgerald (sous la dir. de), « Comprehension during informed consent in a
less-developed country », The Lancet, Londres, 26 octobre 2002.

(2 <http://www.monde-diplomatique.fr/2007/05/SHAH/14713#nh2> ) Lawrence O.
Gostin (sous la dir. de), Ethical Consideration for Research Involving
Prisoners, The National Academies Press, Washington, DC, 2006 ; et « Testing
new drugs on prisoners : The easy out », The Boston Globe, 17 août 2006.




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