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[e-med] Lutte contre le sida: la société civile doit réagir

E-MED: Lutte contre le sida: la société civile doit réagir
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Magasine mensuel de santé " VOTRE SANTE " n° 0084 juin 2003, page 25

LUTTE CONTRE LE SIDA : FACE AU PROTECTIONNISME DES PAYS RICHES ET L?
ATTENTISME DES PAYS PAUVRES, LA SOCIETE CIVILE DOIT REAGIRE

Les Pays pauvres devant les ravages de la pandémie du sida continuent d?
appliquer des politiques attentistes face au phénomène. Le sida a mis sur le
débat public un sujet naguère réservé aux spécialistes et à quelques ONG
internationales : c?est la question de la protection des brevets et l?accès
des pays pauvres aux médicaments. Nous avons tous assistés au dénouement du
procès de la honte que se préparaient à livrer les laboratoires
pharmaceutiques contre le gouvernement sud africain, nous avons sans doute
entendu aussi parler de la conférence ministérielle de l?OMC à Doha au Qatar
où il y a été question entre autres de réaménager les ADPIC (Accords sur les
Droits de Propriétés Intellectuelles touchant au Commerce) pour favoriser l?
accès des pays pauvres aux médicaments. Un accord, stipulé dans ce qu?on a
nommé la Déclaration de DOHA, avait été trouvé pour les PVD (Pays en Voie de
Développement) et les PMA (Pays les Moins Avancés) disposant de capacité de
production, c?est-à-dire entre autres du Brésil, de l?Inde, du Maroc. Cette
Déclaration leur permet pour des raisons de santé publique de lever le
brevet de certains médicaments pour les produire sur place, essentiellement
pour leur marché intérieur. Un prolongement de la période dont bénéficient
ces pays pour ce conformer aux règles de l?OMC a été également obtenu. Ces
pays ont alors jusqu?en 2005 pour se conformer.
Cela étant, lorsque les pays génériqueurs vont se soumettre entièrement aux
ADPIC, soit en janvier 2005, les limites qui leur seront imposées ne leur
permettront plus en pratique d?exporter leurs produits, notamment les copies
d?ARV (Anti Retro Viraux) qui sont largement moins chers par apports aux
spécialités, dans les PVD et les PMA n?ayant pas de capacités de production.

Pour ces derniers un comité a été mis en place pour réfléchir sur des
mesures adéquates à prendre pour leur permettre d?avoir accès à des
médicaments moins chers. Ce comité devrait remettre les conclusions de ses
travaux au conseil des ADPIC en décembre 2002. Malheureusement, au moment où
143 pays sur les 144 que compte l?OMC ont trouvé un consensus, les USA ont
renoncé à la signature du document final sur des questions relatives au
nombre de maladies couvertes par les dits accords ainsi que des pays
bénéficiaires. Cela a provoqué un enlisement des débats jusqu?à nos jours.
Comme on le voit, l?impérialisme américain ne se manifeste pas seulement
contre l?Irak. Il ne se manifeste pas seulement aussi dans le domaine du
pétrole ou de l?armement. Il se manifeste aussi dans le domaine
pharmaceutique contre tous ces pays pauvres où des centaines de milliers de
personnes meurent du SIDA faute de soins parce que les médicaments coûtent
chers. Bien que ce dernier domaine ne fasse pas la une de l?actualité, nous
la trouvons plus criminelle. Avec ses millions de victimes dans le monde, le
SIDA n?est-il pas une des armes de destruction massive la plus meurtrière au
monde. Des contestations publiques encore plus fortes que celle organisée
par les associations de jeunes contre la guerre en Irak doivent dénoncer l?
attitude des USA contre l?accès des pays pauvres aux médicaments moins
chers, dont notre pays est directement concerné. Nous saluons l?initiative
de ces marches de protestation contre la guerre en Irak, mais nous pensons
que ces organisateurs peuvent continuer sur leur lancée pour dénoncer le
blocus américain sur l?accès de notre pays aux médicaments contre le Sida,
qui fera plus de victimes dans notre pays que la guerre en Irak.

Mais bien que nous déplorons le comportement de certains pays riches qui
privilégient l?intérêt de leurs lobbies pharmaceutiques au détriment des
millions de vies des malades des PVD, nous regrettons aussi le manque d?
empressement de nos dirigeants pour exploiter pendant qu?il est encore temps
les possibilités offertes par la déclaration de Doha. Des mesures auraient
pu êtres prises, au nom de cette déclaration pour un traitement massif des
malades du sida. Malheureusement, le constat, en ce qui concerne notre pays,
jusqu?à de nos jours est décevant : des déclarations d?intentions, des
structures nationales de lutte inefficaces, absence d?une politique
nationale adaptée de prise en charge des PVVIH, quelques associations qui
essayent de pallier cette absence en initiant des micro-programmes de prise
en charge. Les résultats sont là : environs 100 000 personnes attendent les
traitements en ARV, seules environs 600 en ont actuellement accès, soit 0.6
% de couverture.
L?introduction des copies d?ARV dans notre pays est au stade primaire alors
qu?en 2005 nous ne pourrons plus bénéficier des opportunités offertes
actuellement par la Déclaration de Doha. Tout se passe comme si nos pays
attendaient tranquillement l?échéance 2005 pour utiliser cela comme un
argument justifiant leur léthargie.

Les malheurs des malades du sida en matière d?accès aux soins se situent
essentiellement alors en trois niveaux : les politiques protectionnistes des
pays riches, les politiques attentistes des dirigeants nationaux, l?absence
de pression des associations de lutte contre le sida et de l?ensemble de la
Société Civile.

Chacun de nous peut alors situer sa propre responsabilité dans ce drame que
nous vivons tous. Individuellement chacun de nous peut jouer un grand rôle
actif dans l?action de la Société Civile pour réveiller nos dirigeants qui
sont à la traîne des opportunités de lutte et infléchir la position
radicalement mercantile des pays riches. Il est encore temps d?agir si non,
nous ne serons pas moins coupables que les protectionnistes ou les
attentistes.

Simon KABORE
BP : 300 Koudougou
BURKINA FASO
simonkabore@hotmail.com
Tel: (226) 244455
Fax: (226) 440215


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