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[e-med] L'industrie pharmaceutique attaque l'Afrique du Sud (5)

E-MED: L'industrie pharmaceutique attaque l'Afrique du Sud (5)
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Bonjour,

Le Monde consacre sa "Une", son éditorial et plus d'une page à la question,
ce qui montre bien l'importance du débat en France.
Vous pouvez retrouver ces articles à l'adresse web :
http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3208--155877-,00.html
Mais de nombreux journaux de la presse française publient sur ce sujet et
presque tous les jours : La Tribune, La Croix, Libération,  Les Echos, Le
Progrès de Lyon, Le Parisien, Le Figaro...
Carinne Bruneton


Sida : le profit contre la santé

LE MONDE | 06.03.01 | 15h32


C'EST un procès Nord-Sud qui s'est ouvert, lundi 5 mars, devant la Haute
Cour de Pretoria, en Afrique du Sud.

L'Association des industries pharmaceutiques, qui représente certains des
plus grands laboratoires européens et américains, poursuit le gouvernement
sud-africain sur un point-clé des rapports Nord-Sud : la protection des
brevets pharmaceutiques. Les industriels veulent faire déclarer
inconstitutionnelle une législation sud-africaine datant de 1997 et
permettant au gouvernement de faire appel à des produits génériques dans le
traitement contre le sida. Le procès a été ajourné au 18 avril par le
président du tribunal, qui veut admettre aux débats une ONG qui veut plaider
en faveur d'une "justification" de la violation des brevets.


le procès pourrait permettre à des pays du tiers-monde de s'affranchir d'un
droit sur les brevets et licences qui les pénalise durement.

En Afrique du Sud, 4,2 millions de personnes sont séropositives ? près de 10
% de la population, chiffre le plus élevé du monde. Elles ne peuvent se
soigner, pour une raison strictement économique : les traitements sont trop
chers. En Europe et aux Etats-Unis, une année de trithérapie coûte de 20 000
à 30 000 dollars. En Afrique comme en Asie, c'est inabordable. Or en Afrique
du Sud, au Brésil et en Inde, notamment, nombre de firmes locales offrent
des produits génériques ? des copies ? à des tarifs adéquats : une année de
trithérapie à moins de 400 dollars, par exemple. C'est le cas du laboratoire
indien Cipla dont nous racontons les performances. L'ONU soutient ce combat
: elle vient de prendre parti pour les produits génériques.
Les ONG intervenant dans le domaine de la santé sont aussi à la pointe de
cette bataille.Interrogé par Le Monde, le Sud-Africain Zackie Achmat,
président de Treatment Action Campaign, dénonce une situation qu'il qualifie
d'"holocauste contre les pauvres".


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Entretien avec Zackie Achmat, président de l'ONG sud-africaine Treatment
Action Campaign

LE MONDE | 06.03.01 | 10h20

"Ce procès est un symbole pour tous les pays pauvres"

"Treatment Action Campaign, organisation non gouvernementale défendant
l'accès des malades du sida aux médicaments, s'est constituée à l'occasion
du procès de l'industrie pharmaceutique contre le gouvernement sud-africain.
Dans quel but?

? Notre association a été créée après le dépôt de la plainte et nous avons
demandé à être admis à prendre part aux débats. La loi de 1997 amendant la
législation sur les médicaments répond à deux objectifs : promouvoir
l'utilisation de médicaments génériques, donc moins onéreux, et permettre
les importations parallèles de médicaments, autrement dit de ne pas les
acheter au prix fort à une multinationale, mais ailleurs à un moindre coût.
Elle a aussi pour but une plus grande transparence dans les mécanismes de
fixation des prix des médicaments.

"La crise nationale et internationale que constitue la pandémie de sida fait
de tout cela une nécessité. Or, bien que l'Afrique du Sud possède une
industrie de fabrication de génériques compétente et l'infrastructure
nécessaire pour produire des médicaments antirétroviraux contre le sida, ce
secteur est loin de tourner au plein de ses capacités de production. Tout
cela parce que la loi de 1997 n'a pu entrer en vigueur du fait de l'action
en justice de l'industrie pharmaceutique. Pour elle, laisser l'Afrique du
Sud trouver ses propres solutions, c'est briser les règles du jeu, et
notamment toucher à ses profits et à ses parts de marché. Il n'y a donc pas
d'obstacles techniques, mais seulement le manque d'un cadre et d'une volonté
politiques pour permettre un meilleur accès aux médicaments.

? Quelle est la situation de l'accès aux traitements contre le virus du
sida?

? Dans les hôpitaux publics, ces médicaments ne sont disponibles que pour
les accidents d'exposition au sang des soignants, c'est-à-dire lorsqu'une
infirmière ou un médecin se pique avec une aiguille utilisée chez une
personne séropositive.
 Sur le même sujet

Il faut savoir que dans les services hospitaliers,  40 % à 70 % des malades
hospitalisés ont le VIH, virus de l'immunodéficience humaine. Les accidents
ne sont donc pas rares.

"Le traitement pour un mois par la combinaison AZT-3TC coûte 800 rands
(110euros), en sachant que le revenu mensuel moyen pour un foyer
sud-africain est de 500 rands. Or nous avons eu des offres, par exemple de
la part du fabricant indien de génériques Cipla, nous proposant une
combinaison de ces deux médicaments avec un troisième antirétroviral pour un
coût mensuel de 400 rands.

? Les fabricants des molécules antisida originales ont également fait des
offres de réduction de leurs tarifs?

? Oui, mais ces offres de baisser les prix ne sont accompagnées d'aucun
cadre légal qui empêcherait ces laboratoires, une fois qu'ils tiendraient le
marché, de réviser à la hausse leurs tarifs. C'est pourquoi des mécanismes
légaux de fixation des prix sont indispensables pour prévenir ces hausses
après des promotions. Les offres ponctuelles posent le problème de la
continuité de l'approvisionnement. Il serait irresponsable de la part du
gouvernement ou de quiconque de commencer des traitements sans des
conditions permettant d'assurer le suivi à plus long terme. La loi de 1997
répond précisément à ces questions.

? Les prises de position controversées du président sud-africain Thabo Mbeki
mettant en doute le fait que le VIH soit responsable du sida ont-elles
facilité la tâche à l'industrie pharmaceutique?

? Indéniablement, cela lui a rendu les choses plus aisées. Les laboratoires
pharmaceutiques se sont sentis plus en confiance dès lors qu'une controverse
opposait le président et les organisations non gouvernementales. Mais si
nous avons maintenu nos critiques au président Mbeki et à ceux qui ne
faisaient pas de la question de l'accès aux médicaments antisida une
priorité nationale, nous soutenons sans réserve le gouvernement quand il
défend la nouvelle législation sur les médicaments.

? Votre action reçoit-elle un soutien sur le plan international?

? Naturellement. Le procès est un symbole pour tous les pays pauvres. C'est
une question critique pour un pays qui compte plus de quatre millions de
personnes vivant avec le VIH/sida. Les multinationales pharmaceutiques ont
leur siège en Amérique et en Europe. Il est donc logique que nous recevions
le soutien de nombreuses organisations qui s'opposent à ce qui serait un
holocauste contre les pauvres."

Propos recueillis par Paul Benkimoun


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Lutte contre le sida : l'ONU lance une campagne en faveur des médicaments
génériques

LE MONDE | 05.03.01 | 15h22


NEW YORK (Nations unies)

de notre correspondante

Le secrétaire général de l'ONU a décidé de lancer une campagne hautement
politique en faveur de l'accès aux médicaments génériques contre le virus
VIH-sida dans les pays du sud. Kofi Annan entend, selon ses proches,
profiter de l'offre, faite en janvier, de la société pharmaceutique indienne
Cipla de fabriquer des médicaments génériques pour être distribués à des
prix réduits aux personnes affectées par le VIH dont 90 % vivent dans des
pays en voie de développement. Lors d'une téléconférence, mercredi 28
février, M. Annan ainsi que les responsables de la Banque mondiale et
d'autres agences de l'ONU (dont Onusida) ont annoncé leur intention de
soutenir la campagne auprès de l'industrie pharmaceutique occidentale et des
gouvernements. Le secrétaire général veut accorder désormais une " une
priorité absolue " à la question de l'accès aux médicaments et d'" assumer
le leadership politique et moral "de cette lutte contre le sida.

Après l'Inde, d'autres pays, comme le Brésil et la Thaïlande, qui disposent
de l'infrastructure nécessaire, ont déjà, depuis quelque temps, commencé la
production de ces médicaments génériques, copies conformes des molécules
originales, dont les brevets sont détenus par les grands laboratoires
pharmaceutiques occidentaux.

Les traitements et les combinaisons de médicaments actuels, qui permettent
de freiner efficacement la progression de la maladie, ne sont pas
administrés dans les pays les plus touchés en raison de leurs prix de vente
exorbitants, malgré les réductions des prix annoncées par les laboratoires.

Par ailleurs un grand nombre d'organisations non gouvernementales et
activistes de la lutte contre le sida ont annoncé des manifestations dans
plusieurs capitales du monde devant les sièges des grandes sociétés
pharmaceutiques, lundi 5 mars. A New York, l'ONU a commencé à préparer une
session extraordinaire de l'Assemblée générale consacrée à la pandémie. La
France a annoncé la tenue d'une conférence internationale, le 30 novembre à
Dakar. Sous la pression, croissante, de l'opinion publique, l'industrie
pharmaceutique commence, disent des diplomates à " changer d'attitude de
façon spectaculaire et tient maintenant un discours de conciliation ".

Pour sa part, la nouvelle administration américaine n'a pas encore arrêté sa
position à l'égard de la question de l'accès aux médicaments. Selon des ONG
présentes à New York, Washington n'aurait même pas accepté de participer à
la conférence de Dakar car, disent-elles, " les républicains n'ont pas
encore défini leur ligne vis-à-vis de l'industrie pharmaceutique qui, malgré
la pression publique, demeure ambivalente face à cette nouvelle vague de
produits génériques ".

Afsané Bassir Pour

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Les géants de la pharmacie entravent l'accès aux traitements antisida
génériques

LE MONDE | 06.03.01 | 11h02

Le procès intenté par 39 multinationales pharmaceutiques à l'Afrique du Sud
s'est ouvert, lundi 5 mars, devant la Haute Cour de Pretoria, avant d'être
ajourné au 18 avril par le président du tribunal, qui veut admettre aux
débats une ONG justifiant la violation des brevets. Le gouvernement
sud-africain est poursuivi pour une loi de 1997 qui facilite notamment
l'accès aux traitements antisida. Cette loi, que l'industrie juge contraire
au droit des brevets, autorise la fabrication et l'importation des
médicaments génériques, moins onéreux que ceux produits par les laboratoires
privés. Elle n'est jamais entrée en vigueur en raison de la procédure
judiciaire.
LUNDI 5 MARS, s'est ouvert, devant la Haute Cour de Pretoria (Afrique du
Sud), avant d'être ajourné au 18 avril, le procès intenté au gouvernement
sud-africain par l'Association de l'industrie pharmaceutique d'Afrique du
Sud (Pmasa) et trente-neuf laboratoires, visant à faire déclarer
inconstitutionnelle la loi de 1997, le Medicines and Related Substances
Control Amendment, qui viole, selon eux, le droit des brevets.

Jamais entrée en vigueur du fait de ce recours en justice, cette loi permet
au ministre de la santé d'autoriser l'importation parallèle de médicaments
sous licence depuis un autre pays où ils coûtent moins cher, au lieu de les
acheter aux firmes qui en détiennent le brevet en Afrique du Sud. Elle rend
également plus facile la production locale de médicaments génériques, copies
moins onéreuses des molécules originales.

"L'industrie pharmaceutique peut-elle mettre davantage à mal son image déjà
ternie aux yeux du public? Eh bien, pourquoi ne pas traîner Nelson Mandela
en justice?", raille en "une" le Wall Street Journal daté du 5 mars. Le
premier gouvernement post-apartheid avait hérité en 1994 d'un secteur de
santé public, destinataire de 20 % des dépenses de santé bien que 80 % de la
population y ait recours, et d'un secteur privé représentant 80 % des
dépenses de santé pour les 20 % restants de Sud-Africains.

Le 25 novembre 1997, Nelson Mandela, alors président de la République,
apposait sa signature sur la loi d'amendement sur les médicaments, votée
moins d'un mois plus tôt, le 31 octobre 1997. Ce texte contenait quatre
dispositions principales. La première était le principe de la substitution
par un médicament générique pour les molécules dont le brevet de vingt ans
est arrivé à expiration (la France possède des dispositions analogues). La
deuxième mesure était la mise sur pied d'un comité pour la fixation, dans la
transparence, des prix des médicaments. Troisième innovation, contenue dans
l'article 15c de la loi, la possibilité d'effectuer des importations
parallèles. Enfin, la loi de 1997 introduisait le recours à des appels
d'offres internationaux lancés par l'Etat sud-africain pour ses
approvisionnements en médicaments.

Dès le 18 février 1988, l'Association de l'industrie pharmaceutique
d'Afrique du Sud et trente-neuf laboratoires engageaient une procédure
judiciaire contre la nouvelle loi, qui, du fait de ces trois ans de bataille
juridique, n'a jamais pu entrer en vigueur.
 Sur le même sujet

"Pendant ces trois années, expliquent les militants de la Campagne pour
l'accès aux traitements (TAC), une organisation non gouvernementale
sud-africaine, plus de 400 000 personnes sont mortes du fait de maladies
liées au sida." Beaucoup, selon eux, parce qu'ils ne peuvent acquitter le
prix des traitements.

Dans un pays qui compte 4,2 millions de personnes séropositives, le chiffre
le plus élevé du monde, et un taux de 20 % de personnes vivant avec le virus
du sida, il s'agit d'une urgence nationale. C'est précisément ce caractère
vital qui justifie, aux yeux des organisations comme Médecins sans
frontières (MSF), l'association britannique Oxfam ou encore Act Up, le
recours par l'Afrique du Sud à des dispositions prévues par les accords
internationaux sur la propriété intellectuelle (accord Adpic ? ou Trips en
anglais), conclus sous l'égide de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

L'industrie pharmaceutique et ses représentants en Afrique du Sud protestent
contre les accusations qui sont lancées contre les multinationales de faire
passer leurs profits avant la vie des séropositifs et plus généralement des
personnes malades, puisque la question de l'accès aux traitements n'est pas
limitée au sida. "Nous mettons cette loi en cause parce que nous pensons que
c'est une mauvaise loi, pas parce qu'elle va faire obtenir des médicaments
moins chers ? je n'y crois pas ? ou parce que nous essayons de nous opposer
à une politique", s'est insurgée Mirryena Deeb, directrice exécutive de la
Pmasa. Selon certains industriels, le gouvernement sud-africain n'a jamais
pris en compte les offres de réduction de prix qu'ils avaient formulées.

ATTITUDE "FLEXIBLE"

A l'occasion de l'ouverture du procès à Pretoria, plusieurs milliers de
manifestants, soutenus par le puissant syndicat Cosatu, ont défilé dans les
rues de la capitale sud-africaine jusque devant la Haute Cour, en passant
par l'ambassade américaine, pour souligner les implications internationales
de la crise sanitaire. Le soutien apporté à travers le monde aux défenseurs
de la loi de 1997 est allé croissant. MSF, qui intervient depuis plusieurs
années en Afrique du Sud, et Oxfam notamment ont écrit aux multinationales
de l'industrie pharmaceutique pour leur demander de retirer leur plainte.

L'enjeu dépasse le cas sud-africain. Selon le Wall Street Journal, c'est aux
Etats-Unis que l'industrie pharmaceutique dégage la plus grosse part de ses
profits d'un marché de 126 milliards de dollars (135 milliards d'euros) et
les laboratoires craignent de voir se généraliser la politique des
génériques. Au cours de la dernière année de son mandat, Bill Clinton avait
réorienté la politique américaine vers une attitude "flexible" : les
Etats-Unis regarderaient de l'autre côté si l'Afrique du Sud recourait aux
importations parallèles et aux licences obligatoires. L'élection de George
W. Bush, largement soutenue financièrement par l'industrie pharmaceutique,
pouvait faire craindre une ligne plus dure. A la fin février, les
responsables du commerce de la nouvelle administration ont fait savoir
qu'ils "n'envisageaient pas de changer l'actuelle politique flexible", dans
une déclaration affirmant que "la crise du VIH/sida est une terrible
tragédie pour les pays, les familles et les individus". Dans ce contexte,
même si les représentants des laboratoires n'ont pas caché qu'en cas d'échec
devant la Haute Cour, ils porteraient l'affaire devant l'OMC, ils pourraient
bien se retrouver plus isolés qu'ils ne le pensaient lorsqu'ils ont entamé
leur bataille juridique.

P. Be.


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Glaxo plaide pour le maintien des brevets

Le géant pharmaceutique GlaxoSmithKline a de nouveau plaidé lundi en faveur
du système des brevets qui protègent les médicaments des grands laboratoires
des copies à bon marché. "La position de l'industrie pharmaceutique est que
le système des brevets doit être maintenu", a déclaré à Londres un
porte-parole de GlaxoSmithKline, numéro un mondial en termes de chiffre
d'affaires, issu, fin 2000,de la fusion entre les britanniques
Glaxo-Wellcome et SmithKline Beecham.

Si le tribunal devait donner raison au gouvernement sud-africain, "ce serait
une gifle pour l'industrie pharmaceutique", a-t-il estimé. Les compagnies
pharmaceutiques ont "tenté sans succès, à de multiples reprises, de négocier
avec le gouvernement sud-africain", a-t-il expliqué, et c'est pourquoi
l'affaire s'est terminée devant les tribunaux.


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Plainte américaine devant l'OMC contre les médicaments brésiliens

LE MONDE | 06.03.01 | 11h12

RIO DE JANEIRO, de notre correspondant

Exemplaire de l'avis de tous les experts internationaux, le combat mené par
le ministère brésilien de la santé face aux ravages de l'épidémie de sida
dans le pays (95000 morts, plus de 500000 séropositifs) vient, coup sur
coup, de s'attirer les foudres du gouvernement des Etats-Unis puis de la
Conférence nationale des évêques (CNBB). Il ne faut voir aucune communauté
d'intérêt dans l'ouverture de ce double front par deux éminents
représentants des pouvoirs temporel et spirituel. La Maison Blanche, temple
du libéralisme, a pris la défense de l'industrie pharmaceutique américaine
en déposant, début février, une plainte à l'Organisation mondiale du
commerce (OMC) pour tenter de torpiller la production locale de médicaments
antisida à bas prix. Pour sa part, la CNBB invoque les "valeurs chrétiennes"
pour jeter l'anathème sur la dernière campagne de prévention de la maladie
lancée à l'approche du carnaval.

Comme de coutume à pareille époque, le secrétaire général de la CNBB, Mgr
Raymundo Damasceno, est monté au créneau. Porte-parole d'un épiscopat de
plus en plus réticent, malgré les exhortations du Saint-Siège, à condamner
publiquement l'usage du préservatif, il a concentré ses attaques sur le
spot, intitulé "Au-delà du bien et du mal", qui passe actuellement sur
toutes les chaînes de la télévision brésilienne.
 Sur le même sujet

Pendant qu'un diablotin pousse un fêtard en plein flirt avec une ravissante
créature à "y aller", un angelot l'incite, avec une conviction apparemment
payante, à tempérer ses ardeurs parce qu'il est dépourvu de "chemisette"
(appellation locale du préservatif). C'est le message final ?"De quel côté
que vous soyez, utilisez la chemisette!" ?qui a déclenché l'ire de la CNBB.
"On ne peut pas, a proclamé Mgr Damasceno, confondre le bien et le mal."

"ABUS DE POUVOIR ÉCONOMIQUE"

Virtuel candidat à la succession du président Fernando Henrique Cardoso aux
élections de 2002, M. Serra, ministre de la santé, trouve quant à lui que
"l'idée est amusante et interpelle les gens". La requête américaine déposée
à l'OMC ne le trouble pas davantage. Après avoir présenté à la presse la
campagne de prévention, il a en effet indiqué, le 14 février, que deux
médicaments antiviraux ?l'efavirenz et le nelfinavir, dont les brevets sont
respectivement détenus par les firmes DuPont et Roche? pourraient être
bientôt fabriqués dans des laboratoires publics brésiliens grâce à l'octroi
d'une licence obligatoire, dispositif prévu par les accords internationaux
sur la propriété intellectuelle et renforcé par une loi locale, datant de
1996, qui prévoit son application en cas d'"abus de pouvoir économique" de
la part des multinationales.

Le ministre a rappelé à ce propos que l'importation de ces deux seuls
médicaments s'élève à 105 millions de dollars annuels (115 millions d'euros)
et représente 36% des fonds engagés dans l'achat des médicaments antisida,
dont huit sont déjà produits dans le pays sous licence obligatoire, des
associations médicamenteuses étant distribuées gratuitement à quelque 100000
malades. Pour les hauts fonctionnaires du ministère de la santé, il ne fait
aucun doute que l'industrie pharmaceutique internationale ne va guère tarder
à riposter à l'initiative brésilienne visant à procéder à des transferts de
technologie sur la fabrication de médicaments génériques antisida en faveur
des pays les plus pauvres.

Jean-Jacques Sévilla


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En Inde, un laboratoire pour le "droit à la santé" des défavorisés

LE MONDE | 06.03.01 | 11h19

NEW DELHI, de notre correspondante en Asie du Sud

Deuxième laboratoire pharmaceutique indien, avec un chiffre d'affaires de
200 millions de dollars, Cipla (acronyme anglais de Laboratoire chimique,
industriel et pharmaceutique) est né des frustrations d'un jeune Indien face
au colonialisme britannique. Prenant sa revanche par l'éducation, Khwaja
Abdul Hamied s'envole en 1924 pour Berlin, où il décroche un doctorat en
chimie. En 1935, il fonde Cipla à Bombay, et le premier produit sort en
septembre 1937.

Cipla reçoit, en juillet 1939, le Mahatma Gandhi, "ravi de visiter cette
compagnie indienne" à un moment où la lutte pour l'indépendance bat son
plein. Très attachée à ses racines, la compagnie n'en passe pas moins, dès
les premières années de l'indépendance, des accords avec des sociétés
étrangères.

Disparu en juin 1972, le fondateur est remplacé par son fils, le DrYusuf
Hamied, qui rejoint la compagnie en 1960 après avoir obtenu lui aussi un
doctorat en chimie, à l'université de Cambridge. Aujourd'hui porte-parole le
plus actif du droit des pays pauvres à développer des produits génériques
pour faciliter l'accès des plus défavorisés aux médecines modernes, le Dr
Hamied a fait de Cipla une société en pleine expansion qui manufacture 400
médicaments dans 20 centres ultra-modernes à travers l'Inde et qui exporte
dans 125 pays.

PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE

Son offre récente à l'organisation humanitaire Médecins sans frontières
(MSF) de lui vendre la trithérapie de lutte contre le sida à 350 dollars par
patient et par an et à 600 dollars pour les gouvernements ? au lieu des
10000 ou 15000 dollars pratiqués aux Etats-Unis ou en Europe ? ne lui a pas
valu que des amis.
 Sur le même sujet

M. Hamied n'en a cure, qui affirmait récemment: "Je représente le
tiers-monde, ses besoins et ses aspirations. Je représente aussi les
capacités d'un pays d'un milliard de personnes. Ne liez pas les problèmes du
tiers-monde et de l'Inde avec ceux de l'Occident. Nous, Indiens, obéissons
aux lois de notre pays. Nous n'avons transgressé aucune loi."

Signataire des accords Trips (accords sur les droits de propriété
intellectuelle conclus dans le cadre de l'OMC), l'Inde a en effet jusqu'en
2005 pour mettre en place un système de protection des produits. Pour
l'instant, seul est protégé le procédé de fabrication. Cette législation a
permis à l'industrie pharmaceutique indienne de se développer
considérablement à la fois en termes d'infrastructures et de technologie et
de faire de l'Inde un des pays les moins chers du monde pour les
médicaments. L'industrie pharmaceutique indienne exporte pour 3,8 milliards
de francs par an. Devant ces succès, les grands laboratoires indiens comme
Cipla, Ranbaxy et Woeckhardt ont commencé à investir dans la recherche et le
développement pour la production de nouveaux médicaments.

COÛTS DE FABRICATION

En trois ans, Cipla a réduit à cinq reprises les prix de ses médicaments
utilisés dans la trithérapie antisida. A l'issue de deux jours d'entretiens
à Bombay, MSF et Cipla ont récemment annoncé que les gouvernements des pays
en développement pouvaient immédiatement profiter de l'offre de Cipla pour
la trithérapie à un coût de 600 dollars par malade et par an, en s'adressant
directement au laboratoire indien. Le communiqué précise que l'offre est
valable sans restrictions de temps, de lieu ou de quantités.

Pour l'instant, l'offre porte sur trois médicaments ? Lamivudine, Stavudine
et Névirapine ? développés respectivement par GlaxoWellcome, Bristol-Myers
Squibb et Boehringer Ingelheim, mais Cipla est prêt à fournir pour le même
prix d'autres drogues du même type développées par d'autres laboratoires. Le
laboratoire fabrique ces médicaments à une fraction de leur prix originel
grâce à des coûts de fabrication ?notamment de main-d'?uvre? bien inférieurs
à ceux pratiqués en Europe ou aux Etats-Unis.

Le Dr Hamied, qui se défend d'être l'ennemi des multinationales, se réjouit
d'avoir par son offre éveillé l'attention des Etats à la nécessité d'agir en
faveur des plus défavorisés. Cet homme d'affaires humaniste se bat avant
tout pour le droit à la santé des pauvres, si nombreux dans son propre pays.

Françoise Chipaux

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Santé et profit

LE MONDE | 06.03.01 | 13h28 | editorial


DANS le tiers-monde, 30 000 personnes meurent chaque jour de maladies
infectieuses banales, identifiées, soignables. Ailleurs, elles relèveraient
à peine de l'arrêt de travail. En Afrique du Sud, plus de 4 millions de
personnes ? 10 % de la population ? sont contaminées par le virus du sida.
En Europe et aux Etats-Unis, on en sauverait beaucoup. Dans un cas comme
dans l'autre, on pourrait, on devrait soigner. Ce faisant, on soulagerait,
un peu, de la misère du Sud ; on aiderait, un peu, à son développement
économique ; on diminuerait ainsi le nombre des conflits armés qui
l'affectent ; bref, on manifesterait, un peu, de solidarité Nord-Sud. On ne
le fait pas.

Là comme ailleurs, il n'y a pas de formule simple ou toute faite. On
regrette, cependant, d'avoir ici à formuler ce qui ressemble fort à un
slogan mais n'en correspondant pas moins à la vérité : le profit, celui de
ceux qui peuvent soigner, passe avant la santé, celle de ceux qui n'ont pas
les moyens de se soigner. La raison : le droit à la santé du Sud passe après
le droit à la protection des brevets pharmaceutiques du Nord.

Un an de trithérapie contre le sida coûte de 20 000 à 30 000 dollars aux
Etats-Unis ou en Europe.

C'est hors de portée de l'Asie et de l'Afrique, bien sûr. Le Sud devrait
avoir librement accès aux produits génériques ? des copies des originaux ?
que fabriquent de talentueuses firmes pharmaceutiques d'Afrique du Sud ou
d'Inde ? comme la société Cipla, dont notre correspondante à New Delhi
raconte les succès. Cipla propose un an de trithérapie à moins de 400
dollars... Or le Sud n'a pas accès à ces produits génériques. Le Sud n'a pas
le droit de soigner à bas prix. Le Sud est victime des accords protégeant
licences et brevets des firmes occidentales. Témoin, le procès qui vient de
s'ouvrir à Pretoria entre l'Association des industries pharmaceutiques et le
gouvernement sud-africain. Les premières veulent interdire au second de
mettre sur le marché des trithérapies à coût abordable pour les
Sud-Africains.

L'industrie pharmaceutique est un secteur où les intérêts européens et
américains sont très imbriqués. Aux Etats-Unis elle " tient " nombre d'élus
dont, à coups de millions de dollars, elle finance les campagnes ; elle fait
pression sur le gouvernement américain qui soutient les procès qu'elle
intente ici et là. Son argumentaire : les brevets, d'une durée de vingt ans,
sont le stimulant (financier) nécessaire à la recherche.

Peut-être. Mais il devrait alors revenir aux gouvernements du Nord de
consacrer une part de l'aide au développement au rachat des brevets ou à un
système de compensation des sociétés pharmaceutiques. L'ONU vient de prendre
parti pour les médicaments génériques. L'industrie pharmaceutique
euro-américaine commence à imaginer de passer des accords avec les pays du
Sud. Ceux-ci, appuyés par l'opinion occidentale, n'attendront pas longtemps
avant de généraliser les génériques.









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