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[e-med] de la dépigmentation artificielle par les corticoïdes

E-MED: de la dépigmentation artificielle par les corticoïdes
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Complications médicales de la dépigmentation artificielle :
Des dermatologues sonnent la mobilisation

Le Soleil (Dakar)
4 Mars 2003
Publié sur le web le 5 Mars 2003
http://fr.allafrica.com/stories/200303050021.html
Par Maïmouna Gueye

Des images fortes, frappantes, saisissantes ... Des images qui ont fait tilt
jusqu'à créer une réaction hostile face à toute idée de pratiquer la
dépigmentation artificielle. Visage, dos, torse, cou, pieds, bras, aisselles
tout est altéré par l'usage abusif de produits dépigmentants.

Avec au finish, une peau pas du tout gai à voir. Contrairement à l'effet
d'embellissement, unique but recherché par les pratiquants de la
dépigmentation artificielle. Il en fallait, au-delà des études réalisées çà
et là, pour étayer les complications médicales de la dépigmentation
artificielle communément appelée « khessal ». Des dermatologues, membres de
l'Association internationale d'information sur la dépigmentation
artificielle (AIIDA), sonnent la mobilisation. Thème choisi samedi dernier
par l'Association internationale d'information sur la dépigmentation
artificielle (AIIDA) pour sensibiliser les communicateurs, sur les effets ou
conséquences désastreuses que peut engendrer la pratique du « khessal ».
C'était lors d'un atelier organisé à l'intention des journalistes, eux qui
doivent servir de relais aux populations.

Depuis quelque temps, on a noté que les complications liées à la pratique du
« khessal » vont crescendo au regard des chiffres sortis d'une étude
rétrospective, sur une durée de 53 mois ; étude réalisée par le Dr Mame
Thierno Dieng, sur les dermo-hypodermites bactériennes et la dépigmentation
artificielle. Il s'est agi, pour le médecin, d'interroger des patientes, sur
les produits utilisés, la surface sur laquelle ces produits étaient
appliqués, la durée d'utilisation Au cours de cette courte période
d'observation, il a été relevé 60 cas de complications relatives aux
dermo-hypodermites bactériennes contre seulement 2 en 1976, révèle le Dr
Mame Thierno Dieng qui en tire la conclusion selon laquelle, il sévit
maintenant une véritable épidémie de dermo-hypodermites bactériennes.

CAUSES D'HOSPITALISATION, DE DECES

Suivant cette logique, elles constituent les premières causes
d'hospitalisation en dermatologie. Et dans 80 % des cas, elles sont guéries
si elles sont traitées. Mais, souligne Dr Mame Thierno Dieng, on a eu à
noter deux cas de décès relatifs aux dermo-hypodermites bactériennes qui
peuvent avoir des conséquences esthétiques, des effets trophiques avec une
modification de la texture de la peau Entre autres complications très graves
pouvant même occasionner des brûlures, conduire au coma, puis à la mort. Des
situations qui découlent de l'utilisation prolongée de certains produits
très puissants à base de clobetasol qui favorisent la fragilisation de la
peau. À partir de cet instant, le produit peut passer dans le sang avec les
dangers que cela peut engendrer.

CORTICOÏDES, DERIVES MERCURIELS, DETERGENTS

Les produits utilisés, notamment les corticoïdes qui sont des médicaments
détournés de leur usage et retrouvés sur le marché sénégalais et qui
n'obéissent à aucune réglementation, peuvent également engendrer en dehors
des dermo-hypodermites bactériennes, des complications médicales.
D'ailleurs, soutient Dr Fatimata Ly, présidente de AIIDA, 52,7 % des
complications dermatologiques ont des causes médicales, d'après une étude
effectuée à l'Institut d'hygiène social (IHS) de Dakar. Et elles se
manifestent sous forme de troubles pigmentaires avec une hyperpigmentation
de contraste au niveau des orteils et des doigts, d'acné, de vergetures
Différentes manifestations ressorties par le Dr Assane Kane qui est
longuement revenu dans sa communication sur les produits utilisés que sont
les corticoïdes, des dérivés mercuriels, phénoliques ou mercapto-aminés à
base de détergents. D'où les complications de nature infectieuse dégagée par
Dr Fatimata Ly. Il s'agit notamment de la gale avec un pourcentage de 58 %
dénombré à l'IHS, au cours de l'année 2000. À côté, note la présidente de
AIIDA, il y a les dyschromies qui sont des altérations de la pigmentation
cutanée dont la plus caractéristique demeure l'ochronose exogène bien connue
sous le vocable de « tiéré » par analogie au semis de lésions brunes
siégeant sur les zones exposées au soleil.

DIABETE, HYPERTENSION, COMPLICATIONS RENALES...

Évidemment, il n'y a pas que des complications dermatologiques ou médicales
liées à la pratique du « khessal». Des complications générales, comme le
diabète, l'hypertension artérielle, ont été relevées. Et « ces maladies
seraient plus fréquentes chez les pratiquantes de la dépigmentation
artificielle avec des produits à base de corticoïdes que chez celles qui
n'en utilisent pas », affirme Dr Fatimata Ly. À côté, il y a les
complications rénales, les neuropathies, occasionnées par l'utilisation de
produits à base de mercure et les complications au cours de la grossesse. En
effet, constate la présidente de AIIDA, « l'utilisation de produits
dépigmentants au cours de la grossesse s'accompagne d'accidents
obstétricaux, un renforcement de la pratique étant souvent noté lors du
dernier trimestre ».

DES CHIFFRES QUI PARLENT

Entre « khessal » (blanchiment) ou « léral » (éclaircissement), le coeur des
pratiquants de la dépigmentation artificielle balance. Qu'importe, le taux
de prévalence resté élevé au Sénégal avec 70 %, contre 25 % pour le Mali,
relève Dr Fatimata Ly, présidente de l'Association internationale
d'information sur la dépigmentation artificielle (AIIDA).
Rien que pour le quartier de Niary Tally, représentatif de la population de
Dakar, une étude effectuée en 1999 fait état de 67 % de pratiquantes. Ce qui
dénote de l'importance épidémiologique du phénomène.

ESTHETIQUE, MODE, THERAPIE

Pour illustrer son propos, Fatimata Ly révèle que sur un échantillon de 368
femmes qui avaient au moins 16 ans, plus de la moitié (51 %) pratiquait la
dépigmentation artificielle. Alors que 91 % des femmes interrogées
penchaient pour un « léral », les 9 % restants disaient non à un réel
blanchiment de la peau ou « khessal ».

Tel est le résultat d'une enquête menée à l'Institut d'hygiène social (IHS)
en 2000, par la présidente de (AIIDA). Qu'importe la raison évoquée, la
principale motivation est d'ordre purement esthétique (89 % des cas) contre
11 % de femmes qui se dépigmentaient au cours de cette période de recueil de
données (2000) pour un but thérapeutique. Des statistiques qui balaient d'un
revers de la main toutes considérations faisant de la dépigmentation
artificielle « une pratique relevant d'un traumatisme post-colonial, d'un
complexe d'infériorité vis-à-vis de la race blanche ».

L'augmentation de la pratique est notée pendant la grossesse, notamment au
cours du dernier trimestre (18 %). Ainsi, 41 % des cas ont une relation avec
un évènement à caractère social. Et dans 18 % des cas, un événement social
comme le mariage ou le baptême est souvent retrouvé comme facteur
déclenchant.

5 MILLIARDS PAR AN POUR L'ACHAT DE PRODUITS DEPIGMENTANTS

Ce sont 117 marques de produits que l'on retrouve sur le marché.
Chaque mois, une pratiquante peut utiliser jusqu'à 4 tubes de produits
dépigmentants. Soit entre 15 et 350 grammes pour une valeur se situant entre
2.500 à 25.000 F CFA par mois. Ces sommes cumulées font état des dépenses
liées à l'achat de produits dépigmentants pouvant aller jusqu'à 5 milliards
par an, soutient Dr Fatimata Ly, présidente de AIIDA.

Par rapport au contrôle de l'autorité publique sur l'importation de produits
destinés au « khessal » et évoqué par certains participants, le chef du
service Dermatologie de l'IHS pense que la législation doit jouer son rôle
dans la réglementation des produits distribués.

Au regard des conséquences dévastatrices liées à la pratique de la
dépigmentation artificielle retrouvée dans toutes les couches de la
population indépendamment du statut socio-professionnel, du niveau
d'instruction, de la religion, une participante à l'atelier de
sensibilisation sur les complications médicales liées à la DA recommande de
valoriser davantage la peau noire. Au lieu, dit-elle, de juste se limiter à
dégager les conséquences. Seulement, note le chef du service Dermatologie de
l'IHS « tout discours moralisateur, toute tentative répressive sont voués à
l'échec. Il faut sensibiliser et éviter la stigmatisation ».

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