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[e-med] Quand les ONG du Nord pratiquent l'amour libre avec LES ONG du Sud

E-MED: Qd les ONG du Nord pratiquent l'amour libre avec les ONG du Sud
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[Modérateur : j'ai hésité à porter à votre connaissance ce texte qui ne
traite pas directement des médicaments essentiels, mais comme cette
réflexion qui peut avoir des implications dans notre travail de tous les
jours, je vous invite à le lire, Carinne Bruneton]

****************


Le regard des ONG du Sud sur les ONG du Nord est d'un intérêt majeur pour
ces dernières. Rien ne vaut ce que révèle le regard d'autrui pour mieux se
connaître soi-même. C'est à ce détour fructueux que nous invite cet
article, à la fois amical et décapant, de Marcos Rebolons s.j. qui a
travaillé pendant 16 ans au Centre de recherche et de promotion des paysans
(CIPCA) en Bolivie. Article paru dans Cuarto Intermedio, février 2000,
Cochabamba, Bolivie.

Sans aucun doute, les ONGD du Nord ont besoin des ONGD du Sud et
réciproquement
1. Les unes sans les autres ne pourraient accomplir leur
mission au service des peuples du Sud et de construction d'un monde
solidaire. Mais leurs relations présentent des points critiques que je
tente d'expliquer dans la première partie
2 en me fondant sur mes 24 ans
d'expérience dans plusieurs ONGD de Bolivie : cependant, bien évidemment,
mes opinions ne représentent pas nécessairement celles des dites ONGD.
(...)

Points critiques

Qui décide quoi ?
Les ONGD du Sud ont le sentiment qu'elles peuvent faire, non pas ce
qu'elles estiment le plus nécessaire pour leurs populations, mais seulement
ce que celles du Nord sont disposées à financer. Il y a quelques années, il
y avait bien moins d'ONGD tant au Nord qu'au Sud et entre elles pouvaient
s'établir une relation plus libre et un véritable dialogue. Maintenant il y
a pléthore d'ONGD et de projets. Les responsables ou représentants des ONGD
du Nord doivent recevoir, juger, présenter, accompagner et évaluer une
telle quantité de projets qu'il leur est manifestement impossible de les
analyser suffisamment. Pour cette raison les priorités établies par les
ONGD du Nord sont appliquées avec moins de flexibilité qu'il y a quelques
années. Ce n'est pas qu'alors la situation était idéale non plus. Au Sud
nous réclamons des changements de structures qui fassent passer au Sud au
moins un peu du pouvoir de décision. Nous ne demandons pas que nos ONGD du
Sud soient juge et partie mais que vraiment l'opinion du Sud ait des canaux
institutionnels pour participer à la prise de décisions touchant la
Coopération internationale. Il y a eu plusieurs avancées dans cette
direction. Quelques ONGD du Nord ont engagé du personnel fixe dans chaque
pays du Sud où elles ont des projets. D'autres ont établi des plateformes
d'analyse de points concrets - par exemple développement durable,
conjoncture politique - où interviennent leurs partenaires du Sud. Avec ces
mesures les ONGD du Nord ont une meilleure information, mais on ne peut
encore parler d'une réelle participation du Sud à la prise de décision sur
la coopération qu'il reçoit. Je crois que le prochain pas en avant doit
être la création de conseils dans les pays du Sud, qui aident à fixer les
priorités et peut-être à analyser ce qui est objet de financement (projets,
programmes, groupes, institutions). Mais, bien sûr, il ne serait ni
convenable ni opérationnel que chaque ONGD du Nord créât son conseil dans
chacun des pays du Sud où elle a des partenaires. On ne peut faire ce pas
en avant que dans la mesure où aboutiront les processus de formation de
réseaux d'ONGD, qui se développent déjà au Nord. Si les ONGD du Sud se
voient conditionnées par les priorités qu'établissent celles du Nord, ces
dernières ne peuvent pas toujours financer ce qui leur paraît le plus
convenable, car elles sont à leur tour conditionnées par leurs sources de
financement : le public qui répond à leurs campagnes - plus sensible aux
urgences et aux projets de grande visibilité matérielle - et les organismes
publics de coopération qui ont aussi leurs exigences.

Devons-nous tous faire la même chose ?
Les ONGD du Nord ont des priorités très semblables entre elles, ce qui rend
difficile la spécialisation, toujours plus nécessaire, de celles du Sud.
Finalement toutes font presque la même chose. Il y a une prolifération
d'ONGD qui se consacrent aux enfants des rues, à de petits groupes féminins
de production, à la santé dans le domaine de la procréation, au droit des
femmes et à tout ce qui est en liaison avec l'écologie. Parmi les ONGD du
Sud il est courant de dire, moitié en plaisantant, moitié sérieusement :
"Si tu veux recevoir à coup sûr de l'argent, fais un projet écologique avec
des femmes indigènes." Ces activités sont nécessaires mais, à côté de
celles-ci, il y a d'autres priorités très importantes pour lesquelles on ne
trouve pas une aide suffisante. Celles qui à mes yeux paraissent les plus
importantes aujourd'hui pour la Bolivie (que j'expose dans la seconde
partie de cette communication) s'avèrent très difficiles à financer parce
qu'elles n'entrent pas dans les priorités du Nord. Il est certain que
depuis quelque temps on observe des avancées, spécialement dans des
entreprises conjointes de plusieurs ONGD du Sud pour le développement d'une
zone (bassin, quartier, microrégion ou communauté de municipalités).
Chacune avec sa spécialité, ces ONGD qui se joignent à des organisations
populaires ou gouvernementales reçoivent l'appui de plusieurs ONGD du Nord.
Ainsi on obtient plus de cohérence, une meilleure coordination, une plus
grande couverture et diversité dans les projets. Je perçois cependant, au
Nord, peu de flexibilité et de réceptivité face à des projets qui sont très
remarquables mais qui sortent du cadre des priorités préalablement fixées
au Nord.

Contrôle et bureaucratie
Trop fréquemment les ONGD du Sud se voient soumises à des exigences
contradictoires : d'un côté on exige toujours plus de contrôles
administratifs, des méthodes plus sophistiquées - et parfois changeantes en
fonction des modes du Nord - de planification, suivi et évaluation et une
présentation de leurs projets chaque fois plus compliquée. Si un projet
présenté à une ONGD du Nord va être cofinancé par des organismes
internationaux ou des agences gouvernementales du Nord, son élaboration est
parfois aussi laborieuse que celle d'une thèse de doctorat. Les
modifications du projet tout au long de son exécution impliquent des
démarches longues et compliqués - et bien souvent stériles -. Quant aux
rapports sur les comptes, ils sont de plus en plus compliqués et assujettis
à des normes établies avec la mentalité du Nord et souvent impossibles à
appliquer au Sud. Pour satisfaire à ces exigences, les ONGD du Sud ont
davantage besoin de personnel doté d'une plus grande compétence
professionnelle. Mais parallèlement grandit la réticence de celles du Nord
à financer des salaires acceptables et compétitifs ainsi que les dépenses
administratives. Celles du Nord voient avec une inquiétude justifiée la
prolifération des ONGD au Sud et la croissance démesurée - d'après celles
du Nord - de quelques-unes d'entre elles. Il est significatif, par exemple,
que face aux 285 ONGD qui existent en Espagne, nous en avions déjà
recensées plus de 600 en Bolivie en 1991. Celles du Nord craignent que
beaucoup d'ONGD du Sud naissent, se maintiennent et grandissent plus pour
répondre aux besoins de leur personnel que pour satisfaire les besoins de
la population que l'on veut aider. Il est indéniable que dans les pays du
Sud il y a une grande pénurie de postes de travail pour les professionnels
et que les ONGD représentent parfois la seule opportunité d'avoir et de
garder un travail bien rémunéré. Mais de là à supposer que cette
opportunité est la raison d'être de beaucoup d'ONGD, c'est une conclusion
hâtive et fausse.

Stratégie d'intervention
Les ONGD du Nord exigent des résultats à court terme. Je me rappelle la
stupeur d'un responsable de projets d'une ONGD européenne quand je lui ai
dit que notre perspective de travail avec les Guaranis était d'au moins 50
ans (CIPCA en a déjà 34 derrière lui) et qu'élaborer un processus plus
court me paraissait irresponsable. Lui était en train d'élaborer une
stratégie d'intervention sur trois ans. Je pense que parfois on a une
vision très simpliste des problèmes de développement. Dans le cas dont nous
parlions, nous faisions référence à une ethnie très éprouvée par la période
coloniale et la société créole. Les Guaranis sont dans un net processus de
récupération de leur identité, de création de leurs propres institutions et
de substitution du travail aliénant dans les plantations de canne à sucre
par une production agricole et d'élevage à eux. On est fondé à espérer
qu'ils pourront vivre l'inévitable globalisation et l'insertion dans
l'économie de marché sans perdre toutes leurs valeurs culturelles. Mais
pour atteindre l'état actuel de ce processus il a fallu bien des années de
cohabitation et de dialogue et quantité de tentatives, les unes réussies,
les autres moins et plusieurs échecs retentissants. Il a fallu aussi
beaucoup d'études historiques, anthropologiques, sociologiques et
linguistiques, beaucoup d'expérimentations et de projets en agriculture et
élevage, petits, moyens et grands ; tout un plan d'éducation
interculturelle et bilingue, plus de treize procès pour des terres contre
des propriétaires éleveurs, etc. Et il reste encore beaucoup à faire. Quand
j'affirmais, de façon quelque peu provocante, à mon interlocuteur qu'un
demi-siècle d'action était à prévoir, je cherchais à lui dire :
voulons-nous faire quelque chose de sérieux pour les Guaranis ou
voulons-nous appliquer des cataplasmes ? Je voulais lui dire aussi que
l'efficacité à court terme est d'ordinaire en contradiction avec
l'efficacité à long terme et avec les indispensables changements
structurels. Il est vrai que la nécessité de longs délais peut camoufler
l'inefficacité chez les ONGD du Sud, mais les problèmes de développement
sont si complexes et leur solution si difficile qu'ils ne peuvent être
réglés que grâce à de vastes perspectives de temps, de collaboration entre
institutions et de compétence professionnelle en de multiples disciplines.

Exigence de succès
La probabilité qu'un projet de développement réussisse est directement liée
au développement humain - au capital humain disait-on voilà quelques années
- de la population à laquelle il est destiné. La probabilité d'échec est
inversement proportionnelle à ce développement humain. Mais il existe une
pression croissante pour que les projets des ONGD aient des réussites
visibles. Le résultat est que les ONGD du Sud renâclent à travailler au
développement des zones les plus déshéritées où le succès en termes de
développement durable est très difficile. Dans le meilleur des cas elles se
consacreront à un travail d'assistance avec l'un de ces secteurs ou bien à
la promotion individuelle d'un tout petit nombre de personnes, parce que,
ça oui, c'est finançable. Mais il y a très peu d'institutions qui
persévèrent dans la recherche de solutions structurelles aux problèmes des
10% les plus pauvres de la société. Par expérience amère, je peux assurer
qu'il est inutile de chercher à développer des coopératives agricoles dans
des groupes humains qui n'ont pas résolu le problème de l'alimentation de
base. Beaucoup plus grave encore quand on cherche à en faire d'emblée des
gens susceptibles de recevoir et de gérer des crédits. Il faut d'abord que
chaque famille cultive un lopin qui lui permette d'avoir le panier
alimentaire minimum. C'est alors seulement que l'on peut tenter d'avancer
vers une autre forme d'unité de production associative. Après bien des
essais ratés peut-être parviendra-t-on à trouver un modèle reproductible et
durable. C'est possible, mais c'est long et coûteux. Car mettre en marche
des processus stables de développement dans des populations très pauvres
est vraiment difficile et requiert beaucoup de patience et de persévérance.
Souvent les paramètres pour juger de la réussite sont totalement différents
entre la culture des ONGD et la culture populaire. Dans la culture
populaire ce qui a une forte valeur symbolique pèse bien plus qu'un
résultat économique, technique ou social impeccable.

Je vous raconte
l'échec retentissant que nous avons essuyé, un camarade et moi, dans la
tentative, techniquement bien élaborée, d'installer une turbine électrique
dans le petit village de Toracarí, au nord de Potosí où nous exercions
comme instituteurs ruraux. Ce fut quelque chose de comparable à l'échec de
Zorba le Grec avec son va-et-vient pour transporter les troncs depuis la
forêt jusqu'au port. Tout le village travailla dur pendant des mois. Quand
enfin on l'inaugura, dix ampoules de 100 watts chacune s'allumèrent qui
transportèrent d'enthousiasme tous les habitants de Toracarí. En pleine
fête d'inauguration il nous fallut tous aller secourir un camion qui
s'était embourbé. Personne ne resta pour réguler la pression de l'eau qui
fit éclater tous les tuyaux et provoqua un désastre total qui fut
irréparable. 25 ans ont passé. Toracarí n'a d'électricité que les jours de
fête grâce à un générateur diesel. Mais le village de Toracarí est
extrêmement fier de l'aventure de la turbine. La roue hydraulique qui
l'actionnait trône comme un monument sur l'unique place. Pour nous ce fut
un grand échec ; pour eux ce fut quelque chose de grand qui les
enorgueillit et les distingue des autres villages. La valeur symbolique a
dépassé de beaucoup la valeur économique. Je pense que le développement
consiste en ce qu'un groupe humain passe de la position de wagon de queue -
à la remorque d'initiatives venues de l'extérieur - à celle de locomotive
qui tire celui qui veut s'accrocher pour collaborer à son propre
développement. Quand cela arrive - et j'ai pu y assister plusieurs fois -
c'est électrisant. Mais pour que cela arrive, il faut que se soient
produits beaucoup de petits faits pleins de contenu symbolique, beaucoup de
petits projets au sein de petits groupes, qui engendrent la confiance en
eux-mêmes et en l'ONGD qui les approche. Et cela prend des années et des
années. Il est nécessaire que ces gens sentent que l'ONGD ne va pas les
abandonner dans l'échec, qu'elle reste avec eux dans l'épreuve et la
réussite. Qu'ils parviennent à la confiance suffisante pour critiquer
l'ONGD en face. Ainsi se créent peu à peu les conditions de possibilité
pour qu'un beau jour, un projet agisse comme catalyseur. Alors les
habitants de toute une microrégion, d'un bassin ou de tout un quartier se
transforment en locomotive de leur propre développement. Mais pour pouvoir
faire le choix des populations les plus déshéritées socialement et
économiquement et persévérer à leurs côtés malgré les fortes probabilités
d'échec, il est indispensable que les ONGD du Sud aient aussi l'assurance
que leurs partenaires du Nord ne vont pas les abandonner, que ces dernières
s'identifient à elles dans leur option pour les plus marginalisés et dans
les risques d'échec qu'elles assument.

Modalités de financement
Depuis une décennie au moins, on parle de trois modalités habituelles de
financement : par projets, par programmes et par aide institutionnelle. Ces
deux dernières offrent plus de stabilité, mais elles sont appliquées par
très peu de pays et très peu d'ONGD du Nord. En réalité je n'en connais que
deux - la hollandaise NOVIB et l'allemande EZE
- qui financent quelques ONGD du Sud au moyen d'une aide institutionnelle.
Malheureusement, le processus d'amélioration des modalités de financement
semble non seulement en panne mais en recul. Le financement par projets est
toujours la norme et les autres modalités sont l'exception, ce qui
maintient les ONG du Sud dans une angoisse continuelle, car elles n'ont
jamais la garantie de pouvoir poursuivre leur travail dans une zone une
fois le projet en cours terminé.

- Par projets. Ce sont d'ordinaire des projets ponctuels, même si
fréquemment il est prévu qu'ils s'étalent sur trois ans. Ils sont financés
par une ONGD du Nord, qui exige de celle du Sud qu'elle réunisse l'apport
local capable de couvrir un certain pourcentage du coût. L'ONGD du Nord
évalue le projet, qui est conduit avec une comptabilité rigoureusement
séparée et soumise à un contrôle externe. Quand l'ONGD du Sud a beaucoup de
projets, l'administration se complique notablement, car chaque ONGD du Nord
a ses propres exigences sur le sujet et les évaluations prolifèrent. Avec
ce système il devient difficile de couvrir certaines dépenses nécessaires,
par exemple les frais de gestion et d'administration.

- Par programmes. L'ONGD du Sud élabore tout le programme qu'elle entend
développer sur une période de temps (normalement trois ans), avec son
budget total. Un groupe d'ONGD du Nord finance le programme, chacune
s'engageant à financer un pourcentage. Il y a une seule comptabilité,
soumise à un seul contrôle externe et d'habitude il n'y a qu'une commission
d'évaluation. Cela suppose connaissance et confiance mutuelles entre tous
ceux qui interviennent, qu'ils soient du Nord ou du Sud.

- Aide institutionnelle. Quand il y a déjà une très grande confiance et une
relation très facile, on peut accéder à l'aide institutionnelle. L'ONGD du
Nord s'engage à apporter annuellement sur cinq ans environ, un montant
substantiel à l'ONGD du Sud. Elle est informée en permanence de la
programmation et des évaluations, ainsi que de l'état des résultats et des
bilans contrôlés.


ONGD et société civile
Le développement de la société civile est un thème clé pour le
développement des pays du Sud. Nous avons des États très déficitaires en
services de base et l'entreprise privée est également faible. Les
universités réalisent une recherche sociale et technique très réduite et
avec une grande pénurie de moyens. Quelques ONGD bien implantées et dotées
de l'autonomie financière suffisante sont une composante essentielle de la
société civile, appelée à jouer un rôle irremplaçable dans le développement
de nos pays. Mais les questions de développement institutionnel des ONGD,
de leur stabilité et de leur autofinancement ne trouvent pas au Nord une
aide suffisante. On exige que les ONGD du Sud montrent des pourcentages
croissants de financement propre, mais il est pratiquement impossible
qu'une ONGD du Nord appuie un projet destiné à assurer des rentrées de
fonds propres et permanentes à une ONGD du Sud. Quelques ONGD du Sud ont eu
des succès significatifs. Plusieurs réseaux d'écoles et collèges populaires
ont obtenu que les institutions publiques prennent à leur charge les
salaires de la majeure partie du personnel. Mais en règle générale les ONGD
du Sud n'ont pas pour caractéristique d'épuiser tous les moyens de
financement local.

Le financement local peut venir de plusieurs sources :
investissements propres, subventions de l'État, paiement de services,
campagnes, aide de l'entreprise privée ou de la société civile. Mais il est
très difficile d'obtenir un versement financier régulier capable de couvrir
une partie substantielle du budget de l'ONGD du Sud. Les difficultés
proviennent de la faiblesse des institutions publiques et privées de nos
pays du Sud, de l'idéologie et de l'énorme bureaucratie des autorités et
des fonctionnaires, et de la pauvreté même de la population. Les ONGD du
Sud se justifient en disant qu'elles sont au service des populations, et
qu'elles ne savent ni ne peuvent se consacrer à la recherche du financement
local parce que cela leur prendrait beaucoup de temps et d'énergie. De
toutes manières, je crois que celles du Sud doivent fournir un effort plus
grand et que celles du Nord - qui ont bien plus d'expérience en "fund
raising" - doivent les aider résolument dans cette tâche. (...)

J'ai exposé dans ces pages ma vision sur les exigences de la mission
commune des ONGD du Nord et du Sud pour qu'elles contribuent efficacement
au développement des peuples au service desquels elles sont. Il est évident
qu'il faut continuer à aider les ONGD qui sont au service immédiat -
parfois à caractère d'assistance - de petits secteurs de la population,
dont les demandes institutionnelles sont moindres et qui sont
d'authentiques signes de vie et d'espérance. Si je ne plaide pas pour
elles, c'est parce que, à mon avis, elles jouissent déjà de l'estime
méritée du public et des ONGD du Nord. Mais le plus grand service pour nos
populations et pour notre mission de justice structurelle exige aussi des
ONGD de taille moyenne ou grande - fréquemment diabolisées par le Nord -
qui sont plus difficiles à créer, maintenir, contrôler et financer. Les
propositions et priorités que j'ai développées impliquent qu'au Sud
existent des ONGD stables, avec une vision du développement national,
dotées d'un personnel d'un bon niveau professionnel et avec un solide
développement institutionnel. Elles impliquent aussi que les ONGD du Nord
ne pratiquent pas avec celles du Sud l'amour libre, mais qu'elles prennent
des engagements à long terme avec de hauts niveaux de communication et,
bien entendu aussi, d'exigence.

Traduction DIAL. En cas de reproduction, mentionner la source DIAL.

1. ONGD : Organisations non gouvernementales pour le développement. "Nord"
signifie les pays développés et "Sud" les pays en voie de développement, ou
- dans la terminologie antérieure - sous-développés.

2. Nous ne publions que la première partie de cet article. La seconde
indique le point de vue de l'auteur sur les priorités que les ONGD doivent
se fixer en Bolivie (NdT).

DIAL (Diffusion de l'information sur l'Amérique latine) 38, rue du Doyenné
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