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[e-med] (2)LE SIDA IMPOSE UNE AUTRE POLITIQUE DE SOLIDARITE INTERNATIONALE

INTERNATIONALE
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E-MED:(2)LE SIDA IMPOSE UNE AUTRE POLITIQUE DE SOLIDARITE INTERNATIONALE
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Merci à Nordsud de nous proposer de signer un texte qui incite Jacques
Chirac à respecter ses engagements et pousser le G8 en faveur d'une "autre
politique de solidarité internationale" notamment pour ce qui concerne
l'épidémie de sida et l'accès aux traitements. Cette démarche est capitale,
nous ne nous adressons pas assez aux décideurs dans ce domaine. C'est la
situation sanitaire des pays en développement dans son ensemble bien sur, et
la situation des populations tout court, qui méritent qu'on réfléchisse à
une autre politique de solidarité internationale. D'autant plus maintenant
qu'elle se programme dans les années à venir comme étant une aide financière
quasi-exclusivement budgétaire et étatique.

Mais si l'on ne considère, à l'intérieur de ces pays, que la seule épidémie
de sida, malheureusement, votre analyse manque d'éléments plus pertinents et
plus concrets, à la fois pour ce qui concerne les déterminants de la
propagation de l'épidémie et ce qui pourrait fonder une nouvelle approche
stratégique. De mon point de vue, l'angle financier, certes nécessaire, est
bien insuffisant pour s'attaquer à l'épidémie de sida en Afrique. Or c'est
le seul qui soit exclusivement médiatisé toujours (voir les articles dans la
presse) et repris éternellement aussi par les professionnels, qui savent
pourtant les énormes contraintes liées aux minces capacités d'absoption des
pays, contraintes jamais analysées par les financiers soucieux pourtant,
avant tout, de décaisser leur aide publique.

Ne tombons pas dans ce piège de tout analyser en termes de montants
financiers nécessaires. Oui bien sur il faut des financements, mais pour
faire quoi et comment les utiliser, surtout quand ils sont gérés par les
Etats? Je ne parlerai que de l'Afrique car c'est le terrain que je connais
le mieux. Ce sera forcément incomplet, nous ne pouvons pas débattre par
écrit, permettez une petite contribution à votre texte:

    1- sur les déterminants de l'épidémie:
il me semble que la réduction des financements publics que vous résumez en
parlant "d'explosion de la dette extérieure, des politiques d'ajustement
structurel du FMI et de la BM et de la privatisation de la santé", est loin
de résumer ce qui fait le lit de l'épidémie en Afrique. L'épidémie de sida
se propage en Afrique du fait de tout ce qui fait dès l'âge de 10 ans la
condition sexuelle des filles et des jeunes femmes, y compris la
prostitution pour survivre; du fait bien sur de l'ignorance et de
l'analphabétisme d'une immense majorité de la population, qui conditionnent,
pas seulement l'information, mais ce qu'on en fait et les comportements
qu'on choisit (ou pas) en fonction de références à un système de valeurs
transmis par les parents, la famille et la nécessaire intégration à sa
société; l'épidémie se propage là où les droits humains les plus
élémentaires sont violés c'est à dire partout, là où les citoyens n'ont pas
droit à la parole, c'est à dire dans la majorité des capitales et dans
toutes les zones rurales, etc. Une nouvelle approche stratégique doit
interroger le droit et la capacité à s'exprimer des citoyens, les fondements
de la démocratie, la politique dans le sens le plus éthymologique du terme;
le sida trouve son compte là où les MST ne sont pas dépistées et traitées
c'est à dire partout (on ne le dira jamais assez, on le sait pourtant, mais
qu'est-ce qui est fait pour cela, après que ce fut la mode dans les années
90, où en sont les activités de dépistage et de traitement précoces des MST,
quelles en sont l'ampleur à l'échelle nationale, etc.

    2- sur une nouvelle approche de solidarité internationale, pensez-vous
donner avec ce texte des arguments concrets à Jacques Chirac pour orienter
les politiques et stratégies de lutte contre le sida? Vos suggestions sont
aussi floues que les stratégies en cause. Vous dites ceci: "lutter contre
l'épidémie de sida, en y consacrant les moyens adaptés, en laissant les
États mettre en oeuvre les mesures les plus efficaces localement pour
protéger leurs populations, en permettant aux communautés d¹exiger le
respect de leurs droits et d¹obtenir de leurs gouvernements la mise en place
de politiques adaptées", etc.

La question n'est pas là, on est tous d'accord avec ça, les décideurs ici le
disent eux-mêmes, la question est comment on fait cela et les propositions
concrètes doivent porter sur le COMMENT: comment on fait évoluer un système
de valeurs, comment on instaure un partenariat, accepté des professionnels
de santé eux-mêmes, entre les services publics de soins et les associations
de personnes séropositives, comment on amène des citoyens à revendiquer des
droits et être exigeants sur des politiques: mesurez-vous tout ce qui manque
à ces populations pour même penser qu'elles sont en position de dire quelque
chose à leurs gouvernants ou élus? Mesurez-vous la menace qui pèse sur les
personnes qui veulent s'organiser, s'exprimer, bousculer les pouvoirs en
place, vous qui vivez dans les pays "libres"? Connaissez-vous les
différentes formes que prend cette menace?

Les associations d'usagers, qu'ils soient séropositifs ou autres, ont un
énorme besoin d'appui institutionnel, mais pas seulement pour réclamer des
traitements, mais pour faire que ce ne soit pas les trois mêmes personnes
qui pendant 10 ans portent des activités à la fois associatives et de
terrain et s'épuisent. Or ces appuis aux petites associations du Sud sont
bien irrégulières, très peu prises en compte par les nouvelles formes de
financements y compris dans le cadre du Global fund; ça c'est quelque chose
à faire concrètement et pas de loin, sur place tous les jours.

Par ailleurs, sur le seul domaine de la prise en charge des malades, il me
semble que la question ne se résume pas non plus à l'accès aux traitements
ARV (qui est un moyen), mais à comment on met en place à l'échelle d'un pays
et pas des seules capitales, les conditions qui permettent que les patients
et leurs familles, soient épargnés, ou sinon dépistés, suivis, et que ces
traitements soient prescrits à tous ceux qui sont éligibles et pas seulement
à une poignée selon des critères de restriction qui sont inacceptables.

Comme il est inacceptable de lire de votre part que "95% des 40 millions de
personnes touchées par le sida dans le monde sont condamnées à mort parce
qu'elles n'ont accès à aucun traitement". C'est inacceptable parce que c'est
faux: il y a de nombreuses personnes séropositives en vie en Afrique sans
traitement depuis des années et qui sont encore non éligibles au traitement
selon des critères biologiques et très actives sur le terrain. Je ne leur
souhaite pas de vous lire sur ce point quand justement il s'agit de changer
là-bas la perception de la séropositivité et des liens sida-mort, y compris
et surtout chez les professionnels de santé!
Sans parler du fait que ce n'est pas le nombre de morts africains, puisqu'il
s'agit pour les 3/4 de ce continent, qui motivent les politiques à orienter
leurs stratégies en Afrique, contrairement à cette donnée chez les
occidentaux, où il suffit de quelques-uns.

J'attendais un texte moins standard, moins limité aux aspects financiers,
plus précis sur le comment on s'y prend face à ces réalités car c'est
exactement ce qui manque à nos décideurs et c'est là notre place.

amitiés à tous
dominique kerouedan

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