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[e-med] Sénégal : La tuberculose et le sida, des épidémies jusque-là contenues

DAKAR, le 24 mars (IRIN) - Son expérience en matière de lutte contre la 
tuberculose et un taux de prévalence au VIH assez bas ont permis au Sénégal de 
limiter les cas de co-infection à ces deux épidémies mais le pays reste 
vulnérable, a prévenu un responsable de la lutte contre la tuberculose.

Pour le docteur Cheikh Seck, coordonnateur du plan national de lutte contre la 
tuberculose (PNT), 10 pour cent des patients tuberculeux étaient infectés au 
VIH en 2002 au Sénégal, contre 75 pour cent dans certains pays africains plus 
touchés par l'épidémie de VIH/SIDA, selon l'Organisation mondiale de la santé 
(OMS).

Ainsi, le taux de séroprévalence au Sénégal est estimé à environ un pour cent 
de la population, une situation enviable en Afrique de l'Ouest, où le taux 
moyen d'infection au VIH s'établit à environ cinq pour cent. Quant à la 
tuberculose, l'OMS estime l'augmentation des cas à 0,1 pour cent en 2005.

«On n'a pas cette flambée de la tuberculose, la maladie est prise en charge 
dans l'ensemble des services généraux [de santé]», a dit le docteur Seck à 
PlusNews, ajoutant que l'implication des communautés dans la lutte contre la 
pandémie et «un excellent système de remontée des informations permet de faire 
le point tous les six mois».
 
Première infection opportuniste des personnes vivant avec le VIH, la 
tuberculose a fait un retour en force dans les années 90, accompagnant les 
premiers cas de sida. L'OMS estime dans son rapport 2006 que près de la moitié 
des patients séropositifs développent la maladie et recommande, dès lors, une 
meilleure coordination des réponses nationales.

Au Sénégal, la lutte contre la tuberculose a démarré en 1969, avec la mise en 
place d'une structure devenue «programme national» en 1986, un an après la mise 
en place du programme de lutte contre le VIH/SIDA. Pourtant, il a fallu 20 ans 
pour voir émerger un premier plan d'action intégré TB/VIH, une collaboration 
qui est loin d'être évidente.

«C'est un peu le mariage d'un vieux monsieur avec une jeune demoiselle riche et 
courtisée», a expliqué le docteur Seck, qui a précisé que ce plan, coordonné 
par un comité ad-hoc, devrait être testé en 2006 dans six des 30 districts que 
compte le pays.

Il s'agira «par exemple de proposer un test du VIH à tous les tuberculeux et 
inversement, et de sensibiliser l'ensemble du personnel médical qui ne donne 
pas suffisamment d'informations» sur les deux pandémies, a expliqué le docteur 
Seck. 

Le VIH est un facteur aggravant de la maladie, a-t-il rappelé, car le virus 
affaiblit le système immunitaire du patient qui devient alors très vulnérable à 
la tuberculose : elle est aujourd'hui la première infection opportuniste liée 
au virus, et la première cause de mortalité des patients atteints par le VIH au 
Sénégal.

«On ne meurt pas du VIH mais de la tuberculose», a expliqué le docteur Seck. 

Tandis que le taux de dépistage au VIH est estimé à environ 10 pour cent de la 
population sénégalaise, il atteint 56 pour cent pour la tuberculose, avec un 
taux de guérison de l'ordre de 72 pour cent, selon le docteur Seck.

L'OMS a fixé les objectifs à atteindre d'ici 2010 à 70 pour cent en terme de 
dépistage et à 85 pour cent en terme de guérison, des taux que le Sénégal 
pourrait atteindre à condition de maîtriser l'épidémie de VIH et les 
résistances à la tuberculose, a prévenu le médecin.

<b>Les résistances, de nouveaux défis pour les programmes de lutte</b>

«Il ne faut pas s'endormir sur nos lauriers, la tuberculose reste un problème 
de santé publique, les tranches d'âge concernées sont les populations actives 
d'adultes de 25 à 44 ans et même si le taux de co-infection est peu élevé, nous 
n'arrivons pas à le contenir», a-t-il dit.

Tandis que les personnes infectées par le VIH doivent prendre leurs médicaments 
antirétroviraux (ARV) à vie dès que le sida se déclare, les patients 
tuberculeux sont contraints à un traitement de six à huit mois, qui leur permet 
de guérir dans la plupart des cas. 

Malheureusement, a souligné le docteur Seck, nombreux sont ceux qui abandonnent 
en cours de route. «Dès que le patient se sent mieux, souvent au bout de 
quelques mois à peine, il ne vient plus prendre ses médicaments», a-t-il 
regretté. 

En interrompant leur traitement, les malades prennent le risque de développer 
des résistances aux médicaments de première ligne, ce qui nécessite d'avoir 
recours à des thérapies beaucoup plus coûteuses. 

Ainsi, un traitement pour une infection normale coûte 11 dollars, contre 2 000 
dollars pour une infection multi-résistante, dont les chances de guérison ne 
sont pas garanties.

La Journée mondiale de la tuberculose, le 24 mars, a été l'occasion pour l'OMS 
d'avertir de l'augmentation spectaculaire du nombre de cas de tuberculose 
résistante aux deux premiers antibiotiques habituellement prescrits dans cette 
maladie, qui tue encore près de deux millions de personnes par an.

"C'est une sentence de mort. Si les traitements de première et deuxième 
intention échouent, et que nous n'avons pas d'alternative à utiliser 
immédiatement, c'est une crise", a expliqué vendredi le docteur Marcos 
Espinale, secrétaire executif du partenariat Halte à la tuberculose (Stop TB) 
de l'OMS.

Pour le docteur Seck, les médecins ont une grande part de responsabilité dans 
ces interruptions. «Même dans les structures de soins les tuberculeux sont 
parfois mis en quarantaine», a-t-il reconnu.

D'autres facteurs entrent en ligne de compte, comme la stigmatisation qui 
frappe les personnes tuberculeuses, contagieuses et donc mises à l'écart par 
leurs communautés. 

«Pour ne pas être remarqués, les malades vont dans les soins de santé éloignés 
de chez eux, mais ça leur coûte cher en transport, et au bout d'un moment, ils 
ne viennent plus», a expliqué le docteur Seck. 

Afin de limiter les résistances au traitement et de simplifier la gestion de 
l'infection, le programme prévoit d'introduire une combinaison de quatre 
médicaments en une seule dose, a-t-il ajouté.

Pour les autorités sanitaires, l'objectif est d'obtenir la gratuité de la prise 
en charge des deux épidémies.

Tandis que le dépistage du VIH est gratuit au Sénégal, celui de la tuberculose 
coûte 3 000 francs CFA (5,5 dollars). Le suivi des patients infectés par le VIH 
est payant (de l'ordre de 5 200 francs CFA, 9,5 dollars), alors qu'il est 
gratuit dans le cas de la tuberculose.

Mais le docteur Seck est confiant, le Sénégal parviendra à éradiquer la 
tuberculose d'ici 2050, comme l'a souhaité l'OMS. «Nous y arriverons», a-t-il 
affirmé.

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