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[e-med] Le brevet d'un antirétroviraux déclenche une révolte à Yale

E-MED: Le brevet d'un antirétroviraux déclenche une révolte à Yale
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Bonjour,

Dans le débat sur les droits de brevets des médicaments du SIDA, on parle
beaucoup de recherche.

Surtout on s'interroge sur la forme du financement de cette recherche:
recherche publique, partenariat, ou recherche purement privée financée par
des prêts bancaires comportant le risque d'investissements perdus si la
recherche n'aboutit pas.

Le fléchage de découverte ou partenariat permet d'investir les revenus des
brevets pour cofinancer les futurs partenariats entre des universités
publiques nationales et les géants pharmaceutiques de la globalisation.

Mais qu'en est-il des étudiants qui fournissent la main d'?uvre et la
matière grise de ces recherches, lesquels souvent s'expatrient outremers
durant une décennie pour fournir cet effort de recherche internationale à
des salaires en-deçà du revenu minimum (aux Etats Unis ca. US$1200/mois
sans cotisation médicale, sans cotisation chômage et sans cotisation
retraite)?

La révolte de l'université de Yale nous offre un aperçu du ressentiment des
étudiants. Le modèle choisi par Yale, pourtant préconisé et jalousé par
l'Union Européenne, laquelle encourage la recherche en partenariat, doit-il
être repensé?

Le texte ci-dessous est une traduction approximative d'un article paru au
Guardian (http://www.guardian.co.uk/aids).

Christian Labadie
CLabadie@t-online.de

--

Par ailleurs en bref:

* Médecins sans Frontières (MSF) invite à signer une pétition demandant aux
entreprises pharmaceutiques de retirer leur plainte en Afrique du Sud:
http://www.accessmed-msf.org/msf/accessmed/accessmed.nsf/html/4DTSR2

* Mbeki répondra aujourd'hui mercredi [14 mars 2001] dans le parlement
sud-africain aux reproches faits par Tony Leon, leader de l'Alliance
Démocratique, de ne pas faire assez contre le sida et de ne pas répondre
aux offres des entreprises pharmaceutiques; il demande au Pres. Mbeki de
déclarer le sida comme une urgence sanitaire de manière à pouvoir
entreprendre des importations de médicaments (voir SABC News
http://www.sabcnews.com

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La révolte du campus défie l'université de Yale sur les 40 millions de
dollars du médicament pour le sida

L'université prétend qu'elle est liée par des contrats avec une société
pharmaceutique

Rapport spéciaux: Sida, Education au Guardian Unlimited

par Julian Borger et Sarah Boseley
Mardi 13 Mars, 2001
The Guardian

L'université de Yale est sous la pression croissante de ses étudiants de
placer la conscience avant le bénéfice et d'autoriser que les médicaments
pour le sida inventés dans ses laboratoires soient rendus accessibles aux
millions de victimes dans les pays en voie de développement.

Yale gagne 40 millions de dollars par an grâce aux honoraires des permis
pour la drogue d4T, mais la présidence de l'université insiste qu'elle a
les mains liées par un accord signé avec Bristol-Myers Squibb donnant à la
compagnie pharmaceutique géante des droits exclusifs de fabrication.

Cependant, l'université a jusqu'ici refusé de publier le contenu de
l'accord, ce qui enrage les étudiants de Yale qui disent qu'ils ne veulent
pas faire partie d'un établissement complice de nier un médicament
essentiel aux pauvres.

Un producteur indien de drogue [CIPLA] a offert de produire le d4T, un
traitement antirétroviral autrement connu sous le nom de Stavudine ou par
son nom de marque Zerit, à un trente-quatrième du prix pratiqué par
Bristol-Myers Squibb, ce qui le mettrait à la portée des moyens financiers
des systèmes de santé sous-sahariens gravement atteints [par l'épidémie du
sida].

Ce cas a mis en valeur la tension croissante au sein des universités
américaines entre leur identité comme figure emblématique de l'indépendance
académique d'une part, et des "centres de profit" riches pour les
commanditaires de corporation d'autre part. Yale a reçu une donation de
US$250.000 de Bristol-Myers Squibb il y a trois ans, et il y a d'autres
liens étroits entre ses chercheurs et l'industrie pharmaceutique.

La majeure partie du personnel scolaire interrogé par le Guardian a demandé
à ne pas être cité par leur nom, c'est dire comme l'affaire est trop
sensible au sein de la direction de Yale. Mais l'inventeur de la drogue,
Prof. William Prusoff, maintenant en semi-retraite, exprime son soutien à
la campagne d'étudiants pour rendre sa découverte plus accessible.


Groupe de pression

Quelques étudiants en droit de Yale ont constitué un groupe de pression
visant à faire honte à l'université de prendre et la pousser à assumer
l'impact social de dispenser ainsi des licences en vue de bénéfices. Le
groupe, "Yale AIDS Action Coalition", a annoncé sa première victoire hier:
une offre de réunion avec le bureau de Yale pour la recherche coopérative
(ROC), responsable des brevets.

Un des membres fondateur du groupe d'étudiants, Amy Kapczynski, dit qu'il
n'était toujours pas clair si la ROC adoucira sa position concernant le
refus antécédent de rendre disponible une copie de l'accord avec
Bristol-Myers.

"Nous espérons vraiment qu'ils nous donneraient une chance de regarder ceci
d'une façon créative," dit Mlle Kapczynski. "Il y a probablement des choses
que Yale peut faire pour être un acteur modèle dans cette situation."

Le directeur de la ROC de Yale, Jon Soderstrom, a émis un rapport disant
que l'université a les mains liées et s'est engagé à ne pas accorder la
permission à d'autres compagnies de produire le d4T.

"Bien que Yale est en effet le titulaire du brevet, Yale a accordé un
permis exclusif à Bristol-Myers Squibb, en vertu duquel seulement cette
entité peut répondre à une demande," a-t-il dit.

Cependant, les étudiants rétorquent que l'université pourrait entreprendre
plus. Ils sont soutenus par le Prof. Prusoff. Bien que ce dernier  partage
les redevances de Yale Bristol-Myers, le Prof. Prusoff a invité la
compagnie à rendre la drogue accessible dans les pays pauvres.

"Une des choses qui devraient être faites est que les sociétés
pharmaceutiques devraient réduire leurs prix et les nations
industrialisées, les USA, la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne
devraient donner à l'OMS (l'organisation mondiale de la santé) un certain
montant d'argent pour le redistribuer aux pays où le médicament est
nécessaire."

Les étudiants se sont également alliés avec l'agence Française d'aide
médicale, Médecins sans Frontières (MSF), qui est le fer de lance d'une
campagne pour forcer la relaxe par l'industrie pharmaceutique de leurs
propriétés industrielles et de permettre aux formes génériques des drogues
du sida d'être lancées sur le marché.

Dans une lettre à M. Soderstrom, Vendredi [9 mars 2001], MSF a précisé
qu'il est inscrit dans les directives de la politique de brevet éditées par
Yale en 1998, que l'université doit rechercher à poursuivre "l'avantage de
la société en général" et à élaborer des accords de licence avec des
fabriquants de manière "à protéger contre le manque du concessionnaire
d'effectuer le développement et le marketing pertinents au cours d'une
période de temps déterminée."

Toby Kasper, qui mène la campagne de MSF pour les médecines meilleures
marché en Afrique du Sud, a dit hier: "Si l'université indique que leurs
mains sont liées, alors elle viole sa propre politique interne."

M. Kasper a également dit que l'université a le droit de casser les
conditions du permis de Bristol-Myers Squibb, permettant ainsi la
production des versions génériques de d4T, et de payer des dommages à la
compagnie. Ces dommages dit-il ne représenteraient seulement qu'une petite
fraction des US$40m que Yale obtient du brevet, puisque les ventes de
toutes les drogues dans la même classe d'antirétroviraux en Afrique du Sud
s'élèvent à $600.000.

Mlle Kapczynski a dit que les prochaines mesures prises par la coalition
d'action d'aides de Yale dépendraient des résultats de sa réunion avec M.
Soderstrom à la ROC. Mais elle a ajouté qu'il y avait une lame de fond
parmi les étudiants concernant ce thème majeur.

"J'ai été stupéfiée à quel point cette question est vive parmi les
étudiants en général," a-t-elle dit.

Un professeur d'université, membre du conseil supérieur de l'université
chargé de surveiller l'octroi des brevets, mais qui soutient les objectifs
des étudiants, dit que si Yale avait vendu sa liberté d'action à
Bristol-Myers Squibb, elle commit une erreur.

"Il en va des questions suivantes, que peut faire Yale maintenant,
qu'aurait-elle dû faire, pourquoi  devrions-nous par la suite ne plus nous
lier les mains," a-t-il dit.


Avantages et inconvénients

L'occident a maîtrisé le virus VIH en utilisant des combinaisons de drogues
puissantes et d'une toxicité relative, écrit Sarah Boseley. Le premier
inventé fut l'AZT, maintenant une classe des drogues connues sous le nom
d'inhibiteurs de transcriptase inverse de nucléoside.

La drogue inventée à Yale ? d4T ou Stavudine, à laquelle Bristol-Myers
Squibb a donné le nom de marque de Zerit ? appartient à la même classe que
l'AZT. Toutes deux sont maintenant les drogues couramment employées dans le
traitement du VIH/sida, et comprises en termes de médecine occidentale du
sida comme déjà d'anciennes drogues.

En occident, les gens recevaient généralement une combinaison de deux
drogues, mais maintenant ils obtiennent ce qui est connu en tant que
thérapie antirétrovirale fortement active, ou HAART, un cocktail de trois
médicaments. Deux d'entre eux sont les inhibiteurs de transcriptase inverse
de nucléoside, comme le d4T, et l'autre est habituellement un inhibiteur de
protéase.

Les drogues ne débarrasseront pas le corps du virus, mais elles peuvent
réduire la charge virale et endiguer les dommages du système immunitaire.
Un des grands problèmes avec ce virus est qu'il mute très rapidement et
facilement si les drogues prises sont insuffisantes pour maintenir la
charge virale à un niveau bas. Ainsi un niveau constant de drogue doit être
maintenu dans le corps, ce qui signifie que les médicaments doivent être
pris au bon moment et avec la dose correcte, sinon il y a un danger que le
virus présent dans le corps ne développe une résistance.

Quand cela se produit en Occident, habituellement la combinaison des
drogues peut être interchangée, mais l'industrie pharmaceutique essaye
constamment de développer de nouvelles drogues pour obtenir une avance par
rapport à la mutation virale. Si le d4T était disponible, et utilisé en
combinaison avec d'autres drogues de base du sida en Afrique, il y a peu
doute que les patients les obtenant n'auraient aucune deuxième chance si le
traitement échouait.

Guardian Unlimited (c) Guardian Newspapers Limited 2001.
http://www.guardian.co.uk/aids

Source:
http://www.guardian.co.uk/aids/story/0,7369,451000,00.html

Pour en savoir plus:
http://www.med.yale.edu/external/pubs/ym_su98/cover/cov_hunting11.html

[traduction approximative par C. Labadie.
Tous nos remerciements.CB]

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