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[e-med] Revue de presse sur les ARV

E-MED: Revue de presse sur les ARV
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N° 559 07/12/2001
Impact du médecin (Paris)

Sida : Premières trithérapies en Afrique du Sud
Quatre-vingts patients sous antirétroviraux dans toute l'Afrique du Sud.

Si ridicules que puissent paraître ces chiffres, ils représentent le seul
programme d'accès aux trithérapies dans le secteur public d'un des pays les
plus touchés au monde. Reportage dans le township de Khayelitsha, près du
Cap, avec Médecins sans frontières.


« J'ai l'impression que je viens de sortir de la tombe. » La remarque de
Bukiwe, jeune sud-africaine sous trithérapie depuis trois mois, tombe comme
un couperet. Un plaidoyer sans appel pour les antirétroviraux.
Aujourd'hui, Bukiwe ne rêve que d'une chose : que sa fille de un an puisse
bénéficier du même traitement. Ils sont à peine 80 dans toute
l'Afrique du Sud à avoir la chance de pouvoir accéder aux antirétroviraux -
hormis bien évidemment les plus riches, qui ont les moyens de payer une
trithérapie 1 000 francs par mois dans le secteur privé. Les pauvres n'ont,
eux, pour toute issue, que le programme de Médecins sans frontières.
Installé dans le plus grand township de la ville du Cap, MSF a démarré en
mai un programme d'accès aux antirétroviraux dans trois cliniques de
Khayelitsha. Financé sur les fonds propres de l'ONG, ce projet pilote de
cinq ans doit intégrer 180 patients. Cette ambition peut sembler dérisoire
au regard des 40 000 séropositifs que compte Khayelitsha. Mais MSF veut
 avant tout démontrer qu'il est possible de dispenser ces traitements à des
prix abordables et ainsi, inciter les politiques à inverser la vapeur »,
prévient le Dr Eric Goemaere, chef de mission.

Pour en apporter la preuve, MSF va devoir combattre nombre d'a priori, et
notamment celui qui voudrait que ces patients soient incapables de suivre un
tel traitement. Bukiwe, Aupruy et Ntombiz ont donc en effet été
scrupuleusement choisis avant de recevoir leurs premiers comprimés (voir
ci-contre). En première intention, il leur sera prescrit AZT + 3TC +
Névirapine ou Efavirenz. Le sur-mesure, ce n'est pas pour tout de suite.
 Dans un souci de reproductibilité, nous avons dû standardiser les
traitements, explique le Dr Françoise Louis, généraliste en mission pour
MSF. A l'avenir, ce sera aux infirmières de prendre en charge ces patients,
parce que les médecins manquent cruellement. »

Un suivi intensif
Veliswa, infirmière, travaille depuis près de un an avec MSF, et grâce à
cette standardisation, elle se sent plutôt à l'aise. Elle procède aux
examens, aux prélèvements sanguins, fait du conseil et des visites à
domicile. « C'est un travail très exigeant parce qu'il faut être performant
techniquement et socialement. Mais la standardisation nous guide bien. Et
dès que je suis face à un cas difficile, je le réfère au médecin. » Joy, sa
consoeur, est en plein apprentissage. Quand elle réalise une prise de sang,
elle avoue un certain malaise : « Je dois à la fois faire attention et
mettre le patient à l'aise ».
Si cette attitude lui semble encore difficile à adopter, elle a en revanche
bien intégré les différentes étapes du suivi biologique. Il n'est pourtant
pas réduit à sa plus simple expression. « Nous n'avons voulu prendre aucun
risque, avoue le Dr Goemaere. Pour ne pas se retrouver  vec des résistances
ou des patients en échappement, nous avons opté pour un monitoring plutôt
intensif. » Une charge virale à trois mois, à six mois puis deux fois par an
; un comptage des CD4 et des enzymes hépatiques tous les six mois ; des
contrôles du foie, du rein et du pancréas très réguliers pour les
traitements en seconde intention... « Nous pourrions supprimer la charge
virale à trois mois, concède le Dr Louis. Et il le faudra sûrement plus tard
pour faire des économies. » Pour le moment, il faut encore combattre les
accusations du président Thabo Mbeki, qui prétend que les ARV sont aussi
toxiques que le sida.

C'est pourquoi « les premiers patient sont une peur bleue des effets
secondaires », déclare le Dr Goemaere. Bukiwe reconnaît « avoir tremblé à la
lecture de la longue liste des inconvénients de ces médicaments ».
« Mais je n'avais pas d'autre solution. » Et peu à peu, le message commence
à passer. Dans la petite salle d'attente de la clinique, les patients ne se
regardent pas en chien de fusil. La stigmatisation reste à la porte. Ils
sont une quinzaine et ils savent tous que chacun d'entre eux est
séropositif. Les patients sous trithérapie ne cachent pas leur enthousiasme.
« Il ne faut pas croire ce qui est écrit sur les effets secondaires, dit
l'un d'entre eux. Grâce à ces pilules, on reprend vie.

» Résultat : « Pour avoir accès aux ARV, certains prétendent habiter à
Khayelitsha », déclare une conseillère de MSF.
L'équipe de MSF le sait bien : la demande va se faire de plus en plus forte.
C'est pourquoi l'ONG cherche tous les moyens de pérenniser ce projet pilote.
Outre la standardisation du traitement et la simplification future du suivi
biologique, des démarches sont en cours pour introduire des génériques.
 Actuellement, nous nous fournissons dans les pharmacies locales et payons
environ 40 francs par jour pour une trithérapie, déclare le Dr Goemaere.
Avec des génériques, nous pourrions abaisser le coût à 8,80 francs. » La
province du Cap a déjà planifié trois nouveaux sites comme celui de
Khayelitsha. Et la brèche a de fortes chances de s'agrandir. Avec 50 % des
lits d'hôpitaux occupés en Afrique du Sud par des malades du sida,
l'addition est de plus en plus lourde. Les arguments économiques pourraient
cette fois venir au secours de la santé.

PAR NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE AU CAP, CÉCILE COUMAU

Des patients triés sur le volet

La principale originalité du programme d'accès aux trithérapies de MSF
réside dans la sélection des patients. « Les critères sont à la fois
médicaux et sociaux, explique le Dr Goemaere. Nous prenons en charge les
patients qui ont un nombre de CD4 inférieur à 200 par mm3. Si nous adoptions
les standards occidentaux, soit 350 CD4, nous serions tout simplement
incapables de faire face. » En outre, les malades doivent déjà avoir
fréquenté les cliniques MSF depuis au moins trois mois, et avoir été à
l'heure à quatre rendez-vous. Enfin, une visite à domicile est effectuée
pour s'assurer qu'ils ont révélé leur maladie à leur entourage, pour les
informer du traitement, mais aussi pour trouver un « assistant de
traitement » qui sera là pour soutenir le patient dans les moments
difficiles. Enfin, un comité de sélection choisit les quinze
nouveaux patients qui intègrent chaque mois le dispositif. L'urgence, la
situation familiale, la personnalité et le niveau de revenus sont passés au
peigne fin. « Les refus concernent le plus souvent des personnes seules et
peu déterminées, avoue le chef de mission de MSF. Nous avons eu aussi
quelques cas d'extrême pauvreté. Or, des pilules sur des ventres vides, ce
n'est pas possible. La décision est difficile à prendre, car c'est une
question de vie ou de mort. » C'est à ce prix que la compliance sera au
rendez-vous. A ce jour, deux patients seulement ont abandonné en cours de
traitement. Et c'est aussi à ce prix que l'ONG pourra faire sa démonstration
au gouvernement sud-africain. MSF n'oublie pas son statut humanitaire et
accepte en majorité des patients ayant moins de 50 CD4 par mm3. Le Dr
Goemaere reconnaît tout de même qu'un homme dans une salle d'attente l'a
déjà interpellé pour lui dire que « ces critères étaient inacceptables ».
Discutable sur le plan éthique, cette sélection pourrait essuyer d'autres
critiques.

Impact Hebdo numéro 559 page 48 - 1245 mots.

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SIDA en Afrique: Prévention ou traitement ?

Wal Fadjri (Dakar)
18 Décembre 2001
Publié sur le web le 18 Décembre 2001

L'accès des malades aux médicaments anti-rétroviraux a constitué la grosse
revendication formulée par les délégués des communautés "sidéennes" et par
les officiels des pays représentés à la Conférence internationale sur le
sida qui vient de s'achever.

La 12e Conférence internationale sur le sida et les maladies sexuellement
transmissibles en Afrique vient de s'achever à Ouagadougou.
L'accès des malades aux médicaments anti-rétroviraux a constitué la grosse
revendication formulée par les délégués des communautés "sidéennes" et par
les officiels des pays représentés. Selon le Dr Abdelkader Bacha,
coordonnateur d'Enda-santé communautaire, les Africains ont d'autant plus
raison de se battre à ce niveau que sur les 16 000 personnes infectées
chaque jour par le Vih à travers le monde, 12 000 viennent du continent.
Ainsi faudrait-il comprendre l'appel lancé par le représentant spécial de
Kofi Annan pour le sida en Afrique.
Stephen Lewis invite les "dirigeants africains à dire au monde entier qu'ils
sont à bout de patience et (que) le monde doit réagir".

Mais, en fait de réaction, l'Afrique a-t-elle les moyens, pour "combattre
efficacement le sida", de débourser 10 fois plus que les 500 millions de
dollars consacrés annuellement à lutter contre le Vih ? La réponse est loin
d'être évidente, car de réelles divergences existent au sein même des
bailleurs occidentaux. Appuyée par le Danemark et la Finlande, entre autres
récalcitrants de taille, la Grande-Bretagne souhaite en effet que le "Fonds
mondial sida et santé" ne soit pas alimenté à hauteur de plus d'un milliard
de dollars. Le raisonnement britannique repose en partie sur une conviction
: celle qui voudrait que l'Afrique ait plus besoin de moyens de prévention
que de traitement
contre le virus, ce qui demande moins de dépenses. Ce à quoi un autre pôle
de pays européens, conduits par la France, est "moralement" opposé.
"Quand on veut tout investir dans le champ de la prévention, cela
signifie-t-il, clairement, qu'il faut oublier ceux qui sont déjà touchés par
la maladie alors même que des traitements existent ?", s'interroge Bernard
Kouchner, ministre délégué à la Santé.

Mais parler de prévention et de traitement du sida aujourd'hui en Afrique,
c'est fatalement soulever le "cas" représenté par l'Afrique du Sud et son
président Thabo Mbeki. Dans ce pays qui compterait 4,5 millions de malades
et où le Vih serait la cause de 40 % des décès de personnes âgées entre 15
et 50 ans, les pires projections sont brandies par les experts. C'est ainsi
qu'on avance le chiffre effroyable de 6 millions de morts d'ici l'an 2010 si
le successeur de Nelson Mandela ne revient pas à la réalité d'une situation
catastrophique. Selon Abdelkader Bacha, la position sud-africaine concernant
l'origine du sida et le rôle du Vih est "malheureuse". Mais, poursuit-il,
"il faut saluer
aussi l'autre position, celle qui a mené la guerre contre les puissantes
industries pharmaceutiques pour un accès aux médicaments".

En appelant les dirigeants africains à "appeler un chat un chat", l'ancien
président du Ghana, Jerry Rawlings, rejoint Mandela dans son diagnostic.
"Les pays africains qui ont réussi à faire baisser le niveau du sida sont
ceux où le président a pris la tête de la lutte contre la maladie". Clin
d'oeil au Sénégalais Abdoulaye Wade, à l'Ougandais Yoweri Museveni et au
Nigérian Obasanjo, particulièrement. Et ce sont peut-être là les prémisses
d'une vraie prise en charge politique de la maladie du sida.

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ILE MAURICE : Soins gratuits pour les porteurs du VIH/SIDA à Maurice en
2002


  Port Louis, Maurice (PANA) -  Les séropositifs mauriciens  pourront se
procurer des antirétroviraux gratuits à compter du premier trimestre de 2002
grâce au ministère de la Santé qui lancera, avant la fin de l'année, un
appel d'offres pour l'approvisionnement de l'Ile en médicaments, a-t-on
appris mercredi de sources sanitaires.

Un comité, composé de spécialistes de divers services, est à pied d'oeuvre
pour arrêter les modalités de ces nouveaux services qui impliqueront une
vingtaine de médicaments, dont des génériques.

Les médicaments seront stockés au Medical Store où la distribution sera
coordonnée par le Dr Joy Backory qui travailleà l'Hôpital du Jour de Cassis.

La majorité des malades s'adressent actuellement à l'Hôpital du Jour pour
bénéficier de conseils et de soutien psychologique.

Mais les séropositifs pourront s'approvisionner dans l'hôpital de leur
localité à compter du démarrage de l'opération, la seule condition étant
d'obtenir au préalable, l'aval du Dr Backory, seul médecin mauricien
qualifié en traitement aux antirétroviraux.

Maurice compte à ce jour quelque 190 séropositifs, dont une trentaine a le
SIDA. La majorité de ces derniers doivent leur survie à la générosité de
PILS, qui offre gratuitement des médicaments aux plus nécessiteux.

Plusieurs critères sont pris en considération avant de prescrire ces
antirétroviraux. Il s'agit du taux de CD4 (relatif aux cellules
immunitaires) et de la charge virale (nombre de copies du virus dans le
sang).

Port Louis - 26/12/2001
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Olivier Jablonski
Act Up-Paris
jablonski@altern.org
www.actupp.org


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